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Dénominations bouchères : victoire partielle de la filière viande

Nouvel épisode dans le feuilleton de la protection des dénominations bouchères. Le Conseil de l'Union européenne et le Parlement européen sont parvenus à un accord provisoire interdisant l'utilisation d'une liste de termes, dont " steak ", aux produits végétaux ou issus de la culture cellulaire.
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  • Modifié :
  • Auteur : F. Carluer-Lossouarn
Steak végétal 100326

Le feuilleton de la protection des dénominations des viandes (steak, filet, saucisse, etc.), utilisées par les marques de substituts végétaux, a connu un nouveau rebondissement. Le 5 mars, le Conseil de l'Union européenne et le Parlement européen sont parvenus à un accord provisoire sur la modification du règlement sur l'organisation commune des marchés des produits agricoles (OCM) et des textes régissant la PAC.

L'un des points de cet accord concerne précisément les dénominations bouchères. Il prévoit d'établir " des règles relatives à la protection du terme "viande" et des dénominations suivantes relatives à la viande (…), afin d'améliorer la transparence sur le marché intérieur et de permettre aux consommateurs de faire des choix éclairés ".

19 dénominations de pièces protégées

La liste de ces dénominations couvre 12 noms d'espèces (bœuf, veau, porc, volaille, poulet, dinde, canard, oie, agneau, mouton, viande ovine, chèvre) et 19 appellations de pièces ou préparations : pilon, filet mignon, aloyau, flanchet, longe, steak, côtes, épaule, jarret, côtelette, aile, blanc, foie, cuisse, poitrine, entrecôte, côte à l'os, rumsteak et bacon. " Ces mentions sont réservées aux seuls produits à base de viande et ne peuvent donc pas être utilisées pour des produits ne contenant pas de viande, tels que les produits issus de cultures cellulaires ", poursuit le texte.

Cette liste des dénominations protégée n'est pas exhaustive puisqu'elle ne protège pas d'autres appellations courantes comme saucisse, chipolata, merguez, filet, escalope, lardon ou jambon. Mais la filière viandes française n'a pas caché sa satisfaction. Pour Jean-François Guihard, président d'Interbev, " l'accord trouvé entre les institutions européennes marque une clarification attendue sur l'utilisation des dénominations historiquement associées à la viande. (…) Cette décision marque la reconnaissance d'un produit brut et 100% naturel face à des substituts ultra-transformés qui reprennent les codes et dénominations de la viande à des fins essentiellement marketing. C'est avant tout une question de transparence et de loyauté envers les consommateurs, qui doivent pouvoir identifier clairement la nature des produits qu'ils achètent (…) ".

Photo : DR.

Photo : DR.

Une victoire partielle donc après des revers successifs à l'échelle française. Le 28 janvier 2025, suivant la jurisprudence de la Cour de Justice de l'UE, le Conseil d'État avait en effet annulé deux décrets du gouvernement français de 2022 et 2024 interdisant l'utilisation d'une liste plus large de dénominations pour des produits ne contenant pas de viande.

" Une touche de surréalisme dans la politique européenne "

De leur côté, les industriels des substituts végétaux ont dénoncé cet accord provisoire. " Une touche de surréalisme dans la politique européenne, a réagi Nicolas Dhers, président d'InterVeg, le collectif des marques 100% végétales (Accro, La Vie, HappyVore, Hari&Co, Bjorg, Swap Food). Alors que l'Europe fait face à des défis majeurs : climat, souveraineté alimentaire, compétitivité, revenu des agriculteurs ; nos institutions viennent de consacrer du temps politique à interdire le mot “steak” pour les alternatives végétales. Une décision qui n'augmente le revenu d'aucun agriculteur. Qui n'aide aucun consommateur. Et qui ne fait avancer en rien la transition alimentaire. Chez InterVeg, nous continuerons à défendre une transition alimentaire qui aide réellement les agriculteurs, les entreprises et les citoyens plutôt que de jouer sur les mots. "

Cet accord provisoire doit encore être approuvé formellement par les institutions européennes avant d'entrer en vigueur.