Gaspillage : les enseignes jouent le jeu de la ministre

Sans surprise, les distributeurs ont signé au ministère du Développement durable une convention les engageant à lutter contre le gaspillage alimentaire. Regrettant d'être implicitement désignés comme les principaux responsables du problème, mais ne pouvant pas non plus renier des bonnes pratiques déjà existantes.

Cet été, le Conseil constitutionnel a invalidé, dans la loi sur la transition énergétique, les mesures concernant la grande distribution (pour des raisons de procédure, pas sur le fond). La ministre Ségolène Royal, qui connaissait parfaitement tous les engagements déjà pris par les enseignes, n'a pas lâché le morceau (encore consommable) et a continué de se poser en garante de la lutte contre le gaspillage.

Elle savait très bien à quoi elle jouait. En convoquant le 27 août les distributeurs (comme autant de mauvais élèves, dira Michel-Édouard Leclerc), elle les mettait en porte à faux. Difficile de rechigner. Auchan, Casino ou Carrefour ont fait savoir avant la réunion qu'ils s'engageraient à respecter ce que le projet de loi prévoyait. Tout en rappelant eux aussi leurs bonnes pratiques, Serge Papin (Système U) et Michel-Édouard Leclerc ont pesté contre la méthode et dénoncé la récupération politique dont ils faisaient l'objet.

Au-dessus des critiques

Très à son aise dans le rôle qu'elle s'était donné, Ségolène Royal a fait mine de s'étonner, ne comprenant pas "l'agressivité" de ceux qui se disaient en même temps prêts à agir. Se posant au-dessus des critiques parce qu'elle avançait "sur un chemin juste".

Concrètement, la convention signée engage les distributeurs à mener des actions de prévention contre le gaspillage et à prévoir la réutilisation des invendus (par le don s'ils sont encore consommables ou dans une filière de valorisation énergétique). La destruction d'aliments consommables devient de fait interdite si d'autres débouchés sont envisageables.

Les magasins de plus de 400 mètres carrés qui donnent leurs invendus à une association devront le faire à travers une convention type.

Enfin, les distributeurs ne pourront plus s'opposer au don, par les industriels, de produits MDD restés invendus.

La "place centrale" de la distribution

Pour mémoire, en avril dernier, un rapport remis au gouvernement établissait que la grande distribution n'était responsable que d'environ 10% du gaspillage alimentaire. Loin derrière les ménages (38%), la production agricole (25%) et la restauration (14%).

Mais seule la distribution fait l'objet de nouvelles mesures contraignantes. Les autres secteurs seront simplement "mobilisés" et leurs initiatives "valorisées". Le ministère du Développement durable justifie ce déséquilibre par "la place centrale" occupée par la distribution, qui "peut agir de manière incitative tant auprès de ses clients que de ses fournisseurs". Il fallait y penser.

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