Pomme de terre : le frais est-il autant touché par la crise que l'industrie ?
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- Auteur : Augustin Cotreuil
" La pomme de terre fraîche n'est pas en crise " appuie Florence Rossillion, directrice du Comité national interprofessionnel de la pomme de terre (CNIPT). Selon elle, la chute des prix de vente n'est pas si alarmante (autour de -25% en GMS) en comparaison de celle du marché de la pomme de terre industrielle. Récapitulons.
En 2025, une chute des prix vertigineuse touche la filière des pommes de terre. Celle-ci tient son origine de l'industrie. Une très forte demande du domaine tertiaire a poussé les producteurs à planter davantage cette année, atteignant 197 000 hectares de surface, soit +10% par rapport à 2024, selon l'interprofession. De plus, cette demande comprenait celle d'usines " en prévision d'ouvertures, mais qui n'ont finalement pas été prêtes à temps ", rappelle Florence Rossillion, et qui n'ont donc pas pu accueillir la matière première commandée. Enfin, les fabricants calment leurs ambitions en raison de l'incertitude installée par les taxes Trump.
La crise est sur le marché libre
En France et en Europe, la filière pomme de terre se retrouve donc avec une surproduction de variétés industrielles. Les usines priorisent leurs volumes contractualisés. Ainsi, les 20% de producteurs hors contrat sont dans l'incapacité de vendre leur matière cultivée pour la transformation. Leurs pommes de terre sont donc bradées, et les cotations chutent de manière effrénée. Sur le marché libre, des prix payés aux producteurs ont baissé jusqu'à -80% voire -90%.
En plus de cela, certains volumes pourtant sous contrat ont été refusés par des usines. Dans une moindre mesure, selon la directrice du CNIPT, mais le phénomène existe. Des industriels comme McCain ou Mousline ont revu à la baisse (en volume ou en prix) leurs pré-engagements commerciaux juste avant la plantation - ce qu'ont dénoncé les producteurs - voire après la signature du contrat pour d'autres.
Sur le marché libre du frais, les variétés sont différentes mais la crise s'y est tout de même engouffrée. " Mêmes causes, mêmes effets, mais pas de la même intensité ", tempère François-Xavier Broutin, directeur des affaires économiques du CNIPT. L'interprofession et le GIE d'Interfel ont relevé des baisses de prix de vente en GMS de -17% à -27% en un an jusqu'à août 2025*. Les relevés RNM, eux rapportent plutôt -12% à -22% sur les pommes de terre de conservation conditionnées en 2,5 à 5kg sur la même période, et -13% pour le vrac. Les primeurs en 1kg ont quasiment diminué de moitié entre mai et août.
Comment la déflation s'est propagée