Les courses en Martinique : 84 % plus chères !

6 janvier 2011 - F. Carluer-Lossouarn

  • La distribution en Martinique : Leclerc, Carrefour, Hyper U, Ecomax

    • Leclerc Place d’Armes : un ex-Carrefour

      Leclerc Place d’Armes : un ex-Carrefour Le navire amiral de Lancry avait été créé en 1988. A l’époque, le groupe martiniquais était franchisé Continent. Suite à la fusion Carrefour-Promodès, il prend l’enseigne Carrefour, bannière qu’il partageait dans l’île avec le groupe Bernard Hayot.

    • Steeve Lancry, directeur commercial du groupe Hedder Lancry

      Steeve Lancry, directeur commercial du groupe Hedder Lancry. L’indépendant martiniquais a basculé ses deux hypers du Lamentin à l’enseigne Leclerc le 8 octobre 2010 : Place d’Armes (6 500 m²) et Long Pré (3 300 m²).

    • Une affluence monstre à l’inauguration

      Une affluence monstre à l’inauguration (Leclerc Place d’Armes-Le Lamentin) Le 8 octobre dernier, une foule immense s’était déplacée pour l’inauguration des deux centres Leclerc martiniquais. Au point d’obliger la direction à filtrer les entrées. L’attente des Martiniquais était et reste forte alors que le coût de la vie est élevé dans l’île.

    • Une offre en équipement limitée

      Une offre en équipement limitée (Leclerc Place d’Armes-Le Lamentin) L’entrée de l’hypermarché s’effectue par la gauche, par les produits blanc-brun. Ce n’est pas le point fort du Leclerc martiniquais. L’offre est limitée, le groupe Lancry ayant misé avant tout sur l’alimentaire.

    • Ambiance : une dominante de noir

      Ambiance : une dominante de noir (Leclerc Place d’Armes-Le Lamentin) L’ex-Carrefour a été rénové en quelques mois. Le plafond a été entièrement repeint en noir, avec un effet plutôt valorisant. Le rayon boul-pât reprend cette ambiance qui a pour principal mérite de donner du cachet au magasin et de faire ressortir l’offre en rayon.

    • « Tché péyi a »

      « Tché péyi a » (Leclerc Place d’Armes-Le Lamentin) Comme ses concurrents, le Leclerc Place d’Armes met en avant les produits d’origine martiniquaise, notamment au frais (porc, poulet, bœuf, etc.). Avec ici deux animatrices faisant la promotion des produits « Tché péyi a ».

    • Boucherie : le rouge est mis

      Boucherie : le rouge est mis (Leclerc Place d’Armes-Le Lamentin) Le rayon boucherie LS. Les meubles froids ont été parés de rouge pour le changement d’enseigne. Combiné à la dominante de noir au plafond et au mur, ce choix permet de bien mettre en valeur les barquettes de viande.

    • Un décorum sobre

      Un décorum sobre (Leclerc Place d’Armes-Le Lamentin) Les investissements liés au passage du magasin à l’enseigne Leclerc ont été limités s’agissant du décorum des rayons frais. A l’image ici de la signalétique de la charcuterie et du fromage à la coupe.

    • Fruits et légumes : une présentation à muscler

      Fruits et légumes : une présentation à muscler (Leclerc Place d’Armes-Le Lamentin) La présentation des fruits et légumes est assez sommaire. Globalement, le Leclerc martiniquais souffre de la comparaison avec ses concurrents sur la mise en avant des rayons frais, mais il capitalise sur ses prix bas.

    • Le paradis des amateurs de rhum

      Le paradis des amateurs de rhum (Leclerc Place d’Armes-Le Lamentin) Comme ses concurrents, le Leclerc Place d’Armes développe un rayon rhum sur-dimensionné par rapport à la métropole. Ici, des tonnelets de rhum vieux, un segment de marché peu développé en France métropolitaine.

    • 5,99 € le Nutella

      5,99 € le Nutella (Leclerc Place d’Armes-Le Lamentin) S’il est 6 % moins cher que ses concurrents en Martinique (source Linéaires), le Leclerc Place d’Armes ne peut pas s’affranchir des coûts logistiques et des taxes liés à l’acheminement des grandes marques depuis la France. Ici, le pot de Nutella 750 g, à 5,99 €, presque deux fois plus cher qu’en France.

