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Comprendre la crise du beurre en 3 minutes [B. Merlaud]

27 Octobre 2017
Comprendre la crise du beurre en 3 minutes

Le cours mondial du beurre s'est envolé mais la distribution française a difficilement accepté les hausses de prix réclamées en cours d'année par les industriels. Ces derniers ont donc privilégié des débouchés plus rémunérateurs. Alarmés par les premières ruptures en rayon (et par les médias qui parlent de pénurie), les consommateurs se sont rués sur les rayons.

Résultat : selon Nielsen, le chiffre d'affaires du rayon beurre explose semaine après semaine. Sur le dernier pointage hebdomadaire, du 16 au 22 octobre, le CA est à +37% et les volumes à +19% !

Les ventes hebdomadaires de beurre rapportées par Nielsen

En moyenne, toujours selon Nielsen, le taux de rupture en linéaire grimpe lui aussi en flèche. Il a atteint 30% la semaine dernière. Les différences entre enseignes sont importantes (les visites de Linéaires en magasins donnent à voir des contrastes saisissants) et reflètent à l'évidence les politiques de négociation pratiquées par chaque distributeur.

Le cours mondial du beurre est passé de 2500 euros la tonne au printemps 2016 à près de 7000 euros en septembre 2017, rappelle la société Agritel. C'est le résultat brutal de la confrontation de deux phénomènes contraires.

D'abord, l'Asie du Sud-Est et les États-Unis se sont pris d'affection pour ce corps gras gastronomique, faisant bondir la demande mondiale. En face, la production de beurre ne suit pas (-4% en Europe, davantage en Nouvelle-Zélande) parce que les industriels ne veulent pas se retrouver avec de la poudre de lait écrémé sur les bras. Ce coproduit de la fabrication du beurre est en effet déjà stocké en abondance au niveau mondial et ses cours sont au plus bas. Ce qui explique aussi, au passage, pourquoi les éleveurs laitiers ne tirent aucun bénéfice de cette nouvelle donne.

Pendant que les prix mondiaux du beurre s'envolaient, l'inflation sur 12 mois (octobre 2017 comparé à octobre 2016) des corps gras dans la grande distribution française, beurre, margarine, crème fraîche, etc. s'est elle limitée à +5,4% en moyenne selon Nielsen.

Dans le détail, la hausse des prix sur les grandes marques n'est même que de 2,4%. Ce sont les MDD (+6,5%) et les premiers prix (+9,6%) qui ont en priorité été revalorisés par les distributeurs...

Le marché est en train de s'assainir

Il ne faut pas s'étonner, dans ces conditions, de voir les fabricants se tourner vers une clientèle plus compréhensive. Les marchés à l'export et les industriels consommateurs de beurre (pâtisserie, etc.) sont demandeurs et rémunèrent mieux. Les négociations annuelles de la distribution française, avec leur cadre légal qui fixe une fois pour toutes (ou presque) les prix en février, sont en effet une exception mondiale. Exception qui pourrait d'ailleurs être remise en cause par les états généraux de l'alimentation et la loi qui va en découler .

En attendant, le marché du beurre est heureusement en train de s'assainir. Les fabricants de produits festifs (pâtisseries, feuilletés) ont maintenant fini de contractualiser leurs volumes pour la fin d'année, faisant baisser d'autant la pression de la demande. En face, la période hivernale qui arrive est synonyme de lait plus gras à la production. Le cours du beurre, rapporte Agritel, a déjà baissé en octobre pour revenir à son niveau de mai dernier.