dans la jungle des labels « éthiques »
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- Auteur : E.M.
En ces temps de disette de la consommation, le commerce équitable revêt pour beaucoup des airs d’Eldorado. De fait, quand une majorité de marchés stagnent, le chiffre d’affaires des produits labellisés Max Havelaar, acteur historique de la filière équitable, atteint 70 millions d’euros en croissance de 90 %. De quoi attiser bien des appétits. Mais plutôt que d’adopter le cahier des charges développé par Max Havelaar, jugé trop cher, certains acteurs ont décidé de développer leur propre label. Avec le risque de semer le trouble dans l’esprit du consommateur. Car 74 % des Français (contre 56 % un an plus tôt) ont beau avoir déjà entendu parler du commerce équitable, ils sont une minorité à pouvoir en donner la définition exacte. En l’absence de label officiel et public, Bio Equitable et Rainforest Alliance, respectivement débarqués en 2002 et 2005, viennent donc jouer dans la même cour que Max Havelaar. Au grand dam du pionnier, qui regrette l’absence de garantie sur le niveau de rémunération des petits producteurs. « Prenons l’exemple du café, illustre cet intervenant. Le cours mondial du sac de 100 livres est longtemps resté à 60 dollars, un niveau bien inférieur aux 90 dollars nécessaires pour compenser les coûts de production. Avec un prix garanti de 124 dollars, Max Havelaar dépasse largement le seuil de rentabilité pour le petit producteur. A contrario, Bio équitable, qui s’astreint uniquement à payer la certification Bio (15 dollars) et un niveau de prix supérieur au cours mondial, pouvait se contenter d’offrir 76 dollars par sac ». Dans le cas du label Rainforest Alliance, qui garantit un prix supérieur de 20 % au cours mondial, un prix de 75 dollars suffit dans le même cas. Des écarts dont le chaland est loin de se douter.
Bio Equitable
Pour être labellisé Bio Equitable, un produit doit d’abord être en conformité avec au moins un des règlements d’agriculture biologique reconnus au niveau international. Les coûts de certification biologique et de vérification du respect du cahier des charges Bio Equitable sont pris en charge par les entreprises opératrices et non par les producteurs. Les engagements des deux parties sont contractualisées. L’association apporte toute l’assistance dont les producteurs ont besoin pour se conformer au cahier des charges et garantit un prix minimum permettant une juste rémunération des producteurs. Sont également contrôlés le respect des droits de la personne (sécurité, santé, etc.). A la différence de Max Havelaar, l’Association inclut les échanges Nord-Nord. Autre différence notoire : en assistant énormément les producteurs, elle les incite moins à gagner en autonomie.
Rainforest Alliance
A l’origine du label FSC, Rainforest Alliance s’est donné pour mission de protéger les écosystèmes, leur biodiversité (faune et flore) et les communautés qui en dépendent. Sont par exemple pris en compte la protection et la sécurité de salariés, ainsi que leur qualité de vie sur l’exploitation. Côté prix, l’association s’engage à payer 20 % de plus que le cours mondial. Si ce dernier baisse trop, il existe donc un risque non négligeable de ne plus assurer un revenu suffisant aux producteurs.
Max Havelaar
Depuis 17 ans, l’association Max Havelaar œuvre pour rendre les échanges commerciaux Nord-Sud plus équitables. Elle garantit un revenu décent pour les producteurs du Sud, c’est à dire qui leur permette de vivre de leur travail et d’assurer leur propre développement. Il couvre les coûts de production et les besoins essentiels du producteur et de sa famille. Une prime de développement est également versée à la coopérative qui regroupe ces petits producteurs. A charge ensuite pour celle-ci d’assurer la mise en œuvre de programmes sociaux (santé, éducation, etc.), économiques (qualité, etc.) et de protection environnementale (préservation des écosystèmes et de la biodiversité). Max Havelaar fournit également un appui à la commercialisation afin d’assurer des débouchés aux producteurs. Il garantit que le produit répond aux exigences des marchés internationaux (qualité, délais, etc.) et à celles du commerce équitable (transparence, place des femmes, etc.). Point important également, les récoltes sont pré-financées par l’association.