Vie chère outre-mer : les distributeurs en partie dédouanés par l'Autorité de la concurrence
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- Auteur : F. Carluer-Lossouarn
Infographie : Autorité de la concurrence
Le sujet est explosif outre-mer : la vie chère, notamment sur les produits alimentaires de la vie courante. Le 10 février, l'Autorité de la concurrence (ADLC) a rendu son avis sur les marges des grossistes-importateurs et des distributeurs en Martinique, en formulant ses recommandations. Elle avait été saisie par le gouvernement le 29 janvier 2025. Pour les consommateurs martiniquais, le constat est amer : un écart de prix de 40% sur l'alimentaire par rapport aux prix pratiqués en métropole. L'ADLC constate aussi que cet écart, similaire à ceux observés dans l'ensemble des territoires ultra marins, s'est accru depuis 2010.
Pour expliquer ces grosses différences de prix, l'Autorité de la concurrence pointe tout d'abord des raisons structurelles qui perdurent : forte dépendance des Antilles vis-à-vis de l'Hexagone pour ses approvisionnements, poids de la fiscalité locale (TVA et octroi de mer), frais d'acheminement par bateau ou avion importants impliquant beaucoup d'intervenants tout au long de la chaîne logistique, etc. Selon l'ADLC, ces " frais d'approche " en Martinique représentent, en moyenne, un surplus de 50% sur le coût d'achat des marchandises dans l'Hexagone pour les distributeurs.
Importer davantage depuis la zone Caraïbes
" Pour des petites économies insulaires comme la Martinique, l'intégration régionale, c'est à dire le développement des flux commerciaux réguliers avec les pays voisins, pourrait être un levier décisif pour dépasser la contrainte liée à la taille réduite du marché local, diversifier les importations et diminuer les coûts logistiques ", recommande l'ADLC. Au final, pour l'autorité indépendante, tous ces facteurs structurels " expliquent pour une large part le niveau élevé des prix à la consommation " en Martinique.
Photo : Linéaires-Enjoy Prod
Sur le sujet sensible des marges au sein de la chaîne de distribution, l'ADLC dédouane en partie les grossistes-importateurs et distributeurs en Martinique, ces deux activités étant d'ailleurs souvent cumulées par les gros distributeurs outre-mer (c'est notamment le cas des deux groupes franchisés Carrefour : GBH-Bernard Hayot et SAFO). " Sur la base des données qu'elle a été en mesure de collecter et d'analyser, l'Autorité estime que le niveau de marges pratiquées par les grossistes-importateurs et des acteurs de la grande distribution intégrés actifs en Martinique présente des similitudes avec celui observé dans l'Hexagone ", avance l'Autorité de la concurrence.
Opacité sur les marges
Néanmoins, l'ADLC recommande un renforcement des contrôles de la DGCCRF (répression des fraudes) sur la persistance d'accords exclusifs d'importation de produits et de marques, accords pourtant prohibés par la loi Lurel depuis 2012. L'Autorité souligne par ailleurs que les marges des importateurs-grossistes " apparaissant plus importantes que celles réalisées par les distributeurs ", recommandant donc d'associer davantage les importateurs-grossistes aux dispositifs de lutte contre la vie chère outre-mer.
Photo : Linéaires-Enjoy Prod
Concernant les distributeurs intégrés, l'ADLC déplore aussi un déficit d'informations disponibles sur les marges pratiquées, en raison d'une trop grande opacité dans les présentations de leurs bilans comptables. " Les marges des distributeurs et des grossistes-importateurs doivent par conséquent être interprétées avec prudence notamment du fait des facturations intragroupes qui permettent de répartir la marge totale liée à l'import et à la distribution sur le territoire martiniquais entre les différentes entités du groupe ", explique l'ADLC. Pour tenter de réduire cette opacité, l'autorité recommande " la mise en place d'un dispositif de recueil de ces données, pérenne et contraignant, permettant aux pouvoirs publics d'assurer un suivi régulier de l'évolution et de la structure des prix et des marges des grossistes-importateurs et des groupes de distribution martiniquais, en particulier au sein de ceux-ci ".
GBH se félicite de l'avis de l'ADLC
Dans un communiqué publié dans la foulée, le groupe Bernard Hayot (GBH), qui avait été particulièrement ciblé par ses détracteurs sur le sujet de la vie chère outre-mer, s'est empressé de réagir : " Le groupe GBH se félicite des constats et recommandations de l'avis de l'Autorité de la concurrence (…). L'Autorité confirme que les niveaux de marges pratiqués par la grande distribution en Martinique sont comparables à ceux observés dans l'Hexagone et que les niveaux de marges nettes sont inférieurs en Martinique. L'avis met en évidence que les écarts de prix s'expliquent avant tout par des facteurs structurels persistants, spécifiques aux économies insulaires, dont la dépendance aux importations, les coûts logistiques et portuaires, la fiscalité locale, l'étroitesse du marché, qui pèsent durablement sur les prix à la consommation, indépendamment des politiques commerciales des distributeurs ".
Retrouvez ici le texte intégral de l'avis de l'Autorité de la concurrence :