Rentabilité des indépendants : les comptes broient du rouge
- Publié :
- Modifié :
- Auteur : P. B.
Ce n’est pas vraiment une surprise, mais la lecture des chiffres est tout de même douloureuse. Après un léger rebond en 2007 (+ 0,15 pt), la rentabilité des franchisés et indépendants a fléchi en 2008 (- 0,06 pt).
Comme le démontre la troisième édition de l’enquête exclusive Coface/Linéaires, réalisée sur la base des comptes déposés par les points de vente, le résultat net du secteur (hard discount et proximité comprise) est repassé sous le seuil symbolique de 1 %. Une baisse qui confirme la dégradation observée depuis quelques années.
Les vaches grasses de l’ère Galland ne sont qu’un lointain souvenir. La libéralisation des prix, lois Dutreil, Chatel puis LME a produit son effet : la concurrence entre distributeurs s’est sévèrement durcie. En particulier dans les hypers et supermarchés. Les chiffres sont révélateurs : Leclerc, Intermarché et Super/Hyper U sont de loin les plus touchés et tirent la moyenne vers le bas avec un recul compris entre 0,18 et 0,41 pt sur un an.
Mais avec 1,4 % de résultat, Leclerc fait tout de même partie des bons élèves. Les magasins du Mouvement ont fourni les plus gros efforts en matière de prix depuis deux ans mais ont amorti le choc grâce à un CA moyen élevé (52 M€). Lequel a progressé de 4 % entre 2007 et 2008 (selon la base Coface).
Pour les Mousquetaires et les U, en revanche, le taux de rentabilité est tombé à 0,94 % en 2008, soit 0,05 pt de moins que la moyenne. « Vos calculs prennent en compte le carburant, très peu margé, qui dégrade la rentabilité d’un magasin. Cela biaise l’analyse, pointe Rémi Bellugue, secrétaire général de Système U Ouest . Hors carburant, le résultat net des magasins U de la région Ouest s’élevait à 1,64 % en moyenne en 2008 . »
La plus grosse centrale des U confirme néanmoins une baisse significative de la rentabilité des supermarchés depuis trois ans. Elle s’élevait à 2,5 % , hors essence, en 2006 et était encore supérieure à 2 % en 2007. Ce résultat est en outre plus flatteur que la moyenne de Système U car les points de vente des autres régions, dégagent, selon l’enseigne, 0,6 à 0,7 pt de moins que leurs collègues de l’Ouest.
Champion reste bon dernier
Bien qu’en recul, la rentabilité des indépendants demeure toujours largement supérieure à celles de leurs concurrents franchisés, Casino (0,76 %), Atac (0,57 %) et surtout Champion/Carrefour Market (0,11 %). Les points de vente partenaires de Carrefour sont certes sortis du rouge (- 0,07 % en 2007 pour ceux ayant déposé leurs comptes), mais ils restent encore bons derniers du classement.
Carrefour a sans doute lâché un peu de lest au bénéfice des franchisés. Y compris sur les réseaux de proximité, qui enregistrent également une légère amélioration : + 0,11 pt pour Shopi (0,53 %), + 0,16 pt pour Marché Plus (1,09 %).
A l’évidence, le passage de leur enseigne Shopi, Marché Plus en Carrefour Contact ou City, sera vécu positivement par les patrons de magasin. Au moins pour la croissance de chiffre d’affaires attendue. Le groupe a déjà annoncé une hausse de 30 % pour les premières unités transformées (contre + 12 à + 15 % espérés). Même ramené à la moitié, ce bond a de quoi sérieusement doper le bas de ligne !
Dans ce panorama de la rentabilité, deux enseignes sortent du lot : Franprix et Leader Price, avec des scores nettement supérieurs à la concurrence (2,33 % et 1,73 %). Mais si le réseau proximité de Casino est sur une tendance positive (+ 0,42 pt), sa branche discount n’en finit pas de perdre des plumes. Elle affichait pourtant un résultat d’extra-terrestre en 2004 : 3,60 %.
Pour aller plus loin
A lire sur le même sujet dans le numéro de novembre de Linéaires
- Le palmarès en euros de la rentabilité des indépendants
- La rentabilité des cinq enseignes majeures depuis 2003
- Le taux de magasins déficitaires en 2008
- Le point sur les postes sous tension dans les comptes de résultats et les conséquences pour les indépendants, obligés de gérer leur magasin au cordeau.
- Une analyse des charges qui reflètent des réalités parfois différentes pour deux magasins comparables : les loyers, les traitements et salaires.