A qui profitent les CDEC ?

Des mètres carrés comme s’il en pleuvait

12 janvier 2005 - Patricia Bachelier

La loi Raffarin a-t-elle raté son objectif ? Si la volonté de l’ex-ministre des PME était de limiter l’expansion des grandes surfaces commerciales - pour protéger le petit commerce - alors la réponse est clairement oui. Dans un Avis rendu sur le projet de loi de finances 2005 – dans un chapitre intitulé « la grande distribution sur la sellette » (sic) - le sénateur Gérard Cornu comparait ainsi la surface de vente totale autorisée entre deux périodes clés : 1974-1996 (après loi Royer, avant loi Raffarin) et 1997-2004. Résultat ? Il a été accordé (en création, transfert ou extension) presque autant de mètres carrés ces huit dernières années que pendant 23 ans ! Soit près de 20 millions au total.
L’abaissement du seuil d’autorisation à 300 m² a fait exploser le nombre de dossiers examinés par les CDEC (il a été multiplié par 4,5). Le taux d’acceptation a lui aussi progressé de façon spectaculaire : passant de 54,1 % en moyenne sur la période 1974-1996 à 76,6 % sur les huit années suivantes et pour atteindre 82 % en 2004. L’impact en terme de surface est particulièrement significatif : 71,1 % des surfaces demandées ont été autorisées sur les huit dernières années, contre seulement 42,9 % entre 1974 et 1996.
N’en déplaisent aux enseignes qui pleurnichent sur leur sort, la grande distribution alimentaire a largement profité des faveurs des CDEC. Pour preuve, entre 1997 et 2004, la surface de vente totale du circuit (hors galerie marchande et station-service) a progressé de 17 %. Soit près de 2,5 millions de m². Grosso modo, les deux tiers des mètres carrés gagnés proviennent d’agrandissements (64 %), contre un tiers de créations pures (36 %). En huit ans, il s’est construit 17 nouveaux hypermarchés, 289 supermarchés et 910 magasins de hard discount.
Pour autant, les GMS alimentaires sont loin d’être les plus gourmandes en la matière. Les surfaces qui leur ont été accordées en 2003 ne représentaient que 20,3 % des superficies totales autorisées par les CDEC, contre 34,7 % pour les magasins de bricolage et jardinage par exemple. Cette proportion est d’ailleurs restée relativement stable depuis 1996. Sur les huit années écoulées, les hypermarchés se sont octroyé en moyenne un tiers des surfaces accordées aux GMS, contre 57 % pour les supermarchés et 9 % pour le hard discount. Mais depuis 1996, ce dernier circuit n’a cessé de grignoter du terrain (20,8 % des superficies accordées en 2003).

Un taux inférieur à la moyenne

En outre, les GMS ne sont pas non plus les mieux traitées par les CDEC. En effet, le taux de surface autorisé est nettement inférieur à la moyenne de la distribution : 70 % en 2003, pour 80 % en moyenne. Parmi les mieux lotis figurent notamment les magasins d’équipement de la maison (85 % des m² accordées), de loisirs et culture (84 %) ou de bricolage (82 %). A noter toutefois, la nette propension des commissions d’équipements à favoriser les supermarchés (83 % d’obtention). Un score largement supérieur à celui des hypers (69 %) et du hard discount (59 %).

Repères

2,433 millions de m ² (1)
Depuis 1997 – un an après la loi Raffarin - les GMS ont gagné 2,433 millions de m² supplémentaires : 50,3 % au profit des hypers (grâce notamment aux extensions de supers passant de facto dans la catégorie hyper), 40,8 % pour le hard discount et 5,9 % pour les supermarchés.
Les créations pures concernent 36 % de la surface gagnée : 55,3 % sont à l’actif du hard discount, 30,4 % des supermarchés et 14,3 % des hypers.

+ 2 % pour la taille moyenne (1)
Entre 1997 et 2004, la taille moyenne des surfaces alimentaires n’a progressé que de 2 %. Si elle est restée stable pour les hypers (5 749 m²) et a légèrement baissé s’agissant du hard discount (- 2 % pour 642 m²), la surface moyenne des supers a, en revanche, fait un bond de 13 % (1215 m²).

20,7 % des surfaces accordées (2)
En 2003, la distribution alimentaire s’est octroyé 20,7 % des surfaces accordées par les CDEC, dont 10,9 % pour les supermarchés, 5,5 % pour les hypermarchés et 4,3 % pour le hard discount. La GMS est loin derrière les magasins de bricolage et jardinage (34,7 %).

Source : (1) Trade Dimension, uniquement les surfaces alimentaires, (2) Decas : y compris stations services et galerie marchandes.

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