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Quelle hausse des prix après la loi alimentation ? [B. Merlaud]

22 Octobre 2018
Quelle hausse des prix après la loi alimentation ?

Selon les distributeurs, le nouveau calcul du seuil de revente à perte fera augmenter les prix de 1000 à 3000 produits. L’encadrement des promos, lui, sera contourné par des mesures "imaginatives" : distributeurs (et industriels) ne renonceront pas facilement à ces budgets d’animation des ventes.

La loi sur l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire, adoptée le 2 octobre, place les coûts de revient des producteurs français au cœur des négos. Deux mesures phares concernent également l’ensemble des produits alimentaires.

L’augmentation de 10% du seuil de revente à perte (SRP), en couvrant environ la moitié des coûts réels de distribution, doit mettre fin à ce qui restait encore, de fait, une vente à perte des articles les plus discountés. Et pour modérer les surenchères promotionnelles, la loi autorise le gouvernement à prendre par ordonnance des mesures d'encadrement sur deux ans, à titre expérimental. L’exécutif a déjà annoncé qu'il placerait les plafonds à 34% de rabais maximum, sur au plus un quart des volumes vendus dans l'année.

3000 produits à la hausse chez Leclerc

Si l’ensemble des distributeurs souscrit à l’ambition de la loi (une meilleure rémunération des agriculteurs français), ils sont plusieurs à alerter sur les effets inflationnistes des mesures adoptées.

Pour Michel-Edouard Leclerc, le nouveau calcul du SRP va augmenter les prix de 2700 à 3000 produits, qui sont aujourd’hui vendus chez lui avec moins de 10% de marge. En y ajoutant l'encadrement des promos, il chiffre à un milliard d'euros minimum la ponction sur le pouvoir d’achat des ménages.

Thierry Cotillard, le président d’ITM Alimentaire, est tout aussi circonspect. A l’échelle des 20.000 produits détenus par les supermarchés de l’enseigne, le SRP fera augmenter les prix d'un millier de références. De 1% en moyenne, estime Intermarché, sur des blockbusters qui pèsent environ 10% des ventes des magasins.

Le distributeur a aussi fait ses calculs sur l’encadrement des promos. Si les plafonds annoncés avaient été appliqués aux tracts Intermarché parus cette année, 2540 euros de cagnottage auraient disparu des prospectus reçus dans la boîte aux lettres de chaque client.

"Nous allons respecter la nouvelle loi, mais rien ne nous interdira de faire évoluer la dynamique commerciale de l’enseigne, annonce Thierry Cotillard. Nous avons prévu de réinventer la promo en 2019, vous verrez..."

Anticipant par ailleurs l’effet du prélèvement à la source sur le moral des ménages, Thierry Cotillard veut pousser le gouvernement à décaler son calendrier. Nouveau SRP au 1er janvier, encadrement des promos seulement au 1er mars. Craignant également pour les PME (dont la place en rayon est souvent subventionnée par la promo), il espère qu’un premier bilan des nouvelles mesures sera tiré après un an d’expérimentation, et non deux comme prévu par la loi. L’occasion aussi, évidemment, de vérifier sans trop tarder si le "ruissellement" attendu en faveur des agriculteurs est effectif ou non.

1500 références en hausse chez U

Pour Dominique Schelcher (Système U), sur les 60.000 références détenues par un Hyper U, 1500 produits seront concernés par la hausse du SRP . Selon une étude de Linéaires parue en février 2018, l’augmentation des prix des références concernées pourrait être de 4%. Le distributeur, en revanche, fait partie des plus fervents soutiens à la loi. Il ne démord pas que lutter contre la vente à perte et mettre fin aux promotions excessives profitera aux agriculteurs.

Si on les interroge, tous les distributeurs promettent de se montrer bienveillants envers les prix agricoles dans les négos. La nouvelle loi va leur apporter un supplément de marge sur les grandes marques censé encourager cette bienveillance, mais n’impose aucune contrepartie précise. Et les enseignes se gardent bien elles-mêmes de chiffrer un quelconque engagement.