Crise aux Antilles : jusqu’à 88 % d’écart de prix avec la métropole
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- Auteur : Frédéric Carluer-Lossouarn
Le thème ultra-sensible des prix élevés dans les Dom-Tom est revenu sur le devant de la scène à l’occasion des graves troubles sociaux qui secouent les Antilles françaises. La cherté de la vie en est l’un des facteurs sous-jacents. Rien de nouveau. Dans une enquête menée il y a dix ans, Linéaires pointait des prix 84% plus élevés sur l’alimentaire en Martinique par rapport à la métropole (cf. n° de janvier 2011).
Qu’en est-il aujourd’hui ? Depuis l’Hexagone, il est possible de toucher du doigt cette réalité en regardant les prix affichés sur les drives des grandes surfaces aux Antilles. Il y a peu de choix possibles en vérité. Chez Leclerc par exemple, un seul et unique drive, celui de l’hyper martiniquais La Galéria du Lamentin, un ex-Hyper U de 6.700 m² rallié à Leclerc en 2019.
41% des 70 articles deux fois plus chers
Pour point de comparaison, nous avons symboliquement choisi le drive d’un Leclerc de 9.500 m² proche du Havre (Gonfreville-l’Orcher), port d’où est expédié par bateau une bonne partie de l’approvisionnement de l’île en produits alimentaires transformés*.
Résultat : sur un panier strictement identique de 70 références alimentaires de grandes marques (épicerie, produits frais, surgelés, boissons), le Leclerc martiniquais ressort 88% plus cher que son homologue havrais. L’écart est homogène entre l’épicerie (+91%) et le frais & surgelés (+89%). Il est un peu moins élevé sur les boissons (+72%).
Même constat sur le frais et les surgelés : 3,10€ contre 1,37€ les quatre pots de crème aux œufs à la vanille La Laitière, 5,09€ contre 2,22€ les quatre bâtonnets Magnum classic, 8,06€ contre 3,33€ la pizza surgelée La Grandiosa 4 fromagi Buitoni 570 g, etc.
Dans ce Leclerc drive, les martiniquais doivent débourser 2,50€ pour une bouteille de Pepsi classique 1,5l quand un Normand l’achète seulement 1,07€ au drive de Gonfreville l’Orcher. Le symbolique Nutella (1 kg) y est vendu 74% plus cher qu’en métropole : 9,40€ contre 5,39€. Au total, seuls 5 des 70 articles affichent un écart de prix inférieur à 40%.
Salée la coupe de champagne
En Guadeloupe cette fois, Linéaires a observé les prix en drive de deux Super U : Baillif et Pointe à Pitre-Bergevin. En les comparant à ceux du drive d’un Super U de même taille (environ 1.500m²) au Havre : Océane. Faute d’un assortiment suffisamment commun avec le Leclerc drive martiniquais, le panier de 70 références est différent pour les U mais concerne toujours les grandes marques, sur les mêmes rayons.
Le constat : 63% d’écart de prix avec la métropole pour le Super U de Pointe à Pitre-Bergevin, 78% pour celui de Baillif. Moins élevés donc que dans le cas de Leclerc. Pas de quoi en conclure néanmoins que les U sont moins chers que Leclerc aux Antilles. Sur huit des treize références communes entre les deux enseignes sur notre panier, le Leclerc martiniquais affiche des prix plus bas que les Super U guadeloupéens.
Dans les deux U guadeloupéens, les différences sont en moyenne un peu moins fortes sur le frais & surgelés que sur l’épicerie et les boissons. Au drive de Super U Baillif, 16 des 70 articles de notre panier atteignent des sommets en affichant des prix au moins deux fois plus élevés qu’au Havre. Le paquet 500 g de Kellogg’s corn flakes y est vendu 5,99€ contre 2,41€, les céréales Chocapic 430 g sont à 5,41€ contre 2,11€, les quatre pots de riz au lait vanille La Laitière sont à 2,95€ contre 1,37€ et les panés de colin surgelés Findus 510 g s’affichent à 6,98€ contre 3,09€. Pour sabrer le champagne avec une bouteille de brut Veuve Cliquot 75 cl, il en coûte 59,95€ contre 38,59 € au Havre (+ 55%).
Raviolis : 89 % plus chers
On relève de la même façon de très gros écarts de prix sur certains produits au Super U de Pointe à Pitre-Bergevin : 8,10€ contre 3,49€ le Nescafé spécial filtre 100 g, 4,99€ contre 2,46€ le Caprice des Dieux 200 g, 4,20€ contre 2,03€ la bouteille d’Ocean Spray cranberry 1,25l, 7,44€ contre 3,48€ le pack de six bouteilles de San Pellegrino 1l. Le pot de Nutella 400 g y est 76% plus cher qu’au drive du Super U havrais et les raviolis pur bœuf Panzani 800 g sont 89% plus chers.
Les contre-exemples sont rares, liés aux productions locales. Le rhum vieux agricole AOC de Martinique Clément 70 cl est par exemple vendu 16,03€ au drive du Leclerc du Lamentin contre 21,40€ à celui du Leclerc havrais. Le rhum blanc Dillon 55% 1l est à 10,09€ au Leclerc martiniquais contre 16,65€ chez son confrère normand.
Il n’y a pas que les grandes marques. Il faut aussi prendre en compte les produits locaux, les MDD, les marques antillaises ou les grandes marques fabriquées sur place, y compris sur le frais (Danone, Yoplait, etc.). Autant d’alternatives permettant de réduire les écarts avec la métropole. Mais cela ne suffit visiblement pas à calmer l’exaspération des Antillais qui comptent à l’euro près en faisant leurs courses. De même, toutes les explications logiques sur les surcoûts liés à l’acheminement par bateau ou par avion des grandes marques et des MDD depuis la métropole ne suffiront sans doute pas à apaiser les colères.
*Source : Linéaires. Relevés effectués les 1er, 2 et 3 décembre 2021. Panier de 70 références de produits alimentaires de grandes marques relevées sur les drives du Lamentin (Martinique) et de Gonfreville-l’Orcher (76) pour Leclerc ; sur les deux drives guadeloupéens de Pointe à Pitre-Bergevin et Baillif et sur celui du Havre-Océane (76) pour Super U. Les paniers sont strictement identiques au sein de chaque enseigne mais différents entre les deux enseignes, pour des raisons de disponibilité de l’offre.