Vives tensions sur le test d'étiquetage nutritionnel

9 novembre 2016 - B. Merlaud

Vives tensions sur l'étiquetage nutritionnel

Vives tensions sur le test d'étiquetage nutritionnel

Le Fonds français pour l'alimentation et la santé, responsable du test en magasins portant sur l'étiquetage nutritionnel, s'estime injustement mis en cause par Linéaires. Sa réaction s'inscrit dans un contexte globalement tendu, ce test faisant par ailleurs l'objet de nombreuses attaques dénonçant une trop grande influence des industriels dans son organisation.

Le 14 octobre dernier, Linéaires a visité à l'improviste deux supermarchés participant à l'expérimentation. Le protocole du test prévoyait que, selon les familles de produits concernées (pains, brioches et viennoiseries industriels, pizzas, tartes et plats traiteur, plats en conserve), 63 à 86% des articles soient porteurs d'un logo nutritionnel. Les taux réels oscillaient plutôt entre 46 et 71% pour Carrefour Market et, surtout, entre seulement 25 et 33% pour le Simply Market visité. D'importants écarts qui nous amenaient à exprimer des inquiétudes quant à la portée effective de l'opération.

Le FFAS nous a demandé de diffuser le droit de réponse suivant :

"Le Fonds français pour l'alimentation et la santé, porteur opérationnel de l'expérimentation en conditions réelles d'achat de quatre logos nutritionnels, se voit dans l'obligation de rectifier les approximations et erreurs publiées dans le numéro de novembre de Linéaires au sujet de cette étude. Contrairement aux affirmations sans fondements relayées dans un de ses articles, les résultats de l'expérimentation ne seront mesurables qu'à l'issue de son déploiement, le 4 décembre prochain.

Les millions de données d'ores et déjà recueillies en magasin feront l'objet d'un traitement par une équipe scientifique de premier plan. Elles seront transmises à l'Anses d'ici fin janvier 2017. Alors que l'expérimentation entame sa septième semaine, plus de deux millions de passages en caisse et 1,5 million de produits étiquetés dans les quatre rayons tests des 40 magasins des enseignes Auchan (Simply Market, NDLR), Carrefour (Market, NDLR) et Casino permettent de valider le premier objectif de l'expérimentation en magasin : mesurer l'effet d'un logo nutritionnel sur l'évolution des ventes des aliments.

Après une nécessaire et complexe étape de mise en place, plus de 40 rapports d'audits remis par les experts indépendants chargés de contrôler la bonne exécution de l'expérimentation démontrent que le taux de produits étiquetés (entre 65 et 85%) est conforme aux besoins de l'étude. Cette démarche menée dans l'intérêt des consommateurs se déroule donc conformément aux prescriptions du Comité scientifique qui l'a conçue."

Il n'en demeure pas moins que, trois semaines après le démarrage du test, le Simply Market "défectueux" visité par Linéaires n'avait toujours pas été identifié par le FFAS comme un magasin problématique. Suite à notre article, d'ailleurs, l'intérimaire responsable de l'étiquetage en magasin et la diététicienne chargée de surveiller la bonne exécution de cet étiquetage auraient vu leur mission prendre fin prématurément.

Selon une confidence recueillie par Linéaires, les organisateurs du test s'étaient donné, in petto, deux semaines de calage durant lesquelles les données ne seraient pas forcément retenues pour l'analyse. Cette période a finalement été étendue à trois semaines.

La difficile surveillance des intérimaires n'est pas la seule raison de ce long délai. Les 29 industriels ayant accepté que leurs produits soient stickés n'ont pas tous fourni en temps et en heure les données nécessaires au calcul des profils nutritionnels et à l'édition des logos correspondants. De même, les enseignes n'auraient pas toujours été capables de livrer une liste à jour des références détenues dans leurs magasins.

Bref, explique-t-on au FFAS, la visite impromptue de Linéaires dans deux supermarchés (sur les 40 faisant l'objet de l'expérimentation) a eu lieu juste avant la fin de ce "calage". La portée scientifique du dispositif, assure-t-on, n'est pas remise en cause.

Un choix public déjà exprimé

Le nutri-score avait déjà été retenu par le haut conseil de la santé publique en 2015

Si le FFAS est aussi soucieux de défendre sa crédibilité, c'est qu'il fait l'objet de multiples attaques. De nombreux médias ont relayé les critiques exprimées par le professeur Hercberg, promoteur de l'un des logos testés (des notes de A à E assorties d'un code couleur dissuasif), ou par ses partisans.

En 2015, son système, baptisé "nutri-score", avait en effet été identifié par le haut conseil de la santé publique, à l'époque saisi par le ministère de la Santé, comme étant le plus efficace en matière d'information nutritionnelle synthétique.

La décision, finalement, de lancer une nouvelle expérimentation en conditions réelles peut aujourd'hui être interprétée comme la volonté d'apporter un éclairage supplémentaire sur la question, mais aussi comme la remise en cause d'un choix public déjà exprimé.

Car les industriels, eux, sont vent debout contre tout ce qui peut ressembler à un feu rouge apposé sur un produit. Ils sont d'autant plus facilement accusés d'avoir su faire plier, au moins pour un temps, la ministre de la Santé que le FFAS, mandaté pour l'expérimentation, est directement financé par l'industrie alimentaire.

La démission, à l'été 2016, de plusieurs membres du comité scientifique pilotant l'expérimentation a alimenté la polémique, même si certains ont fait savoir qu'ils partaient sans désaccord avec la méthode choisie pour le test.

L'expérimentation en magasins est dotée d'un budget de 2,2 millions d'euros, financé à moitié par des fonds publics et à moitié par les industriels. Au FFAS, on se défend toutefois d'être juge et partie, démentant toute velléité d'interventionnisme de la part de l'industrie dans la bonne marche du test. "Puisqu'elle est associée à l'expérimentation, estime Valérie Busson, chargée de mission pour le FFAS, l'industrie alimentaire pourra difficilement en réfuter les résultats, quel que soit le système retenu."

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