Covid-19 La boucherie tient le coup selon le président d’Interbev

8 avril 2020 - Frédéric Carluer-Lossouarn

Interrogé par Linéaires, Dominique Langlois, président de l'interprofession bétail & viande (Interbev), se montre rassurant. Pour l’instant, la boucherie supporte le choc du confinement. Les abattages de bovin se maintiennent, la production suit et la consommation s’est reportée en GMS et en boucherie artisanale. Pour autant, la saison de l’agneau pascal est incertaine, la situation du veau est inquiétante et celle du cheval dramatique. Interview.

Photo : Interbev.

Dominique Langlois, président d’Interbev (interprofession bétail & viande) et ancien PDG de la SVA-Jean Rozé.

Linéaires : Quelle est la situation des filières boucherie depuis la crise du Covid-19 ?
Dominique Langlois : La situation est difficile mais tous les acteurs des filières se sont mobilisés pour assurer la continuité des approvisionnements en viandes françaises. Je tiens ici à les saluer. En bovin, il y a eu de très forts volumes avant l’annonce du confinement. L’augmentation a été très nette en steaks hachés, pour les repas des familles avec enfants. La semaine suivante, il y a eu un tassement lié au stockage par les Français et à un manque de visibilité des acheteurs de la grande distribution. Nous attendons encore les chiffres mais la semaine 14 (du 30 mars au 4 avril) devrait être meilleure.

Les exportations françaises et les flux de bovins vivants se sont poursuivis, même vers l’Italie et l’Espagne. En Chine, la situation est compliquée mais c’est un marché prometteur qui tire la production française de viandes. Au final, jusqu’à présent nos abattages se sont maintenus en bovins.

Les industriels pourront-ils tenir la cadence alors qu’ils craignent de manquer de main d’œuvre ?
Aujourd’hui, il n’y a pas de gros problèmes de pénurie de main-d’œuvre. Le taux d’absentéisme a augmenté un peu, c’est bien compréhensible avec cette crise mais les outils industriels continuent de fonctionner. Les salariés sont conscients de la nécessité d’aller travailler pour assurer l’approvisionnement des Français, la mobilisation est forte. Nous vivons au jour le jour mais je reste optimiste pour les semaines à venir.

En grandes surfaces, la fermeture de rayons trad pénalise certaines filières. Le craignez-vous pour la boucherie ?
Aujourd’hui, il n’y a pas d’effondrement des rayons trad des GMS, on constate même une volonté de les réouvrir pour ceux qui ont été fermés. En fonction de l’évolution de la situation, on a constaté un report d’une partie des livraisons de viande vers davantage de produits élaborés comme les steaks hachés. Concernant la boucherie en général, les artisans bouchers sont à pied d’œuvre et certains proposent même du service à domicile pour les personnes ayant des difficultés à se déplacer.

Tout cela est plutôt rassurant mais certaines filières sont très inquiètes. Pâques est une période cruciale pour l’agneau et le chevreau.
Oui, nous avons donc lancé le 2 avril une campagne à la radio et sur les réseaux sociaux pour inciter les Français à consommer de l’agneau et du chevreau. Je salue aussi les artisans bouchers pour leur mobilisation et les enseignes de grande distribution qui ont répondu à notre appel en mettant en avant ces viandes dans leur communication et en se tournant vers l’origine France.

Intermarché est l’un des distributeurs les plus actifs pour soutenir les filières agneau et chevreau français à l’occasion de leur saison cruciale de Pâques. Ici, une affiche du distributeur appelant à en consommer.

Sera-ce suffisant ?
Il faut tout faire pour limiter la casse. Les magasins doivent proposer des pièces plus petites, adaptées à la situation qui interdit les grands repas de famille à Pâques. Par exemple un gigot tranché au lieu du traditionnel gigot entier. Nous travaillons aussi sur la piste du stockage contractualisé, pour permettre la mise en marché à d’autres moments de l’année ou sur d’autres circuits de distribution comme la restauration hors domicile.

Y-a-t-il déjà des filières en grandes difficultés ?
La situation de la filière équine est dramatique. La viande chevaline est principalement vendue sur les marchés. L’évolution pour la viande de veau et la filière caprine est inquiétante.

La Fédération Nationale Bovine (FNSEA) dénonce des prix payés aux éleveurs inférieurs de 1€/kg aux coûts de production. Le syndicat pointe du doigt les GMS et veut un prix minimum. Quel est la position d’Interbev ?
En effet, je ne peux malheureusement que constater une baisse des prix pratiqués aux éleveurs et nous ne pouvons qu’appeler à la responsabilité de chacun et à la solidarité pour que tous les maillons y trouvent leur compte, y compris les éleveurs. C’est l’une de nos principales préoccupations.

Propos recueillis par F. Carluer-Lossouarn

 

La FNSEA alerte sur la saison agneau à Pâques

Le 2 avril, sur son compte Twitter, la présidente de la FNSEA, Christiane Lambert, a alerté sur la nécessité de proposer de l’agneau français dans les GMS : «Un travail a été fait sur l’agneau de Pâques. 80% des agneaux sont vendus sur les deux mois qui viennent. Donc il faut écouler ces près de 500.000 agneaux qui sont aujourd’hui dans les fermes. Il y a un engagement des distributeurs à respecter l’agneau français. Certains ont mis de côté l’agneau néo-zélandais, l’ont congelé pour plus tard ou même donné aux Ehpad, hôpitaux ou au personnel de sécurité.»

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