Gaspillage alimentaire : un rapport qui cible la grande distribution

Gaspillage alimentaire : un rapport qui cible la grande distribution

Selon les estimations mêmes du rapport Garot, la distribution ne génère que 10% du gaspillage alimentaire. C'est pourtant le premier secteur ciblé par de nouvelles mesures contraignantes.

Guillaume Garot, député PS de la Mayenne et ancien ministre de l'Agroalimentaire, a remis au gouvernement, le 14 avril, son rapport sur le gaspillage alimentaire. Le constat est dressé sérieusement, les ambitions sont pétries de bonnes intentions, mais les mesures préconisées laissent un goût d'inachevé.

Dans les grandes lignes, alors qu'elle n'est responsable que d'un dixième du gaspillage dans le pays, seule la grande distribution fait l'objet de propositions coercitives. Et pas qu'un peu.

Les préconisation du rapport Garot

SecteurPart du gaspillagePrincipales mesures
Ménages38 %Campagnes d'information
Production agricole25 %Défiscalisations supplémentaires
Restauration14 %Formation du personnel, promotion des "doggy bags"
Commerce, distribution10 %Interdiction de jeter
Industries agroalimentaires8 %Révision des DLC, DLUO et des contrats date
Marchés5 %Encadrement du glanage

Source : rapport Garot sur le gaspillage alimentaire ; mise en forme Linéaires.

Dons aux associations

Principale mesure que le rapport suggère d'inscrire dans une loi : l'interdiction, pour les magasins, de jeter les invendus. Tous les produits alimentaires retirés des rayons doivent être intégrés dans une filière de revalorisation. En priorité, évidemment, via des associations lorsque les aliments sont encore consommables.

Dans les faits, la plupart des hypers et de nombreux supermarchés ont déjà organisé de telles procédures de dons. Le premier frein, en l'occurrence, repose plutôt sur la capacité des associations à organiser à plus grande échelle la logistique de ramassage des produits, sans interrompre la chaîne du froid.

Faute d'association sur place, ou pour les aliments ayant passé la date de péremption, les filières animales doivent être privilégiées.

En dernier recours, pour les produits non valorisables en alimentation animale (ou si la SPA ne vient pas jusqu'au magasin), obligation serait faite aux distributeurs de prévoir un recyclage dans un circuit énergie (méthanisation).

La "javellisation" des aliments serait évidemment interdite. Mais le glanage dans les poubelles n'en serait pas pour autant autorisé, dès lors que les bacs sont entreposés sur une propriété privée.

Encadrés obligatoires dans les prospectus

Parmi les nouvelles obligations tombant sur la distribution, le rapport préconise l'insertion d'un encadré "anti-gaspi" sur les prospectus et autres supports publicitaires. De la même manière qu'on y trouve déjà des mentions obligatoires du type "manger bouger".

Nouveaux contrats date

Le rapport Garot suggère également, à la demande des industriels, de revoir les contrats date liant fournisseurs et distributeurs, afin de redonner un peu de souplesse aux premiers. En pratique, les contrats prévoient en général que sur la totalité de la durée de vie d'un produit, le distributeur (et le consommateur derrière) en dispose au moins des deux tiers au moment de la livraison. Guillaume Garot souhaite que de nouveaux seuils de partage, plus larges pour les industriels, soient définis au niveau national.

L'ancien ministre propose en outre d'interdire, dans les contrats d'approvisionnement MDD, les clauses empêchant les industriels de donner des produits déclassés sous prétexte qu'ils engagent l'image d'une enseigne.

"Meilleur avant..."

Le rapport invite aussi le gouvernement à travailler sur les dates de péremption. La mention "à consommer de préférence avant le...", trop souvent confondue avec une date limite de consommation, pourrait être remplacée par l'expression "meilleur avant...".

Au niveau européen, la France devrait demander que quelques aliments sortent du cadre strict de la DLC pour celui, plus souple, de la DLUO (certains produits laitiers, par exemple). D'autres denrées, particulièrement stables (riz, pâtes, semoule, graines sèches, huiles, etc.), pourraient quant à elles se passer complètement de mention de date.

QR codes

Faute de place sur les emballages, le rapport ne prévoit pas de nouvelles mentions obligatoires quant aux bonnes pratiques anti-gaspi. Mais milite tout de même pour l'impression de QR codes sur les packs...

Enfin, les établissements désireux de faire valoir leurs bonnes pratiques auront tout loisir de mettre la main à la poche. Le rapport Garot prévoit en effet la création d'une nouvelle certification anti-gaspi, sur le même modèle que les normes ISO.

Téléchargez le rapport Garot sur le gaspillage alimentaire :

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