Au fait : une enquête à charge contre Leclerc
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- Auteur : B. Merlaud
Dans son numéro de décembre, le magazine Au fait publie une longue enquête sur le "système Leclerc". 58 pages uniquement à charge (ou presque) contre le distributeur.
Un travail orienté, mais aussi bien documenté. Et un pari sur la succession de Michel-Edouard Leclerc à la tête du mouvement : selon le magazine, Olivier Bordais, adhérent à Landerneau, aurait toutes les qualités requises pour occuper le poste.
On ne va pas reprendre ici la longue suite d'anecdotes, croustillantes ou scabreuses, qui dresse un portrait à l'emporte-pièce de l'adhérent Leclerc moyen. De sa propension à afficher sa réussite ou à s'affranchir, parfois, des règles administratives qui entravent la bonne marche de son commerce.
Pas franchement un ami de la famille
L'auteur de l'enquête, Bertrand Gobin, n'en est pas à son coup d'essai. Bon connaisseur de la distribution, il a écrit "Le secret des Mulliez". Il a aussi édité "Leclerc : enquête sur un système" ou encore "Carrefour des illusions". Il a également été journaliste pour Linéaires.
Et ce n'est pas franchement un ami de la famille Leclerc, depuis ses écrits sur le passé trouble du jeune Edouard durant l'occupation nazie.
Son travail, donc, est documenté. Les logiques économiques du mouvement, l'enjeu de l'immobilier dans la rentabilité des entreprises, sont ici décortiqués pour celui qui en ignore les rouages. Mais le cahier des charges du magazine Au fait, qui se proclame "média lent" au nom du recul et de la réflexion, n'est que trop évident : haro sur Leclerc.
Des caricatures douteuses
Les considérations positives sur le mouvement Leclerc sont distillées au compte-gouttes. L'enrichissement somme toute modeste de la famille Leclerc (au profit d'un système de partage sous forme de "compagnonnage économique") n'est salué que pour mieux pointer du doigt l'enrichissement personnel des adhérents. Le combat pour les prix bas n'est observé qu'à travers le prisme de "l'inventivité" des acheteurs en centrale.
Enfin, le magazine Au fait a jugé bon d'illustrer son sujet par quelques caricatures douteuses. La représentation sur une pleine double page d'adhérents Leclerc affublés de cagoules (dont on ne sait si elles évoquent le Ku Klux Klan ou l'inquisition catholique), en train d'adouber l'un des leurs sur une montagne de billets, en dit long sur l'image que l'éditeur espère imprimer dans l'esprit des lecteurs…
La question de la succession
L'on préfèrera retenir, assurément, le pari sur l'avenir par lequel se termine le dossier. A la question de la succession de Michel-Edouard Leclerc, l'enquête répond par le portrait d'Olivier Bordais. Le jeune adhérent breton rassemblerait nombre de qualités pour tenir le poste.
C'est d'abord un commerçant hors pair, qui brasse 80 M€ de chiffre d'affaires avec un hypermarché de seulement 4500 m². Olivier Bordais peut aussi s'appuyer sur une légitimité historique certaine. Fils de l'ancien bras droit d'Edouard Leclerc et neveu de l'ancien patron de la Scarmor, il est à la tête du Leclerc de Landerneau. Bref, tout un symbole. On verra déjà, pour commencer, s'il prend la tête de la Scarmor d'ici quelques années.
Mise à jour 04/12/2013 :
Olivier Bordais se dit surpris et embarrassé par les éventuelles ambitions qui lui prête le magazine Au fait. Il a fait savoir à la rédaction de Linéaires qu'il ne se voyait pas, y compris dans un lointain avenir, briguer la présidence de l'ACDLec.
Il n'envisage pas non plus de postuler à la présidence de la Scarmor. Il ne fait même pas partie du conseil d'administration de la centrale régionale.
Olivier Bordais ne souhaite pas être considéré comme faisant partie du "bal des ambitieux". Il se consacre, dit-il, exclusivement à son magasin et à ses projets locaux.