Le gouvernement déçu par la loi EGA

28 octobre 2019 - Benoît MERLAUD

Le président de la République, le ministre de l'Agriculture et même le rapporteur de la loi EGA ne cachent pas leur dépit, un an après le vote du texte. La loi n'a pas, comme espéré, rééquilibré les revenus des agriculteurs. Les négos 2020 sont celles de la dernière chance pour les mesures expérimentales mises en place.

"La loi n'a pas porté ses fruits." Didier Guillaume, le ministre de l'Agriculture, ne cherche pas à enjoliver le bilan de la loi tirée des États généraux de l'alimentation, votée en octobre 2018. Alors que les agriculteurs ont multiplié les manifestations ces derniers jours, il aurait de toute façon du mal à tenir un discours différent.

Sur LCI, il a abandonné l'angélisme des premières heures, prenant même ses distances avec l'une des mesures phares du texte. "Le seuil de revente à perte a été demandé par la profession agricole, il fallait que la répartition de la valeur soit mieux faite à partir de ça, a présenté le ministre. Mais je n'ai jamais pensé une seconde qu'en augmentant les prix du Coca-Cola, du Nutella ou du Ricard, ça allait revenir dans les cours de ferme et augmenter le revenu des agriculteurs."

"C'est maintenant que ça commence"

Les principales ordonnances d'application ont été publiées début 2019 puis au printemps, et donc "pas dans le timing des négociations commerciales", a aussi plaidé Didier Guillaume. 

Oubliant un peu vite qu'industriels et distributeurs avaient appliqué dès 2019 le nouveau SRP et les plafonds promo, le ministre présente les négos 2020 comme le premier moment de vérité de la loi. "C'est maintenant que ça commence", veut-il croire désormais. Dans un an, le gouvernement devra trancher sur le maintien ou non des mesures expérimentales prises pour deux ans, sur le SRP et les promotions.

 

Jean-Baptiste Moreau, député La République en marche et rapporteur de la loi EGA, partage avec le ministre ce constat d'inefficacité un an après le vote. "On a mis le seuil de revente à perte, on a mis l'encadrement des promos, on a dégagé de l'argent pour mieux rémunérer en descendant jusqu'aux producteurs, mais il manque la première étape, a-t-il regretté sur BFM. La vraie solution, c'est la contractualisation sur la base des coûts de production et l'organisation de la filière."

Quand Didier Guillaume tance surtout la grande distribution ("elle n'a pas joué le jeu, c'est très net"), Jean-Baptiste Moreau cible plus volontiers les filières amont.

"Le but de la loi était de construire les prix en marche avant, avec une contractualisation de la part du producteur sur la base de son coût de production et des indicateurs déterminés par les interprofessions dans chaque filière, a rappelé le député. C'était l'article 1 du titre 1 de la loi, mais il n'est pas appliqué aujourd'hui. Parce que les producteurs, les organisations de producteurs, ne se sont pas structurés et n'ont pas mis en place cette contractualisation. A l'exception de la filière laitière où il y a des choses qui bougent."

 

Emmanuel Macron renvoie les acteurs dos à dos

En marge de son déplacement à Mayotte, le président Emmanuel Macron n'a pas non plus nié les difficultés du monde agricole. Mais il a pour sa part renvoyé tous les acteurs dos à dos, conservant finalement une posture qu'il avait déjà adoptée durant les États généraux de l'alimentation.

"Les choses ne se font pas en un claquement de doigts, on est en train de commencer à appliquer la loi, a-t-il d'abord temporisé lors d'une conférence de presse. Mais il faut que là, maintenant, toutes les filières l'appliquent et je serai intraitable."

"Il y a des filières où ça bouge, a poursuivi le président. Mais le bœuf, par exemple, va mal parce que la filière ne veut pas s'organiser. Il faut que les transformateurs, les distributeurs et parfois certaines coopératives prennent leurs responsabilités. Sur le lait on a mis en place des indicateurs, ça commence à remonter. C'est mieux que l'année dernière, mais pas suffisant à mon goût."

 

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