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Système U anticipe un contexte "pourri" en 2014 [B. Merlaud]

7 Février 2014

Système U a annoncé 3,5% de croissance en 2013 et un objectif à +2,5% pour 2014. Le distributeur s’attend à une année difficile, avec déflation, consommation en baisse et crises agricoles. La FNSEA et les Jeunes Agriculteurs ont mis la pression sur l'enseigne cette semaine.

Système U anticipe un contexte

Après avoir enregistré 3,5% de croissance hors carburant en 2013, Système U s'est fixé un objectif prudent à + 2,5% pour 2014.

Déflation, consommation en baisse, nouvelles crises agricoles : le distributeur s’attend à une année difficile.

Serge Papin, le président de Système U, a commenté le 4 février la présentation de ses résultats annuels pour 2013.

Il s'est félicité d'un gain de part de marché conforme aux objectifs (+ 0,4 point), tout en reconnaissant que la coopérative de commerçants n'avait pas vu venir la très faible inflation du marché de la grande consommation en 2013 (+ 0,2%).

Avec carburant, le chiffre d'affaires de Système U n'a progressé que de 1,9% en 2013, à 23,65 milliards d'euros.

"Nous attendions plutôt 1% d'inflation, ce qui explique que nous n'avons pas atteint notre objectif de chiffre d'affaires (+ 4,9% hors carburant, NDLR), a détaillé Serge Papin. Depuis cinq mois, le marché est même en déflation. Il y a un risque que la situation se prolonge en 2014, ce qui nous rend très prudents dans nos ambitions."

Une consommation "difficile"

De fait, Système U ne vise que 2,5% de croissance hors carburant en 2014 : un objectif historiquement faible.

"Cette prévision tient compte d'un marché qui est pourri, a asséné le patron des U. La déflation va se poursuivre parce que certaines matières premières sont baissières et parce que le gouvernement laisse s'intensifier la guerre des prix, au nom du pouvoir d'achat. Et pendant ce temps, on sent que la consommation devient plus difficile, les arbitrages se font maintenant en faveur du cœur de gamme. Les clients délaissent le premium et se tournent vers des produits bruts, plus simples et plus économiques."

Serge Papin a regretté une nouvelle fois que le gouvernement reste sourd à sa demande de modification des règles de négociation commerciale. Il voudrait encadrer par la loi la guerre des prix à laquelle se livrent les enseignes, préjudiciable aux PME.

Il a annoncé ce matin avoir trouvé un sénateur pour proposer l'amendement que le distributeur appelle de ses vœux. Cette réforme technique a pourtant peu de chances d'être un jour adoptée.

Don Quichotte

Sur le fond, le projet consiste à remplacer le seuil de revente à perte (SRP) par une notion de seuil économique, 10 à 15% plus élevé que le SRP. S'il devenait interdit de vendre en dessous de ce seuil, aucun distributeur ne serait plus tenté de récupérer sur le dos des PME la marge sacrifiée sur les grandes marques.

Sur la forme, cela reviendrait donc à garantir une "marge obligatoire" à la grande distribution : quel élu pourrait tenir une telle posture ?

"Peut-être que c'est un combat de Don Quichotte, a reconnu Serge Papin, mais je pense que nous devons quand même faire bouger les lignes."

Crise du lait : le ton est monté dans la semaine

Pour illustrer les dégâts de la guerre des prix entre enseignes, Serge Papin a cité l'exemple des éleveurs laitiers. "Regardez ce qui se passe sur le prix du lait, a-t-il expliqué. La crise de l'an dernier a débouché sur un accord permettant péniblement de payer deux centimes de plus par litre aux producteurs. Mais les négociations actuelles, dans ce contexte de guerre des prix, vont amener les industriels à remettre en cause cette hausse. Je peux déjà vous parier qu'une nouvelle crise du lait verra le jour en 2014. Vous en entendrez parler dès le prochain salon de l'agriculture, et le gouvernement devra encore nommer un médiateur !"

Les syndicats agricoles n'ont pas manqué de réagir à ces propos. Dans un communiqué, les Jeunes Agriculteurs ont "salué ce "coup de gueule", à condition bien entendu que ce ne soit pas une manière de se "couvrir" d’une potentielle baisse des prix ou de négociations compliquées."

Xavier Beulin, le président de la FNSEA, s'est montré beaucoup plus cassant. "Ca ne me suffit pas comme prise de position, a-t-il lancé à l'AFP. Je vous préviens par avance, on ne va pas payer cher, mais je ne suis pas le responsable, c'est les autres."

"Il ne faudra pas s’étonner s’il y a des magasins qui crament", a-t-il même menacé.

Les chiffres clés 2013

  CA TTC hors carburant Evol.
Système U 18,45 Mds € + 3,5 %
Super U 13,3 Mds € + 2,5 %
Hyper U 3,5 Mds € + 4 %
U Express 1,3 Md € + 33,8 %
Utile 249 M€ + 4,7 %
Courses U 350 M€ + 40 %

Source : Système U

Une croissance qui ralentit

  2012* 2013 2014 (prévisions)
CA TTC hors carbu + 11 % + 3,5 % + 2,5 %
Parc + 203 000 m² + 91 000 m² + 40 000 m²

* ralliement de Coop Atlantique
Source : Système U