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Rémy Adrion, Pdg de Noz : « Nous avons industrialisé la solde » [Propos recueillis par F. Carluer-Lossouarn]

8 Avril 2009

Très discret sur son groupe mais aussi sur lui-même (il refuse de se faire photographier), Rémy Adrion, Pdg et unique actionnaire de Futura Finances, maison-mère de Noz, a accepté de répondre aux questions de Linéaires. Interview exclusive.

Avec 162 magasins Noz, vous dirigez la première enseigne de déstockage en France. Vendez-vous davantage de produits alimentaires qu’auparavant dans ce contexte de crise ?
Rémy Adrion : Nous constatons bien que notre clientèle est davantage attirée par les PGC mais pour autant, nous ne vendons pas plus d’alimentaire qu’avant la crise, tout simplement parce que la marchandise disponible sur le marché reste limitée. Les industriels n’ont pratiquement plus de stocks, ils travaillent en flux tendu. En revanche, les produits alimentaires vendus dans nos magasins tournent plus vite, c’est certain.

Malgré tout, pensez-vous que le circuit du déstockage va se développer fortement avec la crise, notamment en alimentaire ?
R. A. : Je ne le pense pas. Noz continue à se développer, nous ouvrons en moyenne deux magasins par mois, mais nous prenons surtout des parts de marché sur nos concurrents. Ce circuit est limité par l’offre des industriels et le gâteau n’est pas extensible.

Quelles sont vos principales sources d’approvisionnement ?
R. A. : En alimentaire, nous travaillons surtout en direct avec les industriels à qui nous garantissons discrétion et rapidité d’écoulement des stocks. C’est très important, nous avons su tisser des liens de confiance avec nos fournisseurs. En non-alimentaire en revanche, nous sommes surtout en relation avec les distributeurs, que ce soit les plate-formes ou les magasins, notamment pour leurs invendus sur des promos hebdomadaires du type articles à 1 €. Nous travaillons par exemple beaucoup avec le hard discount. Nous sommes aussi en contact permanent avec les importateurs pour trouver des opportunités.

Depuis 1976 et l’ouverture de votre premier magasin à Laval, la présentation des magasins Noz est restée très dépouillée. Vous refusez la tentation de l’embourgeoisement qui touche si souvent les nouveaux concepts de magasins ?
R. A. : Oui, cela fait partie intégrante de notre stratégie. Chez Noz, nous ne vendons que le produit et le prix. Nos clients ne viennent pas dans nos magasins pour y trouver de la moquette, de beaux rayonnages et des services. Nous voulons travailler avec le minimum de frais. Nous restons très intégriste sur ce sujet, c’est ce qui a fait et continuera à faire la force de Noz. Nous avons suivi la même démarche pour notre nouveau siège de Saint-Berthevin près de Laval. Les mots d’ordres étaient simplicité et sobriété. Dans nos bureaux, il n’y a pas de marbre ou de faux-plafond. Nous n’investissons pas 1 % de notre chiffre d’affaires dans la publicité. C’est toute une culture orientée vers la compression des frais généraux et les prix bas.

Vos concurrents, souvent d’anciens acheteurs Noz, soulignent le professionnalisme de votre enseigne. Derrière vos magasins dépouillés se cache en fait une « machine commerciale » très efficace…
R. A. : Nous avons industrialisé la solde. Nous avons 350 personnes au siège ou dans nos bureaux à Paris et à l’étranger : des acheteurs mais aussi des chefs de produits qui suivent chaque catégorie de produits que nous vendons. Notre système informatique est très pointu. Même chose pour nos magasins. Cela ressemble à un « bazar » mais c’est un bazar bien organisé.

Pourtant, curieusement, l’alimentaire n’est pas regroupé.
R. A. : Là encore, cela ne doit rien au hasard. Nous nous organisons selon les arrivages hebdomadaires avec effectivement plusieurs zones pour l’alimentaire. Nos clients ont parfaitement compris cette organisation.

Vous proposez des surgelés mais pas de produits frais, contrairement à vos concurrents Bravo les affaires ou IdStock. Y viendrez-vous ?
R. A. : Peut-être, mais pour l’instant ce n’est pas dans nos projets. C’est un métier bien particulier qu’il nous faut bien connaître. Par ailleurs, nous continuons de déployer les produits surgelés dans nos magasins. 90 des 162 Noz sont équipés de bacs surgelés.

Début mars, la DGCCRF a lancé une enquête sur le respect des DLC, notamment dans les magasins de déstockage. Craignez-vous qu’un dérapage dans un magasin ne vienne ternir l’image de l’ensemble du secteur ?
R. A. : Non. Chez Noz, nous travaillons en étroite collaboration avec les services de la DGCCRF. Nous ne rencontrons jamais de problèmes de dépassement de dates. Nous y mettons les moyens. Nous avons notre propre équipe d’inspecteurs qui contrôle le respect des DLC dans nos magasins. Quant aux DLUO, nous nous engageons à retirer les produits avant l’échéance et nous les redistribuons aux Restos du cœur.

Quel est le chiffre d’affaires de Noz et son évolution ?
R. A. : En 2008, nous avons réalisé un chiffre d’affaires hors taxes de 220 millions d’euros. Nos ventes progressent chaque année de 15 % à 20 %.