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MEL : « Nous sommes victimes de l’inconséquence de la gent politique »

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  • Modifié :
  • Auteur : F. V.

Michel-Edouard Leclerc était ce matin l’invité du Consumer’s Morning de Kantar Worldpanel. Interrogé par Pascal Avignon, le DG du panéliste, il a livré sa vision sur plusieurs dossiers chauds du moment.

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Michel-Edouard Leclerc était l’invité du Consumer’s Morning de Kantar Worldpanel

Sur les parts de marché de Leclerc

"Oui, nous avons eu deux années un peu exceptionnelles en gain de part de marché (+ 1,0 pt en 2012 et + 0,9 pt en 2013), venues de la rapidité de déploiement du parc drive. Désormais, les positions sont prises et le gain de + 0,3 point de part de marché en 2014 est plus dans la norme. On reproduira sans doute ce gain de l’ordre de 0,3 point en 2015 et 2016.

Encore une cinquantaine ou une soixantaine de drives vont ouvrir cette année. Mais pour les années 2016 à 2018, le relais de croissance sera de nouveau l'hyper, avec un milliard d'euros d'investissement sur les trois ans. L'hyper reste le navire amiral du Mouvement."

Sur la recomposition du secteur et la tension qui en découle

"C'est vrai, Leclerc a perdu un leadership à l'achat mais pas celui de sa relation au consommateur, qui garantit un vrai retour sur investissement pour les industriels.

Je me garde bien de juger les stratégies des autres. Jean-Charles Naouri est un des meilleurs chefs d'entreprise européen. Intermarché sait que ses baisers peuvent être ceux de l'araignée...

Les événements récents nous sortent de la torpeur d'une croissance linéaire depuis 25 ans. C'est aussi un signe de la vitalité de la distribution française, malgré un contexte difficile."

Sur la "guerre des prix"

"Mes adhérents refusent de céder à la fébrilité due à la baisse des marges. Chaque Centre Leclerc a décidé de baisser ses marges de 0,6 à 0,8 point en 2014. On reste en mode combat en ce début d'année, mais il n'y a pas lieu d'en faire davantage tout de suite.

Notre stratégie consiste à coller à la baisse du pouvoir d'achat de nos clients. L'histoire démontre qu'il ne faut jamais quitter de vue la demande sociale. Relâcher la pression sur les prix est donc une question qui ne se pose pas."

Sur la conjoncture 2015

"La baisse du prix du pétrole, du gaz et de certaines matières première donne un ballon d'air à la consommation, au moins pour le premier semestre 2015. C'est un effet d'aubaine pour le consommateur."

Sur l’amendement de la loi Macron, limitant les contrats d’enseigne à 9 ans

"Il n'y a pas de contrat d'enseigne de 25 ans chez nous contrairement à ce qui se dit. Il y a eu une confusion avec les statuts du Galec établis en 1990, qui étaient pensés pour une durée de 25 ans. Cette confusion est à l'origine de l'amendement signé par l'assemblée nationale (limitant les contrats d'enseigne à 9 ans), ce qui est incroyable. Nos stratégies doivent intégrer la gent politique. Nous sommes victimes de son inconséquence, de la non-analyse de ce que nous sommes."

Quelques chiffres marquants, délivrés par Kantar Worldpanel

- Au global, sur l'année 2014, le drive explique 100 % de la croissance de Leclerc

- Le e-commerce alimentaire (drive essentiellement) a atteint 4,2 % de part de marché en décembre 2014. Chez les familles avec bébé, la part de marché du drive atteint 10 %.

- En 2014, la croissance s’est décomposée de la façon suivante :

+ 0,8 % CA = + 0,7 % volume + 1,4 % valorisation offre – 1,3 % déflation. (données IRI)

- Les catégories de produits "faits maison" ont progressé de 11 % sur quatre ans en valeur et de + 4 % en nombre d'articles .

- Les circuits de proximité (géographique ou émotionnelle) ont la cote

Croissance 2014 (Pénétration)

Grandes surfaces frais : + 10 % (13 %)

Vente directe : + 6 % (28 %)

Freezer center : + 3 % (29 %)

Marchés foires : + 2 % (43 %)

A noter que les magasins de proximité ont connu un net regain de pénétration en cinq ans : 51 % en 2009, 61 % en 2014. Outre la modernisation des concepts portés par les enseignes, cette progression fait écho à l'évolution démographique. Selon l'INSEE, en 2020, la France comptera deux millions de foyers supplémentaires, dont la moitié aura plus de 65 ans.