Covid-19 : Une journée pas ordinaire dans une filiale d’Agromousquetaires

15 avril 2020 - Agathe Lejeune

Comment la Laiterie Saint-Père s’adapte-t-elle à la crise sanitaire ? Pour le savoir, Linéaires a suivi Claire Guillard, la directrice marketing de cette filiale d’Agromousquetaires. Entre mesures sanitaires et rationalisation des assortiments, récit d’une journée par ordinaire.

8 h : Prise de température et distanciation sociale

Le 17 mars, lorsque le président de la République annonce que la France va être confinée, l’usine de lait UHT et crèmes desserts MDD des Mousquetaires a déjà quelque peu anticipé. « On s’attendait à cette éventualité. Il fallait être en mesure de pallier un absentéisme important et soudain », confie Claire Guillard, directrice marketing de la Laiterie Saint-Père. Mais après un mois de confinement, le site basé en Loire-Atlantique tourne toujours avec 90% de son effectif, mobilisé 24 h/24 tous les jours de la semaine. « Les salariés en télétravail proposent leur aide sur les lignes de production. Certains découvrent le métier d’opérateur. Dans un autre contexte, on trouverait cela presque amusant », relate la directrice marketing.

Dès l’entrée du site, les mesures barrières sont appliquées et viennent s’ajouter à toutes les pratiques usuelles de rigueur dans l’usine. Le port du masque est rendu obligatoire et depuis le début de la semaine, la température de chaque employé entrant est contrôlée. Dans les locaux, des marquages au sol rappellent aux salariés que la distanciation sociale est de rigueur.

 

9 h :  Un comité de direction se réunit

« Depuis le début de la crise, un comité de direction se réunit chaque jour », dévoile Claire Guillard. Indispensable pour que les directions logistique, qualité, ressources humaines, collecte ou marketing puissent partager les informations du jour et prendre des décisions ad hoc. La première semaine de confinement a annoncé la couleur : les ventes de lait UHT et d’ultra-frais ont atteint des sommets. « Très vite, nous avons pris l’option de rationaliser les assortiments, en accord avec nos clients distributeurs. » Les laits écrémés ou spécifiques, tout comme les liégeois aux fruits ont été délaissés au profit des 20/80. En fonction du rythme des commandes, certains codes sont de nouveau accessibles ou au contraire, supprimés temporairement.

 

11 h : L’heure est aussi aux décisions inédites.

Depuis fin mars, les commandes bondissent de 20% en moyenne, parfois 30%, et la cadence, pour compliquer les choses, n’est pas forcément régulière. « Nous ajustons la production à la journée plutôt qu’une fois par semaine d’ordinaire, en fonction des remontées du service commercial, des achats ou de la logistique. » Et suite au comité de direction, les décisions ne traînent pas. Ce matin, il a fallu trancher. Les pots jaunes de la crème dessert vanille sont en rupture. L’utilisation de contenants transparents nécessite une validation du service commercial. Depuis peu, environ trente points de vente sont livrés en direct de façon à soulager les plateformes. Du jamais vu.   

 

14 h : Répondre aux éleveurs inquiets

Les appels d’éleveurs adhérant à la laiterie se multiplient. Certains pour proposer leur aide à l'usine. « C’est sans doute ce que j’ai entendu de plus incroyable depuis le début », souligne Claire Guillard. D’autres parce qu’ils sont inquiets : mettre la pédale douce sur la production en plein pic de production laitière est d’actualité en France. « Nous les rassurons : tous les volumes seront collectés, transformés et surtout payés au prix annoncé en début d’année de 396€ les 1000 litres primes incluses. Nous avons la chance de répondre au marché de la grande distribution et les débouchés ne manquent pas. Cela prouve la robustesse du modèle intégré d’Intermarché. » Plus notable encore : le lait équitable MDD Merci enregistre de belles performances. Le confinement aura sans doute éveillé des sursauts citoyens de la part des clients… La Laiterie Saint-Père aussi fait preuve de générosité et enverra ce vendredi, comme la semaine dernière, des crèmes desserts aux soignants d’un hôpital local. 

 

16 h : Des projets sur le long terme bien présents

Gérer l’urgence n’empêche pas la Laiterie Saint-Père de travailler les sujets de fond comme les lancements, l’amélioration des recettes, etc. Claire Guillard est ainsi en contact avec les équipes marketing restées en télétravail. « Bien sûr, le schéma n’a rien d'habituel. On va juste un peu moins vite. Mais cela montre par ailleurs que nous sommes capables de fonctionner différemment. » Comme ailleurs, l’usine dispose d’outils collaboratifs. « Finalement, ce contexte de crise aura rapproché les équipes de l’amont à l’aval. Mais pas physiquement, attention ! »

 

18 h : Envisager l’après-confinement

Comment imaginer le retour à la normale après le 11 mai, date annoncée pour le déconfinement ? « Franchement, quels modes de consommation perdureront, nous n’en savons rien, reconnaît la responsable marketing. Va-t-on continuer à livrer en direct certains magasins ? Nous verrons. » La crise sanitaire aura en revanche révélé une agilité et une faculté d’adaptation hors pair, ici comme certainement dans d’autres entreprises. Là-dessus, la filiale compte bien capitaliser. « Les collaborateurs de la Laiterie Saint-Père ont répondu présent. Ce n’est pas une surprise, mais leur engagement s'est avéré remarquable. »

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