    • Une réimplantation avec la Scanormande

      Une réimplantation avec la Scanormande (Leclerc Place d’Armes-Le Lamentin) Les équipes de la Scanormande ont aidé le groupe Lancry pour la réorganisation de l’assortiment. Les produits Marque Repère ont été particulièrement choyés, avec une implantation au niveau des yeux et des mains.

    • Des ruptures fréquentes

      Des ruptures fréquentes (Leclerc Place d’Armes-Le Lamentin) Pour abaisser le prix de vente consommateur des produits alimentaires, le franchisé Leclerc a augmenté ses importations en direct depuis la France. La méthode a son revers : une gestion plus difficile des ruptures, fréquentes en Martinique, toutes enseignes confondues.

    • L’objectif : développer le panier moyen

      L’objectif : développer le panier moyen (Leclerc Place d’Armes-Le Lamentin) La clef du succès de Leclerc en Martinique repose sur sa capacité à maintenir l’écart sur les prix vis-à-vis de ses concurrents, tout en ne dégradant pas sa rentabilité. Moins qualitatif dans le traitement des produits frais, le groupe Lancry devra redoubler d’attractivité pour développer le panier moyen, relativement faible.

    • Bientôt un 3ème Leclerc

      Bientôt un 3ème Leclerc Le groupe Lancry est en passe de racheter le Cora de Cluny à Fort-de-France, dernier vestige de la présence du groupe Cora-Louis Delhaize dans les Caraïbes. L’affilié Leclerc aura fort à faire pour relancer ce petit hyper à bout de souffle.

    • Carrefour en franchise d’enseigne

      Carrefour en franchise d’enseigne (Carrefour Génipa-Ducos) Franchisé Carrefour en Martinique, le groupe Bernard Hayot y exploite deux hypers dont celui de Génipa à Ducos, créé en 2007 sur 5 300 m². A noter que le Carrefour est ouvert le dimanche matin alors que Leclerc milite pour la fermeture des hypers le dimanche matin.

    • Des ventes d’EPCS multipliées par deux

      Des ventes d’EPCS multipliées par deux (Carrefour Génipa-Ducos) L’offre de Leclerc en électronique étant limitée, le Carrefour de Ducos n’hésite pas à mettre l’accent sur son offre, plus développée. Comme ici, en pénétrante. Le magasin a multiplié son chiffre d’affaires en EPCS (image-son-produits technologiques) par deux depuis son ouverture il y a trois ans.

    • Les produits du groupe Hayot

      Les produits du groupe Hayot (Carrefour Génipa-Ducos) Carrefour Génipa conserve une longueur d’avance sur Leclerc dans la théâtralisation de l’offre. Ici une pyramide de bouteilles de rhum en fin de pénétrante. Il bénéficie il est vrai de l’appui du fournisseur, le rhum Clément, filiale du même conglomérat : le groupe Bernard Hayot.

    • Un mur de champagne

      Un mur de champagne (Carrefour Génipa-Ducos) Une autre illustration de la capacité de Carrefour à générer du trafic avec des opérations de mises en avant attractives. Ici, sur le champagne. Malgré un revenu moyen 40 % inférieur à la moyenne en métropole, les Martiniquais raffolent du champagne. Plus globalement, ils sont assez attachés aux grandes marques et aux produits jugés statufiants.

    • Signalétique : des ambiances opposées

      Signalétique : des ambiances opposées (Carrefour Génipa-Ducos) La signalétique du Carrefour Génipa est à l’opposé du parti pris de Leclerc. Alors que ce dernier a misé sur le cachet conféré par le noir, Carrefour joue sur la clarté et la chaleur de tons. Les logos des rayons sont toutefois d’une ancienne génération.

    • Marée : association frais/surgelés

      Marée : association frais/surgelés (Carrefour Génipa-Ducos) Une partie des coquillages et crustacés surgelés (crevettes, bulots, noix de St-Jacques, etc.) sont vendus en vrac, à proximité immédiate du banc marée traditionnel. Une complémentarité plutôt futée.

    • Des ruptures courantes

      Des ruptures courantes (Carrefour Génipa-Ducos) Comme ses concurrents, Carrefour n’échappe pas aux ruptures, notamment en produits frais entre deux livraisons par avion depuis la métropole. Le magasin traite toutefois intelligemment le problème en orientant ses clients vers une autre référence de la même marque.

    • De belles mises en avant aux fruits et légumes

      De belles mises en avant aux fruits et légumes (Carrefour Génipa-Ducos) Sans être exceptionnelle, la présentation des produits frais au Carrefour de Ducos est nettement plus attractive que chez Leclerc. Avec des mises en avant comme ici sur de l’ananas de Saint-Domingue à 2,35 €/kg.

