Des mètres carrés, en veux-tu, en voilà !
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- Auteur : Julien UGUET
« Nos ambitions pour l'année à venir sont claires. Nous comptons ouvrir plus de 200 000 mètres carrés de surfaces commerciales ». Cette petite phrase prononcée lors de chaque grande messe annuelle de présentation de ses objectifs par un distributeur est lourde de sens, notamment dans la tête des analystes financiers. Dans un contexte concurrentiel intense, afficher haut et fort ses ambitions en terme de gain de mètres carrés, rassurent les investisseurs et démontre le potentiel de développement de l'enseigne à moyen et long terme. En 2005, la grande distribution alimentaire, tous circuits confondus, a une nouvelle fois fait preuve d'un appétit gargantuesque en déposant, auprès de la centaine de commissions départementales d'équipement commercial (CDEC), 1 140 demandes de création, d'agrandissement ou de transfert/extension. Dans les chiffres, cela représente plus de 1 146 545 m2 sollicités auxquels les CDEC ont répondu favorablement à 70,5 %. Les GMS disposent ainsi d’une garantie de croissance potentielle 2006 de 808 704 nouveaux mètres carrés. Reste que derrière cette dynamique sans précédent, la bataille de l'expansion commerciale fait rage et tous les acteurs, de ce combat ne sont pas logés à la même enseigne. Voici huit enseignements à retenir.
Les indépendants aux manettes
Les grands gagnants de 2005 sont sans conteste les enseignes indépendantes. Avec plus de 370 480 m2 de surfaces supplémentaires, (soit 45,8 % du total des mètres carrés acceptés par les CDEC), Leclerc, Système U et Intermarché démontrent l'importance d'un ancrage local. Ce trio a présentés 467 des 1 140 dossiers, dont 160 rien que pour Système U. Les trois indépendants ont engrangé deux fois plus de mètres carrés que Carrefour (177 106 m2). Toutefois, l’exploitation de cinq enseignes permet au numéro mondial de la grande distribution de rester le premier pourvoyeur de mètres carrés en 2005 (177 106 m2). Derrière, Casino maintient le cap et se paye même le luxe d'une progression potentielle de son parc supérieure au groupe Carrefour. Il est vrai qu'il faut mettre au crédit du distributeur stéphanois deux autorisations de créer des navires commerciaux de 12 000 m2 dans le Sud de la France (Toulouse et Montpellier). En queue de peloton, Auchan et Cora sont sensiblement décrochés. Faut-il y voir un lien de cause à effet? Mais le distributeur Nordiste et Louis Delhaize restent deux groupes à capitaux familiaux, réputés pour leur prudence dans leur gestion en matière d'investissement.
Le hard-discount, vrai-faux épouvantail ?
On leur prête un appétit vorace avec des ouvertures à tout-va. Pourtant , qu'on se le dise, en 2005, les enseignes de hard-discount ont obtenu moins de mètres carrés que les supers et les hypermarchés. En outre, elles affichent le taux d'autorisation le plus faible (58,3 %) des quatre circuits étudiés. Aldi se paye même le « luxe » d'être l'unique distributeur à avoir enregistré plus de 50 % de refus sur ses 71 projets présentés. L'indulgence des membres de CDEC à l’égard des casseurs de prix relève donc du pur fantasme collectif ! Reste que les discounters « indépendants » (Aldi, Lidl, Norma et Le Mutant) affichent un taux de progression potentiel de leur parc de 10,4 %, largement au-dessus de la moyenne nationale établie à 4,5 %. Et Netto, en pleine montée en puissance, affiche le ratio le plus important toutes enseignes confondus, avec + 14,6 %. De plus, il ne faut pas sous-estimer le fait que bon nombre de hard-discount, recalés en CDEC, décident d'ouvrir des points de vente inférieurs à 300 m2. En l'occurrence, ces mètres carrés supplémentaires passent à travers les mailles du filet et permettent aux enseignes d'engranger de la surface additionnelle tout en occupant le terrain dans l'attente d'une future extension.
Les hypers retrouvent le sourire
Là encore, Leclerc se taille la plus belle part du gâteau. Certes, le distributeur breton affiche un taux d'acceptation parmi les plus faibles de sa catégorie mais, avec 49 dossiers présentés, il engrange 35 000 m2 de plus que Carrefour. Les hypers Leclerc affichent ainsi un taux de progression plus fort que ceux de son grand rival (+ 3,8 % contre 2,8 %), alors que leurs surfaces commerciales en exploitation sont comparables (28 % pour Carrefour et 26 % pour Leclerc). Même Hyper U, dont deux dossiers sur cinq ont été refoulés en CDEC, gagne 23 600 m2, permettant à son parc de progresser de 12,8 %. Avec 21 dossiers présentés, pour 43 hypers en activité, Système U a d'ailleurs mis le paquet sur ce format en 2005. Au-delà, le cas Hyper U est illustratif d'une forme de revanche des petits hypers sur les gros paquebots de plus de 10 000 m2 pilotés par Carrefour, Auchan et Cora. Ces trois enseignes sont aujourd'hui confrontés à un effet de plateau. Il leur devient très difficile, dans leur configuration actuelle, d'aller chercher des mètres carrés supplémentaires. A l'inverse, le développement de Géant, de Hyper Champion (qui au passage affiche un taux de progression quatre fois plus élevé que Carrefour) vient confirmer le potentiel de croissance des moins de 5000 m2.
