Ces cow-boys de l'Ouest qui flinguent les prix
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- Auteur : Benoît Merlaud
Les marques 3,5 % moins chères
Sur la base d’un panier « Linéaires » de 102 références majeures (voir encadré), les deux enseignes se partagent équitablement les duels : Leclerc l’emporte à Rennes, Lorient et Saint Brieuc, tandis que Carrefour domine à Brest, Saint Malo et Vannes . En soi, cet équilibre est sans doute à peu près conforme à la situation nationale des deux enseignes. Mais les niveaux de prix atteints, eux, n’ont rien de courant : la totalité du panier y est 3,5 % moins chère que sur le reste du territoire ! Même les magasins « touristiques » de Vannes ou Saint Malo, en ce début de saison, se placent sous la moyenne nationale. Au final, les Leclerc et les Carrefour bretons arrivent à être encore 2 % moins chers que les autres Leclerc et Carrefour de France, pourtant déjà très agressifs.
Ces têtus de Bretons seraient-ils donc frondeurs au point de s’asseoir ostensiblement sur le principe du seuil de revente à perte (SRP) ? La fraude n’est pas aussi répandue qu’on pourrait le penser. « On se débrouille seulement pour acheter au meilleur prix » , explique cet adhérent Leclerc qui, la main sur le cœur, jure ne pratiquer aucun tarif illégal dans un magasin pourtant très bien placé dans nos relevés.
Délotage des promos
Il est vrai qu’ici, des pratiques exceptionnelles sont monnaie courante : importations parallèles de grandes marques, achats de produits suite à des saisies judiciaires, stockage (très) longue durée des promos et même délotage. « Le Coca à 1 € au lieu de 1,20 €, ce n’est pas un mystère , note un distributeur. Ce sont des packs de six bouteilles dont une gratuite qui sont délotés pour des ventes à l’unité. »
D’une certaine manière, cette politique opportuniste d’achats a été « popularisée » par le Leclerc de Lanester, près de Lorient, qui est devenu le magasin le moins cher de France. Il a depuis fait des émules, notamment du côté de Saint Brieuc (le Leclerc de Plérin est mieux placé sur notre panier, mais ne battrait pas Lanester sur l’indice « exhaustif » de l’Opus).
Carrefour a aujourd’hui adopté la même approche (« Ils ont embauché quelqu’un pour développer les importations parallèles », croit savoir un concurrent), mais on peut se demander dans quelle mesure le groupe intégré ne pratique pas aussi les alignements « d’exception » sur les Leclerc voisins. De bonne guerre, dans la mesure où les indépendants ne se gênent pas non plus pour prendre leurs aises avec la réglementation. « J’anticipe un peu la loi Jacob, reconnaît, goguenard, cet adhérent. J’ai déjà commencé à transférer ma marge arrière. »
« Des vigiles sur le dos »
Les services des fraudes, visiblement, ne bougent pas. Il serait d’ailleurs délicat, d’un point de vue politique, de sanctionner des distributeurs qui appliquent spontanément une baisse des marges que le gouvernement souhaite imposer. « Il faudrait en outre qu’un magasin porte plainte contre un autre et personne n’a intérêt à jouer ce jeu-là » , ajoute le directeur d’un point de vente. Sans compter qu’ils ne s’acceptent plus les uns les autres dans leurs rayons pour effectuer des relevés. « Quand on va faire un tour chez Carrefour, on a deux ou trois vigiles sur le dos , raconte un chef de secteur chez Leclerc. On ne s’amuse même pas à relever des prix à la main. » Ambiance.