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Le Nutri-score inscrit dans la loi [B. Merlaud]

31 Octobre 2017
Intermarché a commencé à étiqueter ses produits avec le Nutri-score

La Commission européenne a fini par valider l'arrêté français préconisant l'affichage du Nutri-score sur la face avant des emballages. Trois distributeurs (Intermarché, Auchan, Leclerc) et trois industriels (Fleury Michon, Danone, Mc Cain) ont promis de l'adopter. Pour le reste, les bonnes volontés se font attendre.

La loi santé de janvier 2016 prévoyait d'instaurer un étiquetage nutritionnel graphique (optionnel) sur les emballages des produits alimentaires pour améliorer l'information du consommateur. En fin d'année dernière, un test en conditions réelles a été mené dans 60 supermarchés afin de comparer les effets sur les ventes de plusieurs procédés de notation.

Le système retenu, le Nutri-score, repose sur une note synthétique de A à E sur un fond de couleur allant du vert au orange foncé (symboliquement pas tout à fait rouge). L'étude a montré que cette note ultra-simple était la plus efficace pour sensibiliser les consommateurs, en particulier le tiers ayant les revenus les plus faibles. Autrement dit la cible privilégiée de la campagne d'information.

Fin avril 2017, la France a notifié à la Commission européenne son projet d'arrêté sur le Nutri-score, en espérant un retour positif pour juillet. Le feu vert européen est finalement arrivé fin octobre et le 31, les ministres français de la Santé, de l'Agriculture et le secrétaire d’État à l’Économie ont pu signer officiellement l'arrêté.

Barres chocolatées et alcools exclus ?

Le texte décrit la méthode de calcul aboutissant à l'attribution des notes et les conditions d'usage du logo. Le classement d'un aliment repose sur la balance entre ses apports intéressants (teneur en fruits et légumes, fibres, protéines) et ses éléments nutritionnels à limiter (calories, graisses saturées, sucres simples, sel).

Sont exclus du dispositif les produits bruts non transformés et ne comportant qu'une seule catégorie d'ingrédients : fruits et légumes frais, viandes crues, herbes aromatiques, thés, cafés, mais aussi miels (des députés s'étaient émus à l'idée de voir ce produit du terroir stigmatisé) et... boissons alcoolisées (pour lesquelles aucune information nutritionnelle n'est de toute façon obligatoire).

Les emballages, également, dont la plus grande surface est inférieure à 25 centimètres carrés sont dispensés de toute recommandation. Ce qui peut laisser en dehors du champ d'application certaines barres chocolatées vendues à l'unité ou des petits conditionnements de confiserie. Les aliments infantiles 0-3 ans, enfin, ne sont pas non plus concernés par le Nutri-score.

Intermarché, qui fait partie des trois distributeurs à s'être formellement engagés à suivre les recommandations concernant le Nutri-score, a commencé à étiqueter ses produits MDD en août 2017. Quelques références, au rayon des salades traiteur, arborent déjà le pictogramme nutritionnel. En janvier 2018, une trentaine de plats cuisinés feront de même puis, progressivement, l'ensemble des références MDD de l'enseigne.

Auchan, pour l'instant, teste le Nutri-score dans les fiches produits sur son site drive : sur 12 aliments aujourd'hui et 200 dès la semaine prochaine. "Près de 100% des 6000 références à marque Auchan commercialisées sur le site porteront le Nutri-score d’ici la fin 2017", annonce le distributeur. En décembre 2017, également, les premiers packagings MDD porteurs du pictogramme nutritionnel feront leur apparition en rayon. L'ensemble des gammes Auchan devrait avoir fait la bascule en 2019.

"Jeter le trouble dans l’esprit des consommateurs"

Au printemps 2017, un pool d'industriels regroupant les multinationales Coca-Cola, Mars, Mondelez, Pepsico, Nestlé et Unilever, des PME ainsi que la fédération des produits de l'épicerie et de la nutrition spécialisée (dont les syndicats de la confiserie, du chocolat ou des apéritifs à croquer) avait manifesté son hostilité envers le Nutri-score.

Ces fabricants le jugent trop stigmatisant (pour leurs produits, en l'occurrence) et lui préfèrent un étiquetage plus détaillé par nutriment et par portion, sans note synthétique. L'information délivrée est plus complète et plus nuancée, mais aussi moins accessible, en particulier pour les consommateurs les moins "favorisés".

"Ce modèle parallèle est particulièrement complexe ou basé sur des tailles de portions irréalistes, s'insurge l'UFC-Que Choisir. Il s'agit d'une initiative visant clairement à jeter le trouble dans l’esprit des consommateurs et contrecarrer l’appropriation du Nutri-score par le plus grand nombre."

"Je veillerai à ce que le Nutri-score soit le seul logo développé pour assurer la lisibilité de l'information nutritionnelle", a lancé Agnès Buzyn le 31 octobre. Sans qu'on sache bien comment, à ce stade, elle parviendrait à rendre incontournable un pictogramme qui n'est qu'optionnel.

L'autorisation délivrée par la Commission européenne va permettre à la France d'expérimenter ses recommandations sur le Nutri-score durant une période de trois ans, à l'issue desquels elle devra en tirer un bilan. Les industriels réfractaires, eux, font le pari que le Nutri-score, trop franco-français, ne sera de toute façon pas généralisé par l'Europe.