Comment Carrefour Market réorganise le travail en magasin

17 mars 2010 - Benoît Merlaud

Carrefour Market teste une nouvelle organisation des métiers en magasin. Linéaires en détaille les coulisses : responsabilités transversales, polyactivité, nouvelles fonctions. Encore à l’essai, le modèle devrait être finalisé d’ici juin.

Carrefour Market veut gérer de manière plus efficace ses flux de marchandises.

Sous le nom de code « tous commerçants », Carrefour Market s’apprête à réorganiser les métiers dans ses magasins. Les tests ne sont pas encore terminés, mais l'enseigne a accepté de détailler, pour Linéaires, les composantes du projet.

Comme désormais la plupart des chantiers de transformation chez Carrefour, tout, ici, va très vite. Les nouvelles idées ont été testées dans un premier supermarché laboratoire l’an dernier (Neuville-les-Dieppe, en Seine-Maritime). Un second a été « ouvert » en février (Dadonville, dans le Loiret) et dès mars, le distributeur a enclenché la deuxième phase de l’opération avec la mise en place de 22 magasins pilotes.

D’ici juin, les dernières questions en suspens auront été tranchées, les modèles ajustés aux différents formats du parc Carrefour Market. Et le déploiement pourra commencer.

Maître-mot : la polyactivité

Les changements ne sont pas anodins, ils vont concerner la plupart des postes en magasin. Le maître-mot : la polyactivité. Les employés pourront venir en caisse pour absorber les pics de fréquentation, les hôtesses de caisse iront en rayon pendant les heures creuses.

A l’exception de la zone marché, dont la gestion est spécifique, les managers ne seront plus affectés à un rayon ou à un secteur, leur responsabilité s’exercera sur l’ensemble du magasin. Ils seront deux par point de vente et se relaieront dans la journée, le premier assurant les matinées, le second les après-midi.

Deux postes qualifiés créés

Deux postes qualifiés seront également créés, destinés à des employés commerciaux de niveau 4 (EC4). L’approvisionneur arrivera le premier en magasin le matin, bien avant l’ouverture. C’est lui qui répartira les équipes sur les différentes mises en rayon, selon la charge de travail du jour.

Le gestionnaire de stock, comme son nom l’indique, pilotera les stocks, les commandes automatisées. Il sera responsable de la mise à jour des prix et de la conformité des étiquettes.

L’objectif affiché de la réforme est une plus grande efficacité opérationnelle. Le client devra y trouver son compte : moins d’attente en caisse, moins de ruptures, moins d’erreurs d’étiquetage et des allées dégagées, parce que la mise en rayon devra être quasiment terminée à l’ouverture du magasin.

1 h 30 de dépote le soir

L’intention est louable, mais ce problème de mise en rayon a beau obséder tous les distributeurs, personne n’a encore trouvé la solution idéale. Pour y arriver, le nouveau schéma d’organisation prévoit, plusieurs fois par semaine, de préparer la dépote des palettes le soir, après la fermeture, durant 1 h 30. Ce qui permettra ensuite aux équipes du matin d’avancer beaucoup plus vite.

En supprimant les affectations des salariés à un secteur précis du magasin, le distributeur assume le risque d’une moindre implication du personnel sur « son » rayon. Mais il dit y gagner en solidarité entre les équipes.

Réduction des stocks de 35 à 30 jours

Officiellement, « tous commerçants » n’est pas un projet de réduction des coûts. Mais si Carrefour Market, au passage, peut améliorer quelques ratios, il ne se privera pas. A Neuville les Dieppe, selon nos informations, la durée moyenne des stocks est passée de 35 à 30 jours, grâce à la fluidité du nouveau système. Si le distributeur, en outre, arrive à organiser toutes ses mises en rayon en dehors des heures d’ouverture, il y gagnera évidemment en productivité.

Le projet prévoit également de simplifier d’autres tâches quotidiennes. Les commandes des supermarchés sont déjà très automatisées, sauf pour les promos, sur lesquelles les chefs de rayon conservent la main. Mais Carrefour Market réfléchit à une organisation encore plus centralisée.

Un numéro unique pour la maintenance

L’enseigne veut également simplifier la vie des directeurs de ses magasins, avec quelques détails qui ont leur importance. Un numéro d’appel unique va permettre de contacter tous les prestataires de maintenance. Et toutes les informations adressées aux directeurs seront regroupées et hiérarchisées dans un mail unique, envoyé chaque jour.

Selon les documents internes que Linéaires a pu se procurer, il était envisagé au démarrage du projet que les nouveaux responsables relation clients, en lieu et place des managers caisses, soient de niveau EC4 et non plus agent de maîtrise, comme souvent aujourd’hui.

Deux managers cadres

Ce « déclassement » est désormais abandonné, notamment en raison des lourdes responsabilités du poste sur les flux d’argent. Cela dit, la branche supermarchés de Carrefour suit avec un grand intérêt les tests en cours, en hyper, de gestion automatisée des espèces sur toutes les caisses traditionnelles. Si le procédé se déploie un jour à grande échelle, il n’est pas impossible que la question du statut EC4 se pose à nouveau pour les responsables relation clients.

Le distributeur, lui, préfère insister sur le statut cadre des deux managers de magasin, une « générosité » inédite dans bon nombre de supermarchés actuels.

Le nouvel organigramme type

  • Un directeur

  • Deux managers magasin (cadres)

Rattachés au directeur, ils ont l’ensemble des rayons sous leur responsabilité. Ils se relaient dans la journée, le premier assurant les matinées, le second les après-midi. Les postes de managers ne sont donc plus attribués par secteur (alimentaire LS, denrées non périssables).

  • Un manager zone marché (agent de maîtrise)

  • Un responsable relation clients (agent de maîtrise)

C’est le nouveau nom du manager caisses. Il gère la ligne de caisses, l’accueil et la polyactivité, sans changer de statut.

  • Un approvisionneur (employé commercial niveau 4)

Il gère les réceptions et répartit les équipes pour la mise en rayon, en fonction de la charge de travail.

  • Un gestionnaire de stock (EC4)

Il pilote les stocks, le logiciel de commandes automatiques, s’assure de l’étiquetage et du balisage en rayon.

Cette structure type correspond à un Carrefour Market moyen, d’une quarantaine de salariés. Elle est amenée, évidemment, à varier en fonction de la taille du magasin.

Pour aller plus loin

A lire dans le numéro d'avril de LINEAIRES

Les commentaires de Marc Veyron, DRH de Carrefour Market, sur le projet "tous commerçants"

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