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Dans le flou, gare aux conclusions hâtives !

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  • Modifié :
  • Auteur : Elodie Martel

Harcèlement, surveillance, licenciement abusif, brimades, injures. Un seul de ces mots suffit à faire dresser les cheveux sur la tête de n’importe quel défenseur des droits de l’homme. Certes, comment ne pas s’indigner lorsqu’un journal reprend les déclarations d’un surveillant chargé de « fliquer » les salariés ? Comment ne pas s’émouvoir lorsqu’un médecin du travail finit par dévoiler l’angoisse quotidienne des salariés qu’il a suivis pendant deux ans ? Mais faut-il aussitôt conclure que la distribution est un secteur infesté de petits chefs pervers ? Que les cas sont plus nombreux qu’ailleurs ?
En l’absence de preuves tangibles, l’accusation semble facile. Or, dans ce domaine, tout reste à faire. Citons le cas du harcèlement moral, qui bénéficie depuis le 17 janvier 2002 d’un cadre légal. Défini comme « un ensemble d’agissements répétés qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte aux droits du salarié et à sa dignité, d’altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel », il peut faire l’objet d’actions en justice. Ce qui, en théorie, devrait faciliter le dénombrement des plaintes déposées chaque année.
Dans la pratique, aucune source de statistiques officielles n’existe. Ni le ministère de l’Emploi et de la Cohésion sociale, ni celui de l’Intérieur ou de la Santé ne disposent de données. Et aucun ne projette de se pencher sur le problème à court terme.

Pas de preuve mais un terreau fertile

Seuls quelques chiffres issus de la troisième enquête européenne sur les conditions de travail peuvent aider l’amateur de statistiques précises. Conduite en 2000 auprès de plus de 20 000 salariés de 15 pays d’Europe, par la Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail, elle conclut que la France était un moins mauvais élève que certains de ses voisins. 5 % des Français interrogés déclaraient, en effet, avoir fait l’objet d’intimidations ou de harcèlement moral dans le cadre du travail, contre une moyenne de 9 %. Elle démontrait également que l’administration était le secteur le plus concerné (14 %), devant l’hôtellerie-restauration et les commerces et services (13 % chacun). Une nouvelle livraison de cette étude devrait arriver dans les prochains mois, qui méritera d’être lue avec attention. En attendant, la distribution reste une proie facile. Car il ne faut objectivement pas perdre de vue que le secteur demeure un terreau fertile pour ce genre d’agissements, comme tout secteur très concurrentiel. Les contraintes économiques n’ont jamais été aussi fortes avec une pression sur les prix et la rentabilité exacerbée depuis un an. Les emplois à temps partiels sont légion et pas forcément bien vécus par les salariés, ce qui rend les personnes concernées plus susceptibles. En outre, phénomène nouveau, les premières réductions d’effectifs ont été annoncées en fin d’année 2005, contribuant à accroître le sentiment de pression et amenant de l’eau au moulin de tous ceux qui accuse la grande distribution d’agir sournoisement pour licencier à moindre coût.

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