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Les actionnaires de Carrefour valident les salaires des PDG, malgré les polémiques [B. Merlaud]

15 Juin 2018
Les actionnaires de Carrefour valident les salaires des PDG, malgré les polémiques

Alexandre Bompard a perçu 2 millions d’euros de revenus pour ses six premiers mois chez Carrefour. Georges Plassat a cumulé plus de 15 millions d’euros en un an et demi (2016 et 2017). Malgré les pertes de l’entreprise et les suppressions de postes. Malgré aussi une recommandation contraire du Medef sur la prime de départ versée à l’ancien dirigeant.

Réunis en assemblée générale le 15 juin, les actionnaires de Carrefour ont validé, en même temps que les comptes, les rémunérations des deux PDG que le groupe a connus en 2017. Georges Plassat jusqu’à son départ à la retraite en juillet, puis Alexandre Bompard.

Des indicateurs de performance au vert

Les émoluments de l’ancien patron ont été approuvés par 68% de l’assemblée. Parmi les mécontents, petits actionnaires et syndicats ont bruyamment manifesté leur opposition. Après avoir entendu Alexandre Bompard enfoncer le bilan de son prédécesseur et justifier l’urgence des suppressions de postes ou fermetures de magasins, il faut dire qu’il était étonnant de voir tous les indicateurs de performance au vert pour valider les généreuses primes accordées à l’ancien dirigeant…

Son travail à la tête de Carrefour en 2016 a assuré à Georges Plassat un revenu total de 9,7 millions d’euros. Y compris la part variable échelonnée sur les exercices suivants, et sans compter le variable perçu au titre des exercices précédents (qui lui est souvent repris dans les coupures de presse).

Contraire au guide d’auto-régulation des sociétés cotées

Ses six mois de mandat, en 2017, lui auront valu 5,7 millions d’euros de revenus. Dont 4 millions d’euros correspondant à une étonnante prime de départ. Etonnante parce que le code de bonnes pratiques "Afep-Medef" (le guide d’auto-régulation des sociétés cotées) prévoit de renoncer à cette prime si le dirigeant fait valoir ses droits à la retraite. Ce qui était le cas de Georges Plassat.

Pour faire bonne figure, le conseil d’administration de Carrefour a habillé la mesure en l’assortissant d’une clause de non-concurrence. Estimant donc que l’engagement du jeune retraité à ne pas travailler pour une autre enseigne alimentaire (mais seulement en France et pendant 18 mois) valait bien 4 millions d’euros.

Le scandale Daniel Bernard

Pour compléter le tableau, Georges Plassat touchera aussi, à vie, une retraite-chapeau de 520.000 euros par an. Cette mécanique, qui vient en complément des retraites "classiques", avait déjà provoqué un scandale en 2005 quand Carrefour s'était séparé de son PDG Daniel Bernard.

A l'époque, les sommes en jeu étaient autrement plus folles (plus de 9 millions d'euros d'indemnité de départ, 1,2 million d'euros de bonus annuel) et la justice avait d'ailleurs fini par annuler ce parachute en or massif. Carrefour avait abandonné un temps l’octroi de retraites-chapeau à ses plus gros dirigeants, avant de réintroduire la mesure en 2009 sous l’ère Lars Olofsson.

Les conditions du départ de Georges Plassat, en réalité, ne sont pas une surprise. Tous les modes de calcul en sont détaillés depuis longtemps dans les documents de référence du groupe. A l’été 2017, au moment de la passation de pouvoir entre les deux dirigeants, Linéaires avait déjà estimé le montant du parachute doré de Georges Plassat . Mais aujourd’hui, évidemment, entre plans sociaux et fermetures de magasins, l’information est une pilule autrement plus difficile à avaler.

La rémunération d’Alexandre Bompard, en revanche, n’a pas prêté autant à polémique. Elle a été approuvée par 75% des voix lors de l’assemblée des actionnaires. Le salaire fixe est le même que celui de son prédécesseur (1,5 million d’euros pour une année complète). La part variable, à compter de 2018, reposera davantage sur des critères financiers quantitatifs, moins sur des critères qualitatifs (ces derniers ne pèseront plus que 20% dans le calcul du variable, deux fois moins qu’avant).

"Je ferai des propositions pour que mes indemnités de départ, à l’avenir, ne fassent pas débat", a aussi ajouté Alexandre Bompard.