Les pistes pour relancer les commerces de centres-villes
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- Auteur : F. Carluer-Lossouarn
Photo : Linéaires.
Tout un symbole. Ce 5 novembre, jour même où Sébastien Lecornu a engagé une procédure de suspension des activités de Shein en France, la mission sur l'avenir du commerce de proximité dans les centres-villes et les quartiers prioritaires a rendu son rapport au gouvernement.
Commandé en mai 2025 par Juliette Méadel et Véronique Louwagie, alors respectivement ministre déléguée chargée du Commerce et ministre déléguée à la ville, le rapport a été piloté par trois rapporteurs : Frédérique Macarez, maire de Saint-Quentin (Aisne), Antoine Saintoyant, directeur de la Banque des territoires, et Dominique Schelcher, PDG de Coopérative U. Ce dernier a donc rendu ce rapport à son prédécesseur à la tête des U, Serge Papin, aujourd'hui ministre des PME, du Commerce, de l'Artisanat, du Tourisme et du Pouvoir d'achat ; ainsi qu'à Vincent Jeanbrun, ministre de la Ville et du logement.
Les commerces alimentaires résistent bien
Ces derniers mois, Dominique Schelcher n'a pas mâché ses mots à l'encontre des plateformes de ecommerce chinoises Shein ou Temu qui inondent l'Europe et particulièrement la France de colis de produits à bas prix, mettant à genoux les enseignes de magasins de textile et les boutiques de centre-ville. Les co-rapporteurs avancent le chiffre d'environ 50.000 emplois perdus en dix ans dans les commerces de prêt-à-porter.
À l'inverse, le secteur alimentaire a progressé, avec 50% d'effectifs salariés en plus sur la période 2006-2022, notamment l'alimentaire spécialisé : primeurs, boulangeries, cavistes et même poissonneries. La restauration représente aussi un secteur d'activité dynamique. En 16 ans, il a connu une augmentation de 75% de son chiffre d'affaires et est devenu le premier employeur du commerce.
Vacance commerciale en hausse
Mais tous secteurs confondus, la vacance commerciale est repartie à la hausse après la crise sanitaire, pour atteindre 10,64% en 2024 dans les centres-villes et plus de 16% dans les galeries marchandes. " Ce phénomène connaît une nette accélération observée depuis deux ans ", souligne le rapport.
Parmi les 30 pistes recommandées par les trois rapporteurs figure une mesure choc contre les plateformes chinoises : " instaurer une taxe dissuasive sur les achats numériques de biens importés à hauteur de 2 euros minimum par article ". Une mesure qui sera vue comme une taxe anti fast-fashion sur les vêtements à bas prix.
Les 30 autres recommandations présentées s'articulent autour de cinq grands axes :
- Lutte contre la concurrence déloyale : plan massif de contrôles du respect des normes des produits importés, respect de la réglementation des promotions et des soldes sur les sites marchands, taxe de 2€ minimum par article sur les achats numériques de biens importés.
- Renforcement de la lutte contre l'économique souterraine et le blanchiment.
- Développement d'une stratégie commerciale claire et inclusive : créer ou mettre à jour les stratégies commerciales des collectivités via un schéma directeur commercial, élargir les pouvoirs des maires (instauration d'un avis obligatoire sur les demandes d'implantations commerciales et de cessions de commerces), création de comités de pilotage pour réactiver les locaux commerciaux, formation des élus sur les mutations du commerce, développer les compétences des commerçants notamment par un plan de formation à l'IA et aux outils numériques, renforcer l'animation des centres-villes, etc.
- Piloter le développement du commerce de proximité dans les 1.609 quartiers prioritaires des villes.
- Dynamiser les outils immobiliers et fonciers pour redynamiser les centres-villes.
" Face à la profonde mutation du commerce de proximité et au plan social à bas bruit qui fragilise nos territoires, l'heure n'est plus au constat mais à l'action, ont déclaré les co-rapporteurs. Ce rapport est une feuille de route opérationnelle pour que le commerce de proximité, essentiel à la création de lien social, puisse lutter à armes égales contre la concurrence déloyale et se réinventer. La reconquête de nos cœurs de ville et de nos quartiers est possible, à condition d'agir vite, fort et collectivement. C'est un enjeu majeur pour notre cohésion économique et territoriale. "
Retrouvez ci-dessous le rapport intégral.