S’engager pour demain (ou pour l’argent)

8 novembre 2005 - Julien UGUET

Business ou image ? Image ou business ? Image et business ? Comme dans de nombreux secteurs d’activité, les enseignes de grande distribution sont confrontées à un cruel dilemme lorsqu’il leur est demandé de communiquer sur leur politique de développement durable.
D’un côté, cette démarche permet de cultiver, auprès du grand public, une image d’entreprise « citoyenne ». De l’autre, elle offre la possibilité de réduire ses coûts de fonctionnement et ainsi d’améliorer les marges de ses magasins. Bref de lier l’utile à l’agréable. « Il ne faut pas se leurrer et prendre pour parole d’évangile les grands discours pleins de bonnes intentions, souligne ce distributeur. Aucune enseigne ne s’engagera aujourd’hui dans le développement durable si les actions menées ne sont pas un minimum rentable à court terme. »
Si cet avis peut interpeller, il répond pourtant parfaitement à la notion de « développement durable » telle qu’elle a été définie (cf. encadré). Carrefour, Auchan, Intermarché Casino, Leclerc et compagnie ont bien compris ce double enjeu « image et profit », même si chacun le communique à sa manière. Certains préfèrent jouer la carte de la discrétion pendant que d’autres font l’étalage de leurs multiples initiatives dans de conséquents rapports d’activité.
En creusant plus le sujet, il apparaît que tous les distributeurs, sans exception, ont enclenché une véritable dynamique autour du développement durable. « C’est la pérennité et la bonne marche de nos magasins qui sont en jeu, souligne Gwenaëlle Lacroix, responsable qualité, sécurité et environnement chez Intermarché. La première étape est la sensibilisation au quotidien des adhérents et des employés. » Pour y parvenir, le groupement des Mousquetaires s’est doté depuis deux ans d’une cellule de travail transverse qui rassemble des adhérents et des permanents de tous niveaux. Baptisée « groupe Eole », cette structure a pour mission d’encadrer les initiatives internes et de relayer le message sur le terrain.
Même son de cloche chez les Nouveaux Commerçants, soucieux de rester pragmatiques et pratiques sur le développement durable. « Les clients attendent des distributeurs qu’ils s’engagent sur certains problèmes de société, précise Thierry Desouches, responsable communication chez Système U. Cela peut passer par le recyclage des déchets, le commerce équitable mais aussi le développement de l’activité au niveau local. » Reste que pour convaincre les associés de l’intérêt de s’engager dans ce type de démarche, rien de tel qu’un compte d’exploitation bénéficiaire pour lever tous les réticences.
Pour les groupes intégrés, cette problématique de gestion simultanée de l’image et du portefeuille est identique. « Si une initiative ne respecte pas le triptyque social, environnement et économie, nous ne la conduisons pas car elle ne serait pas viable à terme, confirme Gilbert Delahaye, responsable qualité pour le groupe Casino. Les seules exceptions à cette règle sont le mécénat ou l’aide humanitaire. Nous ne souhaitons pas faire du développement durable une démarche marketing auprès du grand public. »
Le distributeur stéphanois s’est, lui aussi, doté d’une cellule transversale en interne afin de mieux relayer le message dans ses magasins en France et à l’international. « Chacun, dans son travail quotidien mais aussi à titre personnel, doit se sentir concerné par un aspect du développement durable, ajoute Gilbert Delahaye. Il est également intéressant d’échanger des idées et des pratiques avec d’autres secteurs d’activité, comme la chimie ou l’automobile. » Un constat s’impose. La prise de conscience de la nécessité de préserver l’environnement, d’améliorer les conditions sociales et d’optimiser la rentabilité économique n’est pas née avec le développement durable. Mais ce concept a permis d’encadrer et de fédérer les initiatives existantes et à venir.

Un triptyque incontournable

C'est en juin 1992, au premier « Sommet de la Terre » organisé par les Nations Unies qu'est consacré le terme de « développement durable ». De manière plus explicite, ce concept définit notre capacité à satisfaire nos besoins présents sans compromettre ceux des générations futures, ceci à l'échelle planétaire bien évidemment. Le développement durable repose sur trois piliers principaux incontournables et indissociables : le social, l’environnemental et l’économique. Cette idéologie n’exclut pas la possibilité de dégager des profits tant qu’ils sont réalisés dans un cadre de préservation des ressources et de respect des relations sociales. En résumé, c’est une manière plus « citoyenne » de gérer le fonctionnement de son magasin et d’appréhender ses relations commerciales avec ses partenaires et ses clients.

Linéaires - Formules d'abonnement

LE MAGAZINE DE LA DISTRIBUTION ALIMENTAIRE

● L'expertise du seul magazine spécialiste de l'alimentaire en GMS
● De nombreux reportages en magasins, enquêtes et comparatifs indépendants
● Plus de 100 dossiers marchés et focus produits traités chaque année

Profitez d'une offre découverte 3 mois