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Négos : les distributeurs sous pression, perquisition chez Carrefour [B. Merlaud]

15 Février 2016

Négos : les distributeurs sous pression, perquisition chez Carrefour

Le gouvernement surveille de près les négociations annuelles entre distributeurs et fournisseurs, cherchant au passage à s'assurer qu'aucune baisse de prix ne sera imposée aux éleveurs. Soupçonné d'abus, Carrefour a déjà fait l'objet d'une perquisition.

Les services de la répression des fraudes ont en effet débarqué au siège de Carrefour France, à Massy, le 9 février dernier. Le 12 février, Bercy a médiatisé cette perquisition (l'enseigne n'était pas citée, mais le nom a rapidement fuité).

"Le gouvernement est attaché à ce que la vive concurrence entre distributeurs ne se traduise pas par l’écrasement des marges de leurs fournisseurs, a souligné le ministère de l’Économie. Les contrôles ont été renforcés cette année pendant la période de négociation (70% de plus qu’à la même période l’année dernière)."

La perquisition chez Carrefour a eu lieu parce que plusieurs fournisseurs lui reprochaient d'imposer comme préalable à la négociation le versement d’une remise d'un montant significatif, non négociable. "Si elle était avérée, cette pratique contraire à la loi pourrait faire l’objet d’une action en justice par le ministre de l’Économie, menace-t-on à Bercy. Le fait pour une enseigne de la grande distribution d’imposer à ses fournisseurs une obligation incontournable à l’ouverture des négociations commerciales constitue une pratique abusive."

Début janvier, Linéaires avait déjà pris connaissance d'un courrier adressé à Carrefour par l'Ania. L'association nationale des industries agroalimentaires reprochait au distributeur d'exiger le paiement d'une "remise complémentaire de distribution" pour la logistique de la proximité en signalant qu'à défaut, "aucune négociation ne pourrait s'engager pour les relations 2016".

"L’observatoire des négociations commerciales instauré par l’Ania cette année a reçu à date plus de 260 plaintes d’entreprises de toutes tailles liées à des demandes abusives de la part de la grande distribution, ajoute aujourd'hui Jean-Philippe Girard, le président de l’association. Toutes les centrales d’achat sont concernées, y compris les centrales unifiées au niveau européen qui accentuent encore la pression sur les fournisseurs français."

Sans donner de détails, Carrefour a confirmé la perquisition dans ses locaux. Le groupe dit attacher "la plus grande importance à l'application de la réglementation" et se désolidarise par avance de ses acheteurs éventuellement indélicats. Si "des manquements étaient avérés", le distributeur en tirerait "toutes les conséquences".

"Désinformation"

Sur le volet purement agricole, le 12 février, les ministres Emmanuel Macron (Economie) et Stéphane Le Foll (Agriculture) ont indiqué aux entreprises de la distribution et de la transformation qu’il n’était "pas acceptable que les négociations commerciales conduisent en 2016 à des baisses de prix pour les filières en difficulté, en particulier pour les produits laitiers", alors même que "la majorité de nos concitoyens se déclare prête à les soutenir à travers leurs actes de consommation". Ils ont annoncé qu’ils envisageaient de durcir le cadre législatif si les négociations commerciales ne respectaient pas ces objectifs.

Les éleveurs, en attendant, continuent de mettre la pression sur les enseignes. En Bretagne, notamment, Leclerc a particulièrement été pris pour cible ces derniers jours. Au point de pousser le mouvement à rappeler ses engagements en faveur du monde agricole et à dénoncer une "désinformation".

"Contrairement aux rumeurs savamment distillées auprès des agriculteurs, l'enseigne E.Leclerc confirme participer à toutes les réunions de travail sur la crise agricole auxquelles elle est invitée et rappelle qu'elle a déjà donné son accord de principe à des mesures de soutien", précise le distributeur dans un communiqué.

Listant différents engagements déjà et toujours en vigueur, en faveur des filières en crise, Leclerc dit s'interroger en revanche sur la réalité des hausses que les industriels répercutent ensuite auprès des éleveurs.

Sur le lait, ainsi, Leclerc a payé aux transformateurs 347 euros pour 1000 litres en 2015 : "pourquoi les éleveurs n'ont-­ils pas touché cette somme ?", pointe le distributeur.

Sur la viande bovine, également, Leclerc estime que "le surprix qu'il a payé depuis l'été n'est pas durablement descendu dans les exploitations".