Les supers confirment leur bonne forme
Sans surprise, sur le circuit des supermarchés, le bilan des CDEC respecte la hierarchie déjà en place. Les « régionaux » Super U et Intermarché occupent les deux premières places avec respectivement 102 001 m2 et 72 245 m2 accordés. Certes, ces bons résultats sont à mettre en concordance avec le taux d'acceptation (plus faible que la moyenne pour Système U) et le nombre de dossiers présentés (plus de la moitié à eux deux). Derrière, Champion réussit à suivre la cadence avec un avis de CDEC favorable dans 7 cas sur 10. Monoprix affiche également un taux d'acceptation très satisfaisant. Cela traduit bien la volonté politique de plusieurs départements de redynamiser les centres-villes. Une fois encore, Leclerc se fait remarquer avec une progression de son parc de super de 13,6 %. Certes, ce format ne représente que 2 % de la surface globale exploitée par l'enseigne, mais il engrange autant de mètres carrés qu'Atac et cinq fois plus que Match.
Gourmandise ne rime pas avec efficacité
Si les indépendants sont les plus grands pourvoyeurs de mètres carrés, force est de constater que dans le même temps, ils font partie des plus mauvais élèves en ce qui concerne le taux d'acceptation. Par exemple, les hypers Leclerc affiche un petit 68,0 %, soit le deuxième plus faible rendement de la catégorie derrière Hyper U. Il est vrai que vu le nombre de dossiers présentés, la perte d'efficacité est logique. Cette stratégie n'est pas sans rappeler celle des hard-discounters, adeptes de l'adage « mieux vaut le nombre que la qualité ». A l'inverse, des enseignes comme Géant, Monoprix, Intermarché (pour les hypers) et Cora tirent leur épingle du jeu en jouant la modération. Le groupe Louis Delhaize peut même s'enorgueillir, même s'il n'a déposé que trois dossiers d'extension, d’avoir reçu le feu vert de la CDEC dans tous les cas.
47 % des mètres carrés vont aux créations
Si plus de 47 % des mètres carrés accordés l'ont été pour des créations de surfaces commerciales, les dossiers d'agrandissement ont, quant à eux, représentés 42 % des projets et les transferts/extensions 11%. Ce dernier ratio atteint même 21 % chez les hypers.Côté supers, la répartition des mètres carrés accordés entre les créations et les extensions est sensiblement la même (41,6 % aux nouvelles surfaces contre 48 % de surface agrandie). Enfin, sans surprise, les hard-discount privilégient des créations pures (80 % des mètres carrés accordés) à des agrandissements. Les transferts s'effectuant à la marge.
800 000 m2, pourquoi faire ?
Pour l'année 2005, la progression potentielle du parc commercial français s'établit à 4,5 % soit plus de 800 000 m2. Quand tous ces projets auront vue le jour, c'est l'équivalent d'un groupe comme Cora/Match qui émergera dans le paysage national ! Reste qu'avec une consommation stagnante, le risque est grand d'assister à une dégradation de la productivité des enseignes au mètre carré, les chiffres d'affaires des enseignes n'évoluant pas aussi rapidement.
CDEC et jurisprudence
Depuis 2002, une décision du Conseil d’Etat a amené la CNEC ainsi que le juge, en cas de recours devant le tribunal administratif, à davantage tenir compte de la jurisprudence existante. Certaines CDEC peinent encore à s’imposer ce même degré d’exigence. Composée d’élus et non d’agents de l’état comme en commission nationale, ses membres ne sont pas forcément tous au fait des dernières évolutions jurisprudentielles. Pour les distributeurs, il apparaît aujourd’hui essentiel de préparer le plus finement possible son projet, en s’entourant notamment d’experts en droit de l’urbanisme. Cela évitera notamment de passer à côté d’une jurisprudence qui pourrait être favorable en cas de recours.
Retrouvez le bilan 2005 en chiffres
Les chiffres clés de 2005
1 146 545,19. C'est le nombre de mètres carrés sollicités en 2005 par l'ensemble des enseignes à dominantes alimentaire, tous circuits confondus.
808 704,3. C'est le nombre de mètres carrés accordés en 2005 par les commissions départementales d'équipement commercial.
70,5 %. C'est le taux moyen d'autorisation, tous circuits confondus.
1 140. C'est le nombre de dossiers déposés au niveau national. Sur ce total, 830 ont reçu le feu vert des CDEC soit un taux d'acceptation par dossier de 72,8 %.
974. C'est le nombre de mètres carrés moyen par dossier autorisé en CDEC.
7 7776. C'est le nombre de mètres carrés moyen par département
58,3 %. C'est le taux moyen d'autorisation pour les enseignes de hard-discount. Dans le même temps, les hypermarchés affichent un taux d'acceptation de 72,8 %, les supers de 75,3 % et les enseignes de proximité de 83,1 %.
+ 4,5 %. C'est le potentiel de croissance commercial du parc pour l'année 2006 par rapport aux mètres carrés globalement exploités sur le territoire, toutes enseignes confondues, fin 2005.