    • L’origine locale mise en avant

      L’origine locale mise en avant (Carrefour Génipa-Ducos) Comme ses concurrents, le Carrefour de Ducos met nettement en avant les produits d’origine martiniquaise comme ici à la boucherie. L’origine Martinique est même intégrée à la signalétique Carrefour.

    • Des sacs de glaçons de 5 kg

      Des sacs de glaçons de 5 kg (Carrefour Génipa-Ducos)Dans l’hyper, une armoire renferme des sacs de glaçons de 5 kg à 2,80 € pièce. Loin d’être superflu en Martinique où la température dans la journée est de l’ordre de 30°C. Même les petits discounts Ecomax proposent ce service.

    • Des prix BC BA

      Des prix BC BA (Carrefour Génipa-Ducos) Carrefour communique largement sur les prix « BC BA ». Inspirée, dit-on, du titre d’une chanson coquine, cette dénomination désigne une liste de produits de consommation courante pour lesquels les distributeurs martiniquais se sont engagés à baisser les prix suite aux violentes manifestations contre la vie chère en Guadeloupe début 2009.

    • L’esprit de Noël sous 30°C

      L’esprit de Noël sous 30°C (Carrefour Génipa-Ducos) Malgré les 30°C qui écrasent le parking de l’hypermarché, le Carrefour Génipa de Ducos avait l’esprit de Noël lors du passage de Linéaires mi-décembre. En témoigne le couvre-chef de circonstance des caissières.

    • Hyper U : une référence

      Hyper U : une référence En Martinique, le groupe Parfait exploite deux Hyper U. Celui de La Galleria, en périphérie de Fort-de-France, est une référence dans l’île pour sa galerie marchande attractive et pour le traitement de ses produits frais. Situé à quelques kilomètres seulement du Leclerc Place d’Armes, il a été agrandi en 2009.

    • Un bar à jus chez les U

      Un bar à jus chez les U Une illustration de la longueur d’avance de l’Hyper U La Galleria dans la présentation des produits frais : un bar à jus avec fraîche découpe aux fruits et légumes. Côté prix, le magasin du groupe Parfait est très nettement décroché par Leclerc, de 8 points, mais il est dans la norme des autres hypers de l’île.

    • L’ancrage local

      L’ancrage local Une vue du rayon boucherie LS de l’Hyper U La Galleria. Comme ses concurrents, le magasin met en avant les produits locaux, avec la signalétique « Tché péyi a ».

    • Un rayon boucherie trad relevé

      Un rayon boucherie trad relevé (Hyper U La Galleria-Fort-de-France) La boucherie trad de l’Hyper U La Galleria n’a rien à envier aux meilleurs stands en métropole. Le magasin aligne du bœuf limousin Label Rouge et du poulet fermier de Loué, entre autres.

    • Hard discount : Leader Price, Ed et Ecomax

      Hard discount : Leader Price, Ed et Ecomax Le hard discount est présent via les enseignes Leader Price, Ed et Ecomax. Le groupe chinois Ho Hio Hen avait repris Ecomax à Cora-Louis Delhaize suite à l’annonce du retrait de ce dernier de la zone Caraïbes en octobre 2009. Ho Hio Hen est aussi franchisé Casino pour les enseignes Géant Casino et supermarchés Casino. Leader Price est exploité par un autre distributeur martiniquais. Trois Ed appartenant au groupe Lancry (Leclerc) doivent passer Leclerc Express cette année.

    • Ecomax : le hard discount pur et dur

      Ecomax : le hard discount pur et dur Ecomax est un concept de hard discount à l’allemande, tout du moins s’agissant de la présentation, très sobre, et de l’offre, limitée aux unités de besoin essentielles. Des commerces de dépannage appréciés lorsque les grands axes desservant les hypermarchés sont encombrés, ce qui est très fréquent en Martinique.

    • Ecomax : un avantage prix contesté

      Ecomax : un avantage prix contesté Ecomax mise logiquement sur les prix bas sur les références incontournables du panier de la ménagère, comme ici le sachet de 1 kg de farine 1er prix à 0,65 €. Toutefois, l’arrivée de Leclerc a atténué cet avantage. Leclerc vend la farine d’entrée de gamme à 0,44 €/kg et Hyper U La Galleria 0,58 €/kg.

