Covid-19 : La filière pêche à l’arrêt

20 mars 2020 - Jade Bidaux

Le Coronavirus n’épargne pas la filière pêche. Les consommateurs laissent de côté les produits de la mer et les distributeurs n’ont donc d’autres choix que de sacrifier leur rayon marée. Les prix dégringolent tandis que le nombre d’invendus ne cessent d’augmenter.

bateau de pêche

Aucune alternative pour sortir de ce cercle vicieux. La filière pêche a vu ses prix et ses ventes dégringoler au rythme des mesures prises pour faire face à la crise sanitaire du Coronavirus. La grande distribution et les mareyeurs n’achètent presque plus de marchandises depuis l’annonce du confinement.

Dès lundi matin, plus de 100 tonnes de poissons sont restées invendues sur l’ensemble des criées bretonnes. Le phénomène s’est poursuivi le lendemain et le nombre d’invendus a atteint les 25 % de poissons, selon Alain Coudray, président du comité des pêches des Côtes-d’Armor. Les prix de vente des produits ont été divisés par deux, voire par trois, mercredi en comparant à ceux de la semaine dernière. La lotte est passée de 7 € à 4 €. Les langoustines sont désormais vendues à moins de 7 € contre presque 13 € la semaine dernière. Le montant de la sole est de 8 € au lieu de 17 € et celui du turbot de 12 € contre 35 €.

Suspension des prix d’ordre d’achat par l’OP les pêcheurs de Bretagne

Le déclin a commencé avec la fermeture des cantines et des restaurants qui a commencé à faire chuter les cours et les ventes de produits de la mer. La fermeture des frontières de l’Italie et de l’Espagne a aussi sa part de responsablilité. Depuis ce week-end, les consommateurs, pris de panique, privilégient les produits de première nécessité aux poissons, coquillages et crustacés.

Bien que les navires disposent toujours de l’autorisation de sortir en mer, la chance de vendre est donc très limitée. Ce qui est lourd en conséquence. À Boulogne-sur-mer (62), les 80 chalutiers sont rentrés au port à cause des prix de vente tellement bas que les frais des pêcheurs ne peuvent être couverts. La Bretagne, qui assure la moitié des captures françaises, est particulièrement touchée par cette crise.

Par exemple, au Guilvinec (29), les bateaux ne repartiront pas avant la fin du confinement pour éviter de pêcher à perte. L’OP les pêcheurs de Bretagne a dû suspendre ses prix d’ordre d’achat pour une durée indéterminée. De nombreux pêcheurs se retrouvent ainsi en chômage technique ou partiel. Une mauvaise nouvelle qui s’ajoute à une situation déjà tendue depuis le début de l’année. Les bateaux avaient été cloués à quai à cause des tempêtes et du mauvais temps il y a quelques mois. Le secteur a été affaibli par le novovirus, qui a touché les huîtres fin 2019. Sans oublier l’approche des complications sur les zones de pêche quand le Brexit aura œuvré.

Tous les acteurs sont sur le qui-vive afin de trouver des solutions pour sauver la filière pêche. L’aide des grandes surfaces a été sollicitée pour tenter de convaincre les consommateurs de se tourner vers les poissons en rayon frais. L’objectif : inciter les Français à acheter des espèces qui ne peuvent pas être vendues en barquette, telles que la lotte et la raie.

« Des centrales d’achat ont émis des promesses d’acheter des produits de pêche à des prix corrects », affirme Dimitri Rogoff, le président du comité régional des pêches auprès de Ouest-France. Malheureusement, la filière va surement devoir faire faire face à un nouveau problème. Le manque d’effectifs et de moyens obligera peut-être les distributeurs à sacrifier les rayons traditionnels pour faire face à la situation. Les rayons marée, n’étant en plus pas approvisionnés, sont les premiers à fermer, laissant derrière eux peu de perspectives aux pêcheurs de voir leur activité reprendre.

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