Dans les coulisses des C.D.E.C.

La course aux autorisations

1 septembre 2003 - B. Gobin

"Il n'y a pas si longtemps, chez les intégrés, c'était des gens du siège, en trois-pièces-cravate, qui étaient envoyés défendre les projets en CDEC. Aujourd'hui, nos interlocuteurs viennent des directions régionales. Le plus souvent, ils sont accompagnés des directeurs de magasins pour lesquels le dossier a été monté." Le propos émane d'un membre d'une CDEC de l'Est de la France. Il illustre la volonté des enseignes de se rapprocher des instances départementales et de venir argumenter, au plus près du terrain, la pertinence des autorisations sollicitées.

Du côté des indépendants, l'évolution est identique. Plus besoin de faire venir de la centrale quelqu'un qui " saura parler ". Les patrons de magasins montent eux-mêmes au créneau. " C'est un fait, au fil des ans, nous avons vu les personnalités gagner en carrure, poursuit ce consultant qui, depuis 15 ans, accompagne les magasins dans leurs projets. Ils défendent leurs dossiers avec leurs tripes. Certains viennent en couple."

Plus ancrés localement, les indépendants ont, de prime abord, plus d'atouts pour convaincre les membres des commissions. L'entrisme qui a cours dans certaines chambres de commerce leur est évidemment plus favorable qu'il ne l'est aux directeurs de magasins succursalistes. Il ne faut donc pas s'étonner du meilleur " retour sur investissement " obtenus par les patrons des Leclerc, U et autres Intermarché quant à leur implication dans les instances socio-professionnelles départementales.

Les patrons de magasin et les maires se connaissent généralement depuis longtemps. " Je sais bien qu'une fois sur deux, quand un distributeur m'invite à déjeuner, c'est qu'il veut me parler de sa prochaine demande de CDEC " s'amuse cet élu de l'Aisne. Les élus ne sont pas forcément très enclins à promouvoir les grandes surfaces. En revanche, ils sont demandeurs de façades s'intégrant davantage dans l'environnement, d'abords paysagers. [Autant d'éléments qui doivent aller de pair avec les projets de rénovation.

Tous les moyens sont bons

L'obtention d'une autorisation suppose parfois quelques concessions de la part de l'enseigne. Ici, c'est un supermarché qui, pour devenir hyper et obtenir 1200 m2 supplémentaires, s'est engagé à renoncer à son ouverture du dimanche matin. Là, c'est une extension de 2 500 m2 que l'on attribue à un hyper de périphérie à la condition que le groupe accepte également de reprendre 350 m2 en ville dans un quartier difficile où aucune enseigne ne souhaite aller. On peut aussi citer le cas de la création, autorisée dans la Loire, du futur hypermarché Géant d'Andrézieux-Bouthéon (11 000 m2). Pour obtenir le feu vert de la CDEC, le groupe Casino, premier employeur du département, a mis tout son poids dans la balance. Le distributeur a par exemple promis de reprendre les Galeries Lafayette du centre-ville de Saint-Etienne. Surtout, il construira près du nouvel hyper un vaste complexe incluant un centre de formation international pour ses cadres ainsi qu'une plate-forme logistique. Autant de retombées économiques pour la région.

Avis d'expert : Jean-Paul Moreau, Membre de la CDEC de Loire-Atlantique

"Quand on monte un dossier, autant mettre toutes les chances de son côté. Il est important de se préparer le plus en amont possible. Notamment en rencontrant un par un les représentants des corps consulaires ainsi que les fonctionnaires des administrations qui instruisent les dossiers. Il convient d'être clair et transparent. Evidemment, l'appui du maire est indispensable. Soucieux de l'intégration du magasin à son environnement, il se montre généralement sensible à l'aspect architectural. D'ailleurs, dans nombre de cas, le plus difficile à obtenir n'est pas le feu vert de la CDEC mais le permis de construire."

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