Une campagne d'affichage de Leclerc en Martinique mi-décembre

Une campagne d'affichage de Leclerc en Martinique mi-décembre

Le 8 octobre dernier, Leclerc débarquait en Martinique après avoir rallié le groupe indépendant Lancry. Leclerc promet alors de faire baisser les prix. Le magazine Linéaires est allé vérifier sur place en réalisant des relevés comparatifs. Malgré l’arrivée de Leclerc, bien moins cher que ses concurrents, sur un panier d’une centaine de produits alimentaires de grandes marques, les prix dans la grande distribution restent 84 % plus élevés en Martinique qu’en métropole.

1 – Qui est ce franchisé Leclerc en Martinique ?

Steeve Lancry, franchisé Leclerc en Martinique

Steeve Lancry, franchisé Leclerc en Martinique

Le 8 octobre dernier, les deux ex-Carrefour du groupe martiniquais Lancry ont réouvert sous enseigne Leclerc. Tous deux – un 6 500 m2 et un 3 300 m2 - sont situés au Lamentin, à la périphérie de Fort-de-France. Le plus grand – Place d’Armes – a été créé en 1988, d’abord exploité sous enseigne Continent.

Lancry est un distributeur familial. « Mon grand-père a démarré son affaire il y a cinquante ans, il était semi-grossiste dans un local de 400 m2 », raconte Steeve Lancry, directeur commercial. Outre ses deux hypers, Lancry possède trois Ed qui doivent passer sous enseigne Leclerc express cette année. L’échéance reste toutefois floue, priorité étant donnée à la bonne marche des hypers. Pour l’heure, Lancry est donc à la fois franchisé Leclerc et Carrefour !

En photo : Steeve Lancry, directeur commercial du groupe Lancry.

2 – Quelle est l’implication de Leclerc ?

Les containers desservant la Martinique partent du Havre. C’est donc logiquement la Scanormande qui a piloté le changement d’enseigne. Le groupe Lancry déclare s’approvisionner auprès de la centrale régionale à hauteur de 70 %, avec des prix de départ identiques à ceux facturés aux Leclerc normands.

Chez Leclerc, le Monsieur Martinique s’appelle Michel Mallet, adhérent à Bapaume-les-Rouen et baroudeur de l’internationalisation de l’enseigne. Michel Mallet en est à son septième voyage en Martinique depuis le ralliement du groupe Lancry. Il connaît la plupart des employés par leur prénom. « Une trentaine de salariés des magasins de la Scanormande sont venus ici quelques jours ou plusieurs semaines pour préparer l’ouverture. Notre rôle a été d’expliquer la culture Leclerc, notre obsession des prix bas, explique-t-il. Nous avons aussi aidé le groupe Lancry à résoudre tous les problèmes techniques et facilité l’implantation des produits Marque Repère. »

3 – Qui sont ses concurrents ?

Carrefour Ducos (Groupe Bernard Hayot)

Carrefour Ducos (Groupe Bernard Hayot)

La grande distribution est morcelée en Martinique. Les principaux intervenants revendiquent chacun entre 10 et 13 % de part de marché. Le groupe Bernard Hayot exploite deux Carrefour. « Le groupe Lancry ne se prive pas de marquer sa différence avec des distributeurs dirigés par des békés (descendants des colons blancs, NDLR) comme le groupe Bernard Hayot », explique un fin connaisseur du secteur.

Présent dans plusieurs points du globe, ce vaste conglomérat jongle avec les activités : hypers, magasins de sport et de bricolage, concessions auto, agroalimentaire (rhums Clément et JM, usine de chocolat et de produits laitiers). GBH est aussi agent pour de nombreuses grandes marques : Mars, Pepsi, Lu, BN, Sony, Nivéa, etc. Il n’est pas le seul. D’autres distributeurs martiniquais cumulent les casquettes de distributeur et d’importateur.

Le groupe chinois Ho Hio Hen exploite deux Géant Casino et des supermarchés Casino. Il est devenu incontournable dans les Antilles suite au rachat au groupe Cora-Louis Delhaize des discounts Ecomax. Les Leader Price de l’île sont gérés par un autre intervenant. Le groupe Parfait compte deux Hyper U. Enfin, cinq Carrefour market appartiennent au groupe Despointes. Intermarché et Auchan ne sont pas représentés.

4 – Quel est le (sur)coût de la vie en Martinique ?

