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Comment Carrefour fait fermenter ses biodéchets

  • Publié :
  • Modifié :
  • Auteur : Julien UGUET

Lionel Egonneau, directeur technique du Carrefour La Beaujoire de Nantes, est un passionné. Son violon d’ingre : le recyclage et la valorisation des déchets. Alors quand son magasin a été désigné par Carrefour comme pilote sur le traitement des déchets alimentaires fermentescibles*, il n’a pas hésité une seconde. « Nous avions déjà mis en place différents outils pour trier les cartons, le plastique ou les piles, souligne-t-il. Ce test grandeur nature s’inscrivait dans le cadre du programme national Mercure. Il représentait une nouvelle étape dans notre politique environnementale interne. »
Le magasin s’est appuyé sur le service « Biodiv » développé par la société Onyx, filiale de Vivendi Environnement et opérateur central sur le marché de la propreté. « Il s’agit d’un système de collecte sélective et de traitement par compostage des déchets végétaux et organiques, précise Christophe Fougerat, attaché commercial de Onyx Loire Bretagne. Pour résumer, les produits alimentaires mis à la benne sont transformés, par un procédé naturel, en compost en vue d’une valorisation agronomique. »
Pour sensibiliser le personnel des spécificités de Biodiv, Onyx a dispensé une formation d’une demi-journées aux opérateurs de chaque rayon. En rappel, des affichettes plastifiées sont disposées à différents endroits du magasin et des contrôles visuels, par l’encadrement, sont régulièrement effectués. « Notre organisation est simple mais nécessite une certaine détermination, ajoute Lionel Egonneau. Il était essentiel que tous les collaborateurs adhèrent à la démarche pour qu’elle soit le plus efficace possible. Nous n’avons rencontré aucune réticence car beaucoup d’employés réalisent déjà un tri des déchets chez eux. ».
Toujours à l'occasion de la mise en place de Biodiv, l’enseigne a du s’équiper de trois conteneurs dédiés (avec une signalisation spécifique) qui sont entreposés près des quais de déchargement à l’arrière du magasin. Il n’est pas nécessaire que chaque univers de consommation possède son conteneur puisque les biodéchets sont, au final, mélangés. En revanche, chaque rayon dispose de poubelles pour stocker séparément les denrées alimentaires périssables, les cartons et les films plastiques. Deux fois par jour (avant l’ouverture et à la fermeture), les employés sont chargés de venir déverser ces contenants dans les bacs correspondants.
Par rapport aux autres déchets, les résidus fermentescibles présentent la particularité d’être collectés plus souvent et par un camion dédié : une fois par semaine, le mardi matin, contre une fois tous les quinze jours, voire plus. « Le cahier des charges Biodiv impose cette fréquence pour des questions d’hygiène du site, précise Lionel Egonneau.
Les déchets fermentescibles sont alors convoyés vers des plates-formes agréées Biodiv. Afin d’améliorer la dégradation, ils sont mélangés et broyés avec des déchets verts (taille de haie, pelouse, etc.). Après quatre à six semaines de fermentation active (aération des stocks) et huit semaines de maturation, les rebus sont criblés pour devenir du compost.
« A partir de 10 000 t de matières premières, nous obtenons 3 200 tonnes de compost, ajoute Christophe Fougerat. Il répond aux exigences de la norme NFU 44 051 ce qui le rend utilisable en agriculture biologique. » Autre avantage : Biodiv garantit une traçabilité constate des déchets. Carrefour La Beaujoire est donc en mesure de fournir la destination finale de ses bacs. 3,5 tonnes sont traitées chaque mois par ce procédé. Les volumes peuvent atteindre 6 à 7 tonnes en été, une période plus propice à la casse de produits frais.

40 % d’économie en moyenne

Outre Biodiv, Carrefour La Beaujoire s’est également doté d’équipements spécifiques pour trier ses autres déchets (carton, papier, plastique, métaux, néon, pile, etc.). Grâce à ces différentes filières de valorisation, les volumes de DIB (déchets industriels banals, c’est à dire tout ce qui va à l’incinération) sont passés de 60 t/mois à 25 t/mois. « Le pôle de gestion des déchets réalise aujourd’hui des économies significatives très intéressantes pour le magasin, confirme Lionel Egonneau. Par exemple, il faut savoir que le coût de traitement des biodéchets par Biodiv est inférieur de 40 % à une collecte conventionnelle. »
Même si l’investissement matériel de départ reste non-négligeable, la mise en place d’une telle organisation pour recycler ses déchets permet de prendre une longueur d’avance sur la réglementation environnementale. Et, au-delà, elle offre la possibilité à l’enseigne de cultiver, auprès de ses clients, une image de distributeur citoyen engagé sur le chemin du développement durable.

Témoignage

Lionel Egonneau Responsable technique en charge des questions environnementales Carrefour La Beaujoire « Notre organisation est simple mais exige de la détermination. L’adhésion de tous les employés à la démarche Biodiv est essentielle. »

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