Retraits-rappels de laits infantiles Nestlé et Lactalis : on fait le point
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- Auteur : Claire Sicard
Crédit : Unsplash (Nathan Dumalo)
Mais que se passe-t-il avec les laits pour bébés ? Les marques Guigoz et Nidal (groupe Nestlé), mais aussi Picot (groupe Lactalis), viennent toutes de procéder à des rappels de laits infantiles ces dernières semaines. Et l’inquiétude augmente chez les parents.
Tout a commencé en décembre quand le groupe Nestlé, via des contrôles internes, a détecté la présence de la toxine céréulide dans un lot de lait pour bébé produit dans une de ses usines aux Pays-Bas, mais non commercialisé. Cette toxine est susceptible de provoquer des troubles digestifs chez les bébés, de type diarrhées et vomissements. Un premier retrait-rappel d’autres lots produits sur le même site a alors été lancé.
« Les investigations menées par l’exploitant sous la supervision des autorités compétentes ont permis d’identifier un ingrédient comme source de la contamination, une huile riche en acide arachidonique (ARA) utile au bon développement des bébés, produite par un fournisseur chinois », détaille le ministère de l’Agriculture dans un communiqué, sorti jeudi 22 janvier.
Deux vagues de retraits-rappels pour Nestlé
Pour favoriser le développement neurologique des bébés, deux acides gras sont en effet utilisés, comme l’explique 60 Millions de consommateurs : les acides docosahexaénoïque (DHA) et arachidonique (ARA). « La législation européenne oblige les fabricants à intégrer le DHA dans ces produits depuis 2020, tandis que la présence d’ARA reste optionnelle », détaille le média. Mais cet oméga 6 joue aussi un rôle immunologique. Présent dans le lait maternel en plus petite quantité que le DHA, sa synthèse est insuffisante chez les bébés, « d’où l’intérêt d’un apport alimentaire via le lait infantile », détaille 60 Millions de consommateurs.
La découverte de la source de contamination a mené à un second rappel de produits Guigoz et Nidal le 5 janvier dernier, comme l’explique Nestlé dans un communiqué. Mais aussi via une vidéo de son PDG récemment nommé, Philipp Navratil : « Je tiens à vous rassurer : aucun cas de maladie liée aux produits touchés n’a été confirmé jusqu’à présent », assure ce dernier.
Toujours selon cette vidéo, les retraits étaient une simple mesure de précaution. Le communiqué du groupe suisse l’affirmait alors : « Bien que la quantité détectée soit infime (de céréulide, NDLR), Nestlé choisit, par précaution, de rappeler proactivement les lots susceptibles d’être concernés. » L’entreprise demandait alors aux consommateurs de ne pas rapporter en magasin, mais de renvoyer une photo des produits concernés pour obtenir un bon d’achat. Et de jeter le produit.
Le tour de Lactalis avec sa marque Picot
Sauf que depuis, c’est au tour du groupe Lactalis avec sa marque de lait infantile Picot de procéder à un retrait-rappel, annoncé le mercredi 21 janvier. Toujours dans un communiqué de presse, Lactalis Nutrition Santé affirme procéder « à un rappel volontaire de six lots de lait infantile de la marque Picot, disponibles en réseau pharmaceutique et en grande distribution ». La raison invoquée : « Ce rappel fait suite à l’alerte de l’association professionnelle française pour la nutrition infantile portant sur la présence de céréulide dans un ingrédient (l’oméga 6 ARA) provenant d’un fournisseur international. »
Le groupe se veut néanmoins rassurant dans un premier temps : « Les premières analyses, menées sur l’ingrédient ARA ainsi que sur le produit fini, selon une méthode internationale normée, ont toutes donné des résultats conformes », avant de préciser que des analyses complémentaires sur le produit reconstitué, c’est-à-dire le biberon préparé, ont révélé « la présence de céréulide », conduisant Lactalis « par mesure de précaution, à procéder à un rappel volontaire des lots concernés. » Un numéro vert a été mis en place et les mêmes mesures prises par Nestlé ont été demandées aux consommateurs.
Situation de crise au ministère de l’Agriculture
Mais alors, y a-t-il eu des conséquences directes sur les bébés ? Dans son communiqué d’hier, le ministère de l’Agriculture assure que « à ce stade, il n’a pas été mis en évidence de lien de causalité entre la consommation de laits infantiles concernés et la survenue de symptômes chez des nourrissons. »
Le doute persiste néanmoins, comme le révèle ce matin la cellule investigation de Radio France : une deuxième enquête a été ouverte jeudi 22 janvier après le décès d’un nourrisson fin décembre à Angers, dans le Maine-et-Loire. Ce dernier aurait à priori consommé du lait Guigoz contaminé à la céréulide. Elle s’ajoute à la première enquête ouverte à Bordeaux après la mort d’un bébé début janvier.
L’inquiétude règne donc. Dans son communiqué du 22 janvier, le ministère de l’Agriculture assure que « les services de l’État restent pleinement mobilisés et assurent un suivi renforcé de la situation. »