L’arrivée de Leclerc en Martinique était attendue avec beaucoup d’enthousiasme par la population. En témoigne l’affluence monstre le 8 octobre dernier : embouteillages des kilomètres à la ronde, entrées filtrées, rationnement des articles en promos…

Les Martiniquais sont confrontés au coût élevé des produits de consommation courante, dont l’alimentaire. « C’est le premier poste de dépense en Martinique, avant même le logement et le transport », explique Alicia Bellance, journaliste économique au quotidien France-Antilles. Avec en toile de fond un contexte de crise économique : « Le taux de chômage dépasse les 20 %. Il atteint 60 % chez les moins de 25 ans. » Les revenus des ménages sont aussi inférieurs de près de 40 % à la moyenne observée en métropole.

Selon les relevés effectués par Linéaires sur son panier type d’une centaine de grandes marques, les prix de l’alimentaire restent environ 84 % plus élevés en Martinique qu’en métropole, malgré l’arrivée de Leclerc ! Dans une enquête publiée en avril 2010, Linéaires avait abouti à des écarts similaires en Guadeloupe et à la Réunion.

Dans le détail, le pot de Nutella 750 g est facturé en moyenne 6,14 €, soit pratiquement le double du PVC fond de rayon en France. Le camembert Président 250 g dépasse les 3,20 € et le poulet entier PAC premier prix ne s’achète pas à moins de… 7 €/kg !

5 – Prix : Leclerc est-il vraiment « mwen chè » (moins cher) ?

Le Leclerc Place d'Armes au Lamentin

Le Leclerc Place d'Armes au Lamentin

Les concurrents du groupe Lancry ont lancé un puissant tir de barrage promo avant et depuis l’ouverture des deux Leclerc. Pour autant, le franchisé a réussi à faire la différence. Selon les relevés effectués par Linéaires dans cinq des huit hypers de l’île (sur un panier de 125 produits alimentaires, essentiellement des grandes marques), Leclerc ressort à un indice de 93,7. L’enseigne est donc 6 % moins chère que la moyenne des hypers martiniquais.

Carrefour et Géant, ses premiers poursuivants, sont à relégués à 7 points. Hyper U est à l’indice 101,4 et Carrefour market ferme la marche de notre comparatif à 104,6, soit onze points d’écart avec Leclerc.

Leclerc réalise les plus gros écarts sur les produits frais, avec un indice prix de 91,4 contre 103,2 pour Carrefour. Le Chaumes à la coupe y est vendu 15,50 €/kg, par exemple, contre 24,95 €/kg chez son concurrent. Le bac de Carte d’or vanille 1l est à 3,59 € contre 3,99 € et le sachet 200 g d’emmental râpé Président à 1,89 € contre 2,36 €.

A noter que lors du passage de Linéaires, Leclerc a publié les résultats d’une version martiniquaise de son comparateur quiestlemoinscher, relayée à coup de 4 x 3 et de pleines pages de pub dans la presse. Les Martiniquais y apprenaient que Carrefour et Géant Casino étaient 6 % plus chers. Des résultats en ligne avec nos propres relevés.

6 – Comment Leclerc fait-il pour baisser ses prix ?

Fidèle à sa réputation, Leclerc a cherché à bousculer l’ordre établi en Martinique. « Ici, il y a un vrai combat à mener au profit des consommateurs, s’enthousiasme Michel Mallet. On ne peut pas agir sur l’octroi de mer (une taxe locale) ou sur les coûts d’acheminement (octroi de mer compris, il faut compter environ 30 % de surcoût pour les marchandises livrées par bateau, beaucoup plus pour les produits frais à DLC courte, venus par avion). En revanche, nous avons simplifié le schéma logistique en livrant en direct depuis la Scanormande et en se passant au maximum des intermédiaires qui représentent 40 à 100 % de surcoût supplémentaires ».

La méthode semble avoir fait ses preuves mais les concurrents du groupe Lancry n’y voient qu’un feu de paille. « Leclerc a accentué la pression promo mais il ne pourra pas changer la réalité du schéma d’approvisionnement de la Martinique, estime Christophe Bermont, directeur de Carrefour Génipa à Ducos. Lancry dénonce les marges des intermédiaires mais ils ont leur utilité. Faute d’une taille critique, aucun distributeur ne peut se permettre financièrement d’avoir une base logistique sur l’île. Les intermédiaires assument ces coûts. D’ailleurs, après avoir déclaré qu’il les contourneraient, Lancry est revenu frapper à la porte des intermédiaires car il est confronté à des frais de stockage trop élevés et à des ruptures ou des surstocks liées à des erreurs de commande de containers ».

