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CICE : le malaise de la grande distribution [B. Merlaud]

7 Février 2014

Le CICE devrait rapporter 2,3 milliards d'euros au secteur du commerce. Mais ce crédit d'impôt sert davantage à "sauver" le résultat des enseignes qu'à créer des emplois.

Le CICE sert davantage à financer des baisses de prix qu'à créer des emplois

Le "crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi" sera accordé cette année au regard des rémunérations versées en 2013.

Il se monte à 4% des salaires bruts inférieurs à 2,5 fois le Smic et passera même à 6% sur 2014.
Compte tenu des masses salariales en jeu, le commerce et l'industrie manufacturière sont les premiers bénéficiaires du dispositif.

Selon un calcul du Commissariat général à la stratégie et à la prospective , ces deux secteurs devraient représenter chacun 18% des montants totaux accordés par l'Etat.

Autrement dit, le CICE va représenter cette année environ 2,3 milliards d'euros d'aide pour le commerce, au titre de l'exercice 2013.

Mais autant le coup de pouce à l'industrie est susceptible de freiner les délocalisations, autant celui accordé aux commerçants ne peut guère se justifier par la défense d'emplois en péril.

Les distributeurs, d'ailleurs, ne cachent pas que le CICE sera sans impact sur les créations de poste.

40 millions d'euros pour Système U

Système U a reconnu le 4 février, lors de la présentation de ses résultats 2013, que le crédit d'impôt dont il allait bénéficier devrait se monter à 35 ou 40 millions d'euros.

"Nous n'avions rien demandé, et l'Etat n'exige pas de réciprocité sur l'emploi. Imaginer que le CICE finance directement des créations de poste, c'est du rêve, a commenté Serge Papin, le président de Système U. Le CICE sert davantage à nourrir le pouvoir d'achat, en contribuant à financer la guerre des prix entre enseignes."

Le distributeur a toutefois rappelé, par souci d'apaisement, qu'il allait aussi créer plus de 2000 emplois en 2014.

La polémique Auchan

Auchan, pour sa part, v oit la polémique sur le CICE enfler depuis quelques jours . De source syndicale, le groupe devrait bénéficier de 100 à 120 millions d'euros de crédit d'impôt sur deux ou trois ans (les chiffres cités varient d'un communiqué à l'autre, et les taux seront plus généreux la deuxième année).

Le distributeur a eu beau annoncer qu'il allait créer 1500 postes en France dans les trois ans qui viennent, les médias ont surtout retenu que 300 emplois allaient être supprimés dans les effectifs des magasins. Un chiffre qui est mis en balance avec l'aide accordée par l'Etat…

Le 3 février dernier, Europe Ecologie Les Verts a apporté son soutien aux syndicalistes d'Auchan. Le parti politique a dénoncé "l’objectif de compétitivité du CICE dévoyé". "Concrètement, l’Etat finance les indemnités licenciement des futurs chômeurs", s'est indigné un porte-parole d'EELV. Le parti appelle à une réforme du crédit d'impôt afin qu'il ne bénéficie qu'aux commerces de proximité et aux circuits courts, et non à la grande distribution.

Un autre argument d'Auchan est également resté inaudible : ce coup de pouce n'en est pas un, dans la mesure où les taxes s'appliquant au commerce ont augmenté ces dernières années.

La pirouette Leclerc

Fin 2013, Michel-Edouard Leclerc avait utilisé la même pirouette pour étouffer la polémique sur le CICE. A l'époque avec succès. Le CICE ne rapporte "rien du tout" à Leclerc, avait-il répondu sur RTL en décembre.

Ce crédit d'impôt "redonne en partie ce qui avait été octroyé et supprimé dans le cadre des allègements Fillon sur les bas salaires, avait-il argumenté à l'antenne puis sur son blog . Et si on additionne les autres sources de fiscalité, ça relativise quand même le cadeau !"