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Le faux scandale des marges sur le bio

  • Publié :
  • Modifié :
  • Auteur : B. Merlaud

La cause est peut-être juste (encourager la promotion du bio en baissant les marges), mais la méthode est discutable. Le propos est violent contre les distributeurs, accusés de ne pas tenir leurs promesses, de s'abriter derrière une "justification économique obscure" pour pratiquer "des tarifs prohibitifs et des marges exorbitantes" .

Linéaires s'est plongé dans les détails de l'étude réalisée par l'UFC-Que Choisir. Un travail plutôt bien documenté, qui ne s'appuie pas, ici, sur des visites de bénévoles en magasins mais sur les très sérieux relevés du Réseau des nouvelles des marchés, un service du ministère de l'Agriculture (le RNM est déjà familier des lecteurs de Linéaires, puisque ses chiffres nous servent de référence pour mesurer la compétitivité des enseignes sur la zone marché).

Deux fois plus cher

Premier constat, pointé par l'association de consommateurs elle-même : les prix des fruits et légumes bio, au stade de l'expédition (sortie du champ), sont 111% plus élevés que ceux du conventionnel.

Second constat : en rayon, les fruits et légumes bio sont 98% plus chers que leur équivalent en agriculture conventionnelle.

Payé deux fois plus cher à l'agriculteur, le bio, ici, est donc vendu deux fois plus cher au consommateur. Le distributeur applique un même coefficient de marge aux deux gammes. Mais, raisonnant implicitement en valeur absolue, l'UFC-Que Choisir fait mine de s'étrangler devant des marges qui "doublent".

En pondérant les prix des produits par la consommation moyenne des ménages, l'association de consommateurs reconstitue un panier annuel bio qui ressort au final avec 79% de surcoût. Sur ce panier, la marge brute affectée à la distribution (différence entre prix public hors taxes et prix expédition) est bien la même, en pourcentage, en bio comme en conventionnel : 46% du prix TTC.

Ulcérée par la communication de l'UFC-Que Choisir, la Fédération du commerce et de la distribution fait savoir qu'elle " condamne totalement ce genre d'étude approximative, intervenant lors du lancement des États Généraux de l'Alimentation, qui doit être, au contraire, un moment de consensus pour promouvoir l'agriculture et le modèle alimentaire français ".

En janvier 2017, Linéaires avait publié les résultats d'une étude exclusive sur les prix du bio portant sur les fruits et légumes, l'épicerie et le frais LS (plus de 1.000 produits relevés). En moyenne, le bio ressortait 64% plus cher que le conventionnel, à référence équivalente.

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