Michel Mallet balaye ces critiques d’un revers de main : « Nous n’avons pas de dogme logistique, nous aidons le groupe Lancry à trouver un équilibre entre importations en direct et recours aux intermédiaires, l’essentiel étant de faire du Leclerc en continuant à baisser les prix. »

7 – Quels sont les points faibles de Leclerc ?

Les rayons frais manquent d'attractivité

Les rayons frais manquent d'attractivité

Le problème n’est pas spécifique à Lancry mais son recours accru aux importations en direct depuis la France a aussi ses inconvénients : une maîtrise plus difficile des ruptures, fréquentes en rayon. L’enseigne est aussi victime de son succès. Les Martiniquais sont très marqués par les prix promos et nombre d’entre eux n’acceptent guère qu’ils repassent en prix fond de rayon une fois l’opération achevée.

Bien que rénové lors du changement d’enseigne, Leclerc Place d’Armes, le magasin amiral, souffre aussi de la comparaison avec les hypers les plus récents de l’île, comme le Carrefour de Ducos ou le Géant Casino du Robert. Deux magasins par ailleurs épargnés par les embouteillages qui paralysent Fort-de-France et ses environs aux heures de pointe.

Les rayons frais de Leclerc manquent également d’attractivité vis-à-vis de l’Hyper U La Galleria, tout proche. Enfin, l’offre en non-al est limitée. « Nous avons misé sur l’alimentaire dans un premier temps, avec une offre de dépannage en électronique », reconnaît Steeve Lancry. Ses concurrents doutent enfin de sa capacité financière à relancer le Cora de Cluny à Fort-de-France, un petit hyper à bout de souffle qui devrait prochainement tomber dans son escarcelle.

Une chose est sûre en tout cas, Leclerc a réussi son pari de faire baisser les prix en Martinique même si les Leclerc martiniquais sont encore… 78 % plus cher que leurs homologues en métropole. « Les Martiniquais attendent de voir les prix baisser dans la durée avant d’être pleinement convaincus », ajoute aussi Alicia Bellance de France-Antilles. « C'est sur le fond de rayon que se confirmera la performance », avait d’ailleurs averti Michel-Edouard Leclerc sur son blog, le lendemain de l’ouverture.

Enseignes : qui est le moins cher en Martinique ?

Leclerc Le Lamentin-Place d’Armes93,7
Carrefour Ducos100,6
Géant Casino Le Robert100,6
Hyper U La Galleria101,4
Carrefour Market Trois Rivières104,6

Source : Linéaires. Panier de 125 grandes marques alimentaires relevées en Martinique entre le 13 et le 15 décembre 2010. Moyenne des indices par produit.

Selon les relevés de Linéaires, Leclerc est 6 % moins cher que la moyenne sur l’alimentaire en Martinique.

L’interview

Steeve Lancry, directeur commercial du groupe Lancry, franchisé Leclerc en Martinique

« Nous accentuerons encore la pression sur les prix »

Pourquoi avoir choisi l’enseigne Leclerc ?

Nous sommes entrés en contact au moment de la crise du pouvoir d’achat aux Antilles en février 2009. Leclerc nous a présenté un schéma de fonctionnement transparent, avec la certitude de payer les même prix de départ que les adhérents Leclerc de métropole. Par ailleurs, notre précédent franchiseur, Carrefour, avait accordé ses enseignes a trois distributeurs différents en Martinique, sans aucune synergie logistique ou de pricing, ni d’exclusivité territoriale.

Que pèsent vos importations en direct depuis la Scanormande ?

Environ 70 % de notre offre.

Vos concurrents affirment que ce recours accru aux importations en direct est trop coûteux et génère davantage de ruptures…

Le changement d’enseigne s’est opéré très vite, nous devons donc opérer quelques ajustements et stabiliser l’assortiment d’ici au printemps. Mais l’essentiel est là : nous avons prouvé qu’il était possible de baisser les prix. Il est aussi possible de stimuler la concurrence chez les intermédiaires. Le représentant de Nestlé nous a par exemple accordé une remise de 17 % sur les surgelés.

Selon notre enquête, Leclerc est 6 % moins cher que la moyenne sur l’alimentaire en Martinique. Parviendrez-vous à maintenir cet écart ?

Pour l’heure, nous travaillons à résoudre les problèmes logistiques liés à notre nouvelle organisation mais une fois le bon dosage trouvé, nous comptons bien accentuer la pression sur les prix.

Propos recueillis par F. C.-L.

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