Covid-19 : La peur du lendemain fait ressurgir le critère prix

16 avril 2020 - Frédéric Carluer-Lossouarn

Après avoir livré son verdict sur les parts de marché des circuits et des enseignes, Kantar vient de donner des détails sur la consommation des Français durant la P3 (24 février au 22 mars), incluant la première semaine de confinement. «Les achats des ménages en PGC + frais LS ont augmenté de 20% en valeur et en volume, indique Gaëlle Le Floch, strategic insight director chez Kantar Worldpanel. Avant la crise du Covid-19, nous étions à -1,2% en volume.»

Les petits foyers d’âge moyen de la région parisienne sont ceux dont la hausse des achats a été la plus forte, par peur de manquer. Lors de la troisième semaine de confinement, 29% des foyers craignaient encore de ne pas pouvoir s’approvisionner. Une proportion stable. Les sommes dépensées par foyer ont augmenté de 48€ en moyenne lors de cette période historique marquée par des achats de stockage. Le panier moyen a progressé de 8,6% (32,70€), la fréquence d’achat de plus de 10%.

Succès de l’apéro et du cooking

84% des catégories de PGC-FLS ont été en croissance. Les plus fortes progressions ont été sur les produits fond de placard (+95% pour les pâtes, +83% pour le riz, +50% pour les conserves de légumes, +44% pour les biscottes, etc.) mais aussi sur l’hygiène et l’entretien.

Sur la P3, le panéliste confirme la hausse plus modérée des achats de produits frais trad : +4,3% en volume, +8% en valeur. Avec les plus gros scores en volaille (+11,4% en volume), en viande (+7,2%) et en fruits et légumes (+5,3%). Les autres rayons trad ont pâti du début du confinement.

Parmi les tendances relevées par Kantar, sur les trois premières semaines de confinement cette fois : l’augmentation des occasions de consommation apéritives (visio apéros) et du cooking (gros scores sur la farine, les aides culinaires, le sucre, l’huile, etc.). Un tiers des ménages disent avoir passé plus de temps à cuisiner. 75% des shoppers affirment aussi essayer d’acheter des produits locaux dès que possible. 53% déclarent privilégier la vente directe chez le producteur le plus souvent possible.

Sombres prédictions pour l’hyper

Depuis le début de la pandémie, les consommateurs privilégient les produits et marques qu’ils achetaient habituellement avant la crise. «Le critère prix/promotions a d’abord été relégué au second plan parmi les principaux critères de choix mais cela ne devrait pas durer. Les inquiétudes liées aux prix des produits alimentaires ont progressé en semaine 3», souligne Gaëlle Le Floch.

D’ailleurs, au cours de cette troisième semaine de confinement, 55% des consommateurs pensaient que les prix avaient augmenté alors que les panélistes pointent une stabilisation globale. «56% des Français disent que la crise a ou aura un impact sur leurs revenus. L’optimisme sur la reprise de l’économie à long terme est en baisse», ajoute Pierre Gomy, managing director chez Kantar Insights.

Enfin, en se basant sur l’expérience chinoise (la consommation y a retrouvé son niveau habituel au bout de six semaines) et les déclaratifs en France, Kantar s’est livré au périlleux exercice de l’identification des tendances pour l’après-confinement. Les gagnants en seraient notamment le circuit online et la proximité, le fait maison, les produits locaux, les produits apéritifs et l’attention aux prix. Les perdants : les conserves, les fruits et légumes, les produits saisonniers et les hypers. «La peur d’aller en hypermarché ne va pas baisser tout de suite», estime Gaëlle Le Floch. La quête de produits sains, naturels et responsables devrait se rétablir à moyen terme, tout comme la déconsommation globale.

 

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