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Compte rendu de l’AG de Carrefour

  • Publié :
  • Modifié :
  • Auteur : F.V.

A 9h30, s'est tenue ce matin l'assemblée générale de Carrefour. Houleuse, la séance a duré près de quatre heures. Elle a finalement vu l’adoption de la mesure principale, votée par les actionnaires : la scission de Dia.

Voici le film résumé de l'assemblée.

9h35. Amaury de Sèze accueille les actionnaires, comme il est d'usage.

Sébastien Bazin (Colony) est assis au premier rang, mais Bernard Arnault brille une fois de plus par son absence. Un manque de considération fort peu apprécié par les « petits » actionnaires présents dans l’assistance.

Morceaux choisis du discours d'Amaury de Sèze :

« Je n'irai pas par quatre chemins pour vous dire ce que je pense. Vous êtes impatients, vous estimez que les choses ne vont pas assez vite, les résultats ne sont pas à la hauteur de vos attentes, je vous comprends . 2010 est la première année d'application de notre plan à trois ans. Depuis 2010, le management remet la société en ordre dans de nombreux domaines. On voudrait tous que les choses aillent beaucoup plus vite, tout ne se fait pas en un jour, parfois la machine grince. Mais nous venons de loin.

Bien sûr, le redressement de la France est l'objectif prioritaire, nous sommes en retard sur la feuille de route. Ne nous voilons pas la face.

Si nous ne sommes pas numéro un, deux ou trois dans un pays, la sagesse est de sortir de ce pays. Dans les pays matures, il faut se recentrer sur ses moyens et sur notre marque. La marque Carrefour a un potentiel extraordinaire. Carrefour planet se met en place. La montée en puissance de planet est le grand chantier de 2011 et 2012. Dia est prête pour une autonomie totale, si vous l'acceptez.

En conclusion, les temps sont difficiles, je ne chercherai pas à vous faire croire que demain on rasera gratis. J'ai toujours dit que la tâche serait longue et difficile. Merci de votre soutien. »

Amaury de Sèze rappelle que sera soumis au vote l’élection de Mathilde Lemoine, économiste, en tant qu’administrateur indépendant. Elle prendra la présidence du comité des comptes. Pour l’anecdote, il se trompe sur le prénom de l’unique femme du conseil (l’appellant Isabelle Lemoine). Un détail qui va prendre une saveur particulière quelques secondes plus tard.

9h48. Lars Olofsson s'installe au pupitre.

Perturbation de séance. Dans une certaine confusion, des personnes montent sur la scène de façon impromptue. Ce sont des femmes qui manifestent avec des fausses barbes et brandissent une banderole « la barbe » (collectif féministe la barbe). Leur représentante prend la parole quelques minutes pour dénoncer le fait qu'il n'y ait qu'une seule femme sur les onze membres du conseil. Elle ironise sur la virilité du conseil.

9h52. Lars Olofsson démarre enfin son speech.

Morceaux choisis de son intervention :

« L'actualité du groupe a été riche et intense ces dernières semaines, les nouvelles pas toujours très bonnes : changement de patron en France, tensions sociales, suspension du projet Property. En parallèle, le cours de l'action a baissé.

La question que vous semblez vous poser : où va Carrefour ? J'ai l'ambition de vous redonner une vision claire d'où nous allons. Nos forces, nos opportunités . »

S’en suit une nouvelle présentation du plan à trois ans et un bilan de l’activité 2010. Sur ce volet précis, on retiendra les informations suivantes : lancement de plus de 2 000 nouveaux produits Carrefour, extension de Carrefour Discount à 6 pays en Europe.

Un volet spécifique est bien sûr consacré à planet. Lars Olofsson justifie la relative hétérogénéité des six magasins pilotes par la volonté de tester un gradient d’innovation : du plus limité (Alcobendas en Espagne) au plus rupturiste, Carrefour Ecully.

Au 31 mai, les planet gagnent + 11 % de CA et + 10 % en débits, avec une accélération des progressions depuis le printemps (uniquement pour les 4 magasins modèles sur les 6 planet). Ces hypers gagnent en moyenne 1,5 pt de part de marché. Ils réalisent + 21 % sur le frais, + 35 % sur le bio, + 20 % sur le bébé, + 19 % sur la maison et + 20 % sur la beauté. « L'équation commerciale de planet est vertueuse », assure Lars Olofsson.

De façon plus globale, le directeur général de Carrefour vante le dépassement des objectifs d'économie sur les coûts, 580 M€ vs 450 M€ annoncés. Aux achats, 330 M€ d'économies ont été réalisés contre 230 M€ annoncés dans l'objectif.

