Marges : l’UFC-Que Choisir contre-attaque
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- Auteur : F. C.-L.
Début janvier, le ministre de l’Agriculture Bruno Le Maire avait présenté les premières conclusions de l’ « Observatoire de la formation des prix et des marges » sur le secteur bovin. Ce « pré-rapport Chalmin », du nom de l’économiste présidant l’Observatoire, avait plutôt épargné industriels et distributeurs, pourtant accusés par les syndicats agricoles et les associations de consommateurs de gonfler abusivement leurs marges.
Comme on pouvait s’y attendre, l’UFC-Que Choisir a réagi vertement : « Nous avons le sentiment d’avoir été roulés dans la farine, ce pré-rapport outrageusement partial disculpe les intermédiaires », a fulminé Alain Bazot lors d’une conférence de presse ce mardi.
« 7,7 Mds € engrangés »
Pour étayer ses dires, le président de l’association consumériste s’appuie sur une étude décortiquant sur la décennie écoulée l’évolution des prix et des marges brutes pour deux produits peu transformés : le lait et le filet de poulet.
Premier grief de l’association, dans les deux cas, les hausses de prix à la production - liées notamment à la flambée des cours des matières premières - seraient systématiquement répercutées en rayon « alors que les baisses de prix agricoles ne sont pas ou mal répercutées ». Un constat certes embarrassant pour l’aval.
Le volet sur les marges brutes est plus sujet à caution. Prenons le cas du filet de poulet. L’UFC-Que Choisir relève une hausse de 20 % du prix payé aux éleveurs en dix ans contre + 37 % pour le prix en rayon. L’association en déduit un quasi-doublement de la marge brute cumulée industriels-distributeurs (de 1,84 €/kg en 2000 à 3,62 €/kg en 2010).
L’UFC-Que Choisir va plus loin et chiffre cette « marge engrangée depuis 2000 par l’industrie et la distribution » à… 7,7 milliards d’euros pour le poulet (1,6 Md € pour le lait). Et Alain Bazot de dénoncer : « Les intermédiaires se sont constitués une cagnotte faramineuse . Il faut stopper cette captation du pouvoir d’achat des consommateurs ».
Limiter les à-coups
« Cagnotte faramineuse », la formule fait mouche mais le raccourci est osé. Pour le grand public, le risque de confusion entre marge brute et profits est réel. Par ailleurs, pour expliquer en partie la hausse de la marge brute en aval de la filière, le pré-rapport Chalmin pointait l’augmentation des coûts de revient : renforcement de la traçabilité, des contrôles sanitaires et des mesures environnementales, accroissement des frais de personnel, etc. L’UFC-Que Choisir n’y croit pas : « Nous contestons cette vision surréaliste du pré-rapport Chalmin. »
Le troisième volet de l’étude s’efforce de déterminer qui, des industriels ou des distributeurs, est le plus responsable des hausses de prix. Sur la base de relevés de prix effectués en novembre dernier dans 1 457 magasins, l’UFC-Que Choisir épingle les industriels, les prix des MDD ayant baissé ou peu augmenté sur un an.
Mais là encore, l’association prête le flanc. Son « panier » ne compte que deux produits (lait et filet de poulet), avec une seule marque nationale relevée dans les deux cas : Candia et Le Gaulois. Un peu court.
Sans attendre les conclusions de l’étude plus fouillée de l’Observatoire des prix et des marges, l’UFC-Que Choisir s’appuie en tout cas habilement sur les limites du pré-rapport Chalmin pour réclamer à nouveau l’instauration par les pouvoirs publics d’un coefficient multiplicateur sur les prix des produits alimentaires bruts ou peu transformés, pour limiter les à-coups.