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Les bonnes pratiques de l'antigaspi [B. Merlaud]

8 Février 2018
Retrait de fruits et légumes dans un hypermarché Leclerc

La loi Garot a incité les hypers et supers retardataires à mettre en place des actions antigaspi. Selon une étude Ipsos-Comerso, ils sont désormais 99% de bons élèves. Les économies générées, pour un hyper moyen, peuvent dépasser les 100.000 euros par an.

Votée en 2015, la loi dite "de transition énergétique" comprend un volet sur le gaspillage inspiré des travaux de l'ancien ministre de l'Agroalimentaire Guillaume Garot. Elle n'interdit pas aux magasins de jeter leurs invendus mais leur impose de signer des conventions de dons avec des associations… si celles-ci sont organisées pour venir récupérer la marchandise.

Comerso, prestataire spécialisé dans la valorisation des invendus, a missionné Ipsos pour réaliser une étude auprès de 164 hypers et supermarchés en décembre 2017.

Premier enseignement de l'enquête : avant la loi, 87% des points de vente avaient déjà mis en place des pratiques contre le gaspillage (on savait par exemple, parce qu'ils avaient à l'époque pris soin de le rappeler, que 100% des hypers Carrefour, 100% des hypers Auchan et 95% des magasins Leclerc donnaient à des associations).

La nouvelle réglementation a poussé 12% de retardataires à s'y mettre et 23% de magasins, déjà actifs, à aller plus loin.

Les distributeurs interrogés citent facilement la gestion des stocks comme mesure en place pour lutter contre le gaspillage, mais ils sont surtout 94% à donner leurs invendus et 92% à sticker et brader les dates courtes. Loin derrière, on retrouve l'ajustement des assortiments (69%), la formation du personnel (52%) et la réutilisation ou transformation des produits retirés (39%).

"Il n'y a pas vraiment d'effet "cuisine sur place" car les rayons traiteur ou fraîche découpe s'organisent avec de vraies filières d'approvisionnement, observe Pierre-Yves Pasquier, cofondateur de Comerso. Sauver ainsi quelques produits en fin de vie ne peut être que du bricolage, réservé aux équipes les plus motivées."

Bien brader ses dates courtes

"Les mentalités, en revanche, ont vraiment évolué sur le stickage des dates courtes, poursuit Pierre-Yves Pasquier. Il y a encore six ou huit ans, c'était associé aux magasins moches, mal tenus, discount. Aujourd'hui, ce sont plutôt les promesses de retrait des rayons à J-7 qui sont mal vues !"

La pratique s'est donc répandue, mais elle ne donne pas encore tous les résultats attendus. 4 produits stickés sur 10, selon Comerso, ne trouvent pas preneur et finissent à la poubelle. Et un magasin sur deux, de toute façon, n'a pas le temps de suivre sérieusement ces ventes.

D'après le spécialiste, la question de l'implantation des dates courtes (dans leur rayon d'origine ou dans un espace dédié) n'est pas tranchée. La zone antigaspi assure une meilleure revente des produits et limite la cannibalisation des assortiments à prix normal. Mais elle attire aussi comme un aimant les clients promophiles, qui ne parcourent plus comme avant l'ensemble des rayons. "Tout dépend des enjeux du magasin et de son profil de clientèle", résume la société.

43% des distributeurs qui bradent les dates courtes ont organisé une zone dédiée, 40% stickent dans les rayons et 17% ont adopté un schéma mixte.

Le montant de la remise accordée mérite lui aussi une analyse fine. 40% des magasins baissent les prix de 20 ou 30%, 46% vont jusqu'à 40 ou 50%. Plutôt que d'appliquer le même taux partout, Comerso préconise d'optimiser les réductions accordées en fonction des rayons (et des marges qui y sont pratiquées).

Bien organiser ses dons

Les dons aux associations ne laissent pas non plus tous les distributeurs sereins. D'abord pour des questions de responsabilité sanitaire. Non seulement les produits donnés doivent être parfaitement consommables, ce qui suppose des process de retrait sérieux, mais dans 20% des cas, déplorent les magasins interrogés, les associations emportent les produits frais sans camion frigorifique…

Près d'un distributeur sur cinq, également, n'est pas sûr de bien récupérer les attestations fiscales de ses dons. Ni de savoir d'ailleurs si les associations avec lesquelles il travaille sont effectivement agréées.

Ce n'est pas un hasard si Comerso pointe toutes ces fragilités et ces freins. Car son métier est justement de décharger les magasins de ces soucis. La société assure la collecte des dons avec ses propres camions, sélectionne les associations (sans remettre en cause les partenariats existants si besoin), prend en charge la paperasse administrative. Elle fournit aussi une solution de stickage des dates courtes, suit les résultats des ventes et préconise des améliorations.

Pour les associations, la prestation est gratuite. Comerso se rémunère auprès des magasins, en prélevant 20 à 30% des économies générées par les mesures qu'il met en place. "Un hypermarché moyen va ainsi réaliser 80.000 à 100.000 euros d'économies nettes par an après nous avoir payés", chiffre Pierre-Yves Pasquier. 300 points de vente, à date, sont clients de Comerso, ainsi que des grossistes et des industriels.

Vidéo : le témoignage du Super U d'Erquy, client de Comerso