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Interviews spécial enseignes françaises en Afrique noire (4/4)

Spécial Afrique : Thierry Vetter, directeur général de Geprocor, filiale export des Mousquetaires [F. C.-L.]

5 Février 2016
Thierry Vetter, directeur général de Geprocor, filiale export des Mousquetaires

Photo : Les Mousquetaires

« L'essor des GMS en Afrique francophone prendra encore beaucoup de temps mais le continent africain est plein de promesses. »

Quelles sont les activités de Geprocor ?

Nous commercialisons les produits des usines d'Agromousquetaires dans les Dom-Tom et dans 70 pays dans le monde : principalement en Europe de l'Est, en Afrique et plus récemment en Asie. Le chiffre d'affaires de Geprocor dépasse les 100 M€.

Quelle est la part du chiffre d'affaires réalisé en Afrique ?

40 % environ. Après un développement à deux chiffres pendant quinze ans, nos exportations vers l'Afrique progressent de 3 à 7 % depuis deux ans. Nous exportons essentiellement par bateau des PGC, du sec, des liquides et des surgelés et des produits à DLC courte par avion : ultra-frais, fromages, charcuteries, etc.

En Afrique, nous exportons principalement vers les pays francophones, avec des points forts au Gabon, en Côte d'Ivoire, au Cameroun et au Congo-Brazzaville. Nous travaillons aussi avec des distributeurs de pays non francophones : au Ghana, au Nigeria ou bien en Afrique du Sud.

Qui sont vos clients en Afrique ?

Surtout des indépendants ou des groupes d'indépendants à qui nous fournissons une gamme large de produits MDD à nos marques. Ce sont les mêmes produits que ceux vendus dans nos points de vente en France, avec des prix plus attractifs que ceux des grandes marques internationales. Nous approvisionnons aussi des distributeurs sud-africains pour leurs magasins implantés dans certains pays francophones.

Que pèse le coût logistique dans les prix des produits alimentaires vendus en magasin en Afrique ?

L'acheminement depuis la France vers les ports africains représente environ 10 à 15 % de surcoût sur le prix de revient d'un produit. Mais l'acheminement depuis les ports en Afrique vers les magasins renchérit également le prix des marchandises. La situation est variable selon les pays mais il faut prendre en compte des délais de dédouanement souvent longs, des taxes douanières importantes même si elles sont en baisse depuis quelques années et l'enclavement de certains pays. Le surcoût peut être de 150 à 200 % sur les bouteilles d'eau importées de France. Il se réduit à 30-50 % pour les containers multiproduits.

L'appro local peut faire baisser les prix. Se développe-t-il ?

L'approvisionnement local en Afrique reste limité même s'il est difficile de généraliser. Un pays comme le Gabon produit peu, d'autres ont une production mieux organisée, comme la Côte d'Ivoire ou le Cameroun. Par ailleurs, les approvisionnements en produits frais depuis l'Afrique du Sud se développent. Globalement, le potentiel de production sur place de produits frais reste énorme en Afrique.

Comment voyez-vous l'essor à venir des GMS en Afrique francophone ?

Il prendra encore du temps. On part presque de zéro. Dans de nombreux pays francophones, la part de marché du commerce moderne n'excède pas 2 à 7 %. Mais le continent africain est plein de promesses. Le potentiel est très important avec l'urbanisation croissante et l'émergence des classes moyennes. Mais il y a aussi de nombreux freins, bien plus qu'en Asie lors de l'apparition des grandes surfaces. Notamment la dépendance économique de ces pays aux matières premières, les incertitudes politiques ou les tensions dans le Sahel.

Verra-t-on un jour des Intermarché ou des Netto en Afrique ?

Sûrement pas des Netto. Etant donné le poids et le coût des produits importés, une enseigne au positionnement discount ne peut pas rivaliser avec les prix du commerce informel en Afrique. Pour l'enseigne Intermarché, nous y réfléchissons fortement, en n'excluant aucune piste. Mais même en nous associant à des partenaires locaux, le transfert de savoir-faire exigerait des ressources importantes. Il s’agit d’une décision stratégique et politique qui ne peut être prise que par la direction du Groupement des Mousquetaires.

Propos recueillis par F. C.-L.

Pour aller plus loin

A lire dans le numéro de février de Linéaires :

- La carte exclusive détaillant, par pays, la présence des enseignes françaises en Afrique subsaharienne.

- Notre analyse complète : chronologie des implantations, stratégie des enseignes en Afrique noire, etc.