Hommage à Wolinski, "l'ami" de Leclerc

Wolinski, "l'ami" de Leclerc

Pour s'associer à sa manière à l'élan de solidarité qui entoure Charlie Hebdo, et saluer la mémoire des disparus, Linéaires republie ici un entretien que Georges Wolinski avait eu la gentillesse de nous accorder en 2002.

Il revenait sur sa collaboration passée avec Leclerc, pour lequel il avait signé des affiches comparatives. Les dessins, délibérément provocateurs, fustigeaient à l'époque (on était en 1991) les prix pratiqués chez les commerçants de détail.

Le boulanger assumait le tarif de sa baguette sur le ton de "chez moi c'est pas les restos du cœur". Le pharmacien (déjà) justifiait le prix de la bouteille de shampoing avec un "les années d'études, ça se paye".

Récemment, en 2010, Wolinski avait de nouveau collaboré avec Leclerc, plus particulièrement avec l'hyper de Neufchâtel-en-Bray (76). Le dessinateur avait en effet illustré l'ensemble du balisage du rayon vins du magasin.

"Michel-Edouard Leclerc ? C’est un ami"

Michel-Edouard Leclerc ? C’est un ami

En 1991, vous avez illustré des publicités comparatives pour Leclerc : prix de la baguette de pain, d’un flacon de shampoing, etc. Quel souvenir en gardez-vous ?

Un bon souvenir. Ces affiches étaient d’un goût discutable, mais c’était voulu. La campagne me plaisait parce qu’elle montrait du doigt la connerie de certains commerçants. Jacques Séguéla était venu me chercher pour réaliser ces publicités. Avec Michel-Edouard Leclerc, ils m’ont poussé à la provocation : tout le monde était complice.

Vous n’êtes pas un spécialiste de la publicité, pourtant.

Plus que vous ne le pensez ! C’est un moyen très facile de gagner de l’argent… La première publicité que j’ai réalisée remonte à 1968, pour Mars. Le directeur artistique de l’agence voulait absolument que je fasse « du Wolinski », autrement dit des dessins bâclés, presque des graffitis. Si le visuel n’était pas choquant, il a tout de même beaucoup surpris, à l’époque.

Plus récemment, pour Monsieur Propre, j’ai dessiné un petit cahier relatant les aventures de… Madame Sale ! Une femme qui reçoit ses copines pendant que le mari passe son temps à briquer la maison…

Michel-Edouard Leclerc représentait sans doute un annonceur pas comme les autres. Son amour de la bande dessinée, son combat pour les prix bas ne doivent pas vous laisser indifférent…

Plus que ça : je le considère comme un ami. On se croise tous les ans au festival de la BD d’Angoulême, et quelquefois sur un plateau de télévision. C’est quelqu’un d’honnête et passionné, que j’apprécie beaucoup. Son combat pour les prix bas me plaît parce qu’il le mène sincèrement. Avec son père (qui est un vrai « mystique » de la vente), ils ont le culte du commerce à portée de tout le monde.

Plus globalement, que pensez-vous de la vente de livres en grande distribution ? Qu’en est-il des vôtres ?

La grande distribution ? Pourquoi pas. Les livres ont longtemps été presque des objets de luxe, et les librairies un peu intimidantes. Les grandes surfaces décomplexent le lecteur. Acheter le dernier Houellebecq entre une bouteille de vin et une botte de poireaux, ce n’est pas si mal. Mais je ne crois pas encore que le livre soit devenu un véritable produit de grande consommation. Les gens qui lisent vraiment, aujourd’hui, n’ont pas besoin de la grande distribution.

Quant à mes livres, ils ne sont pas toujours acceptés dans les hypermarchés. Auchan, par exemple, a retourné "Pauvres Mecs !", parce qu’ils refusent de vendre au milieu du rayon BD des publications à caractère pornographique (et il y a du porno dans mon bouquin). Ils ne veulent pas que des enfants puissent le feuilleter, ce que je comprends parfaitement. En outre, je n’aime pas les séances de dédicace en hypermarché ou dans les grands magasins. Rester sous les haut-parleurs, avec des clients qui viennent vous regarder comme une bête curieuse, non merci.

Vous aimez quand même la grande distribution, non ?

Bien sûr, mais de là à dire que c’est une passion… Je dois tout de même reconnaître que les grandes surfaces ont réalisé beaucoup de progrès, notamment sur la qualité des produits. Par exemple, j’adore le pain que je trouve chez Monoprix : il est bien meilleur que celui des boulangeries de mon quartier. Mais bien souvent, je préfère être livré à domicile par le Bon Marché. Pousser un chariot, ce n’est pas mon truc…

Propos recueillis par Benoît Merlaud

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