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Reporting : quand les enseignes brouillent les pistes

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  • Auteur : Elodie Martel

Du plus synthétique au plus riche, les rapports « développement durable » de Carrefour, Auchan, Casino et Monoprix offrent une multitude de renseignements. On y apprend pêle-mêle les détails de l’engagement Carrefour pour une pêche responsable, la création de quatorze produits d’entretien issus de la chimie verte par Monoprix. Sans oublier la réalisation d’un kit de sensibilisation sur la sécurité par Casino, distribué à tout le réseau proximité, l’arrivée d’un nouveau système de gestion du développement individuel (sic) chez Auchan, etc. Sur une bonne cinquantaine de pages, chaque enseigne s’attache à démontrer qu’elle peut prétendre au titre d’entreprise responsable. Et force est de constater que, depuis février 2002, date à laquelle la France a rendu obligatoire le reporting extra-financier sur la performance de développement durable pour les entreprises cotées, les rapports se sont considérablement étoffés. Mieux, disposant d’un petit historique, une majorité d’enseignes communique sur ses progrès. Exception notoire, Carrefour préfère comparer entre eux les différents pays où il est présent plutôt que de rappeler ses performances de l’année précédente. Pour autant, aucune ne semble vouloir prêter le flan à la comparaison avec ses petits camarades. Inutile de chercher un indicateur chiffré commun à toutes les enseignes, il n’y en a pas ! De fait, aucune norme n’existe dans ce domaine.

Quelques comparaisons sont possibles, mais partielles

Unique référence (non obligatoire) dont s’inspirent presque tous les rapports, la Global Reporting Initiative (apparue en 1997) fournit quelques lignes directrices mais en aucun cas une liste exhaustive d’indicateurs à suivre. Seule une comparaison partielle est donc possible, sur quelques critères. Parmi eux, la consommation d’énergie et d’eau, fournie par Carrefour, Casino et Monoprix. En 2004, la palme revient d’ailleurs aux « citymarchés » puisqu’ils annoncent avoir utilisé 637 kWh et 0,98 m3 d’eau/m2 de surface de vente. A comparer aux 781 kWh et 643 kWh respectivement déclarés par Carrefour et le groupe Casino. Sur la consommation d’eau, Carrefour affiche 1,39 m3/m2 en hyper et 1,00 m3/m2 en super et Casino, 1,03 et 0,99 m3/m2. Un souci du détail qui tranche nettement avec le suivi beaucoup plus global en vigueur chez Auchan. Pour le Nordiste, un seul indicateur a été défini, qui regroupe les dépenses de gaz, d’électricité, de fuel et d’eau dans un seul ratio (€/m2). Pas évident dans ces conditions de savoir sur quel poste les économies sont les plus flagrantes. Autre critère sur lequel une comparaison partielle est possible, la part de la masse salariale consacrée à la formation donne l’avantage à Auchan (2,75 %, à comparer aux 2 % et 1,6 % respectivement déclarés par Monoprix et Carrefour). Bref, dans ces conditions, décerner la palme de l’entreprise la moins polluante ou la plus responsable socialement est impossible. Et il ne faut pas compter sur les enseignes pour communiquer d’autres critères que ceux fournis dans les rapports. Sollicitées par Linéaires, toutes s’y sont refusées.

Qualité des rapports

Carrefour et Casino bien placés dans le top 10 français

Après une première publication en 2003, la deuxième étude sur l’état du reporting « développement durable » en France a été publié le 19 octobre 2005. Réalisé par le cabinet spécialisé Utopies, en collaboration avec le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) et le cabinet SustainAbility (qui édite un hit parade international), ce travail classe les entreprises françaises suivant la qualité de leurs rapports. 48 critères d’analyse sont passés au crible et portent sur sept thématiques différentes : contexte et engagements, qualité du management, performance économique, sociale, éthique et environnementale, impact des produits et services, conformité/amendes/responsabilité juridique et accessibilité/vérification. Le but étant de classer les entreprises suivant les efforts de transparence fournis, en aucun cas sur leurs performances. Du fait de sa date de publication tardive, le rapport de Monoprix n’a pas été pris en compte pour l’étude 2005.