10h15. Pierre Bouchut, le patron des finances, prend la parole.

Pierre Bouchut détaille le compte de résultat 2010, l'évolution du chiffre d'affaires dans les différentes zones, le plan d'économie, le plan d'investissement, le plan de financement de la dette, etc.

L'activité hard-discount fait l'objet d'une présentation différenciée. Pierre Bouchut vante l'amélioration de 15 % du résultat opérationnel de cette branche. Il détaille également l'activité des services financiers et de Carrefour Property, gérés en activités distinctes.

A noter, la dette financière nette augmente de 6,6 Md€ à 8,0 Md€ notamment en raison du plan de rachat d'actions.

10h40. Lars Olofsson présente les priorités 2011.

Pour la France :

« Les performances ne sont clairement pas satisfaisantes en ventes et en rentabilité depuis le début de l'année. Il faut redynamiser l'activité commerciale. Rééquilibrer l'équation des investissements, prix, promotion, publicité, fidélité . »

Sur le plan opérationnel, les annonces suivantes sont faites :

a). Une vingtaine de drive est annoncée pour la fin de l'année (deux à date). b) Une refonte des MDD est prévue, concernant 5 000 produits Carrefour avec une nouvelle charte graphique. Plus de 1 500 nouveaux produits MDD seront lancés. c) Poursuite du programme de réduction des coûts, avec un objectif de 480 M€ (hors Dia), réduction des stocks de 2 jours. d) Le déploiement du nouveau système informatique est tout juste terminé et le nouveau modèle d'organisation en magasin se déploie.

Déploiement de planet : 40 magasins en France, 9 en Belgique, 37 en Espagne, 4 en Italie, 2 en Grèce.

Au global, le groupe va ouvrir 43 nouveaux hypers en 2011 (dont 23 en Chine) et 23 hyper cash (modèle Atacadao) en Amérique latine, dont Colombie et Argentine.

10h58. Pierre Bouchut explique les détails du projet de cotation Dia et modalités pratiques pour les actionnaires

La cotation se fera à Madrid le 5 juillet. Il rappelle que Blue Capital s'est engagé à conserver ses titres pendant un an.

Présentation de l'entreprise Dia : offre, organisation, implantation internationale, performances économiques, coopération future avec Carrefour, coûts liés à la scission, conséquences diverses de la scission pour Carrefour, objectifs opérationnels à 3 ans, etc. Il vante avec insistance les atouts de l'entreprise et son potentiel de développement.

11h22. Bernard Carrel-Billiard, secrétaire général, donne connaissance des questions écrites.

Les questions sont anecdotiques pour la plupart et les réponses parfaitement formatées et convenues…

11h40. Questions de la salle.

La séance de questions/réponses est plus houleuse qu’à l’accoutumée. Quasiment toutes les interventions de « petits » actionnaires mettent en doute le conseil d’administration et/ou Blue Capital, la stratégie (scission de Dia, rentabilité des hypers, plan de rachat d’actions pour 1 milliard d’euros) ou l’efficacité opérationnelle du groupe (taux de rupture élevé suite au nouveau back-office, prix trop élevés, manque de moyens humains, etc).

Un représentant syndical FO prend la parole au nom du conseil des salariés actionnaires. Il déplore la confiance disparue dans l'entreprise à la fois des salariés, des franchisés, des fournisseurs, des analystes financiers. « Il est temps peut être de dire que le conseil et Lars Olofsson ont échoué, ils ont perdu la crédibilité. Je demande de ne pas renouveler les sortants ».

Lars Olofsson répond sur le mode « le changement est porteur d’inquiétude, cela est normal, et nos transformations demandent du temps. Mais demain l’entreprise fonctionnera mieux. »

A une question de l’assistance sur le manque de compétitivité d’un Carrefour de la région parisienne, le DG formule cette réponse pour le moins surprenante : « Au jour d'aujourd'hui, on n’est pas le moins cher sur les marques de fournisseurs, on est dans le milieu du marché ».

12h52. Amaury de Sèze reprend la main.

Sauf erreur d’interprétation, il annonce de façon assez confuse qu’il proposera au conseil que Lars Olofsson prenne sa place à la présidence du conseil.

12h55. Vote des résolutions.

Le vote se révèle sans surprise aucune. La scission de Dia est adoptée, sans grande conviction (21,5 % de votes contre), tout comme la réélection de Bernard Arnault au conseil (21,1 % contre). La nomination de Mathilde Lemoine est adoptée à près de 90 %.