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Fortement déprécié en Bourse, Casino peut-il être attaqué ? [B. Merlaud]

5 Septembre 2018
Le groupe Casino ne pourra pas être vendu sans l'accord de Jean-Charles Naouri, qui contrôle 51% du capital

Entre crise de confiance et spéculations, le titre Casino a perdu 46% de sa valeur depuis le début de l'année. À ce prix là, rien que pour le très profitable parc de magasins urbains, c'est une aubaine. Mais le groupe ne pourra pas être racheté sans l'accord de Jean-Charles Naouri, qui contrôle 51% du capital.

En 2000, l'action Casino dépassait les 100 euros, ce qui valorisait le groupe à 10,4 milliards d'euros. À cette époque, il ne réalisait même pas 20 Mds€ de chiffre d'affaires (il fait davantage aujourd'hui rien qu'en France).

Depuis la dernière pique du fonds spéculatif Muddy Waters, le 31 août dernier, le titre est tombé sous les… 28 euros. La capitalisation boursière de Casino n'est plus que de 3,0 Mds€, pour 38 Mds€ de chiffre d'affaires. Les 25% détenus dans Mercialys, la foncière immobilière externalisée dans l'intervalle, ne changeant pas grand-chose au calcul (0,3 Md).

Trois milliards d'euros, c'est une bouchée de pain. En 2017, pour faire l'acquisition de Whole Foods (16 Mds de dollars de CA), Amazon a déboursé près de 14 Mds de dollars !

La descente aux enfers de Casino, en Bourse, est d'abord liée à une crise de confiance. Jean-Charles Naouri a assis la croissance de son groupe sur des participations en cascade et des montages complexes d'endettement. Une agilité financière hors normes, mais qui inspire depuis longtemps de la méfiance aux analystes boursiers, pas toujours convaincus d'avoir toutes les clés de lecture en mains.

Un simple tweet fait chuter le cours

Cette fragilité n'est pas passée inaperçue aux yeux des spéculateurs. En 2015, le fonds américain Muddy Waters a jeté son dévolu sur Casino. Dans un rapport au vitriol, il accusait le distributeur de masquer ses difficultés en opacifiant ses chiffres, appelait la place boursière à dévaloriser l'action… tout en pariant en même temps des sommes rondelettes sur la baisse du titre.

La technique, bien connue, s'appelle la "vente à découvert". Vous signez un contrat de vente d'actions avec un acheteur, à un prix convenu le jour J mais dont la transaction s'effectuera, par exemple, à J+4. L'idée étant d'acquérir vous-même les actions au dernier moment, en misant sur le fait qu'à J+3, les titres vaudront moins que le prix convenu avec votre acheteur. Quitte à tout faire, dans l'intervalle, pour que le cours s'effondre...

Muddy Waters reste encore aujourd'hui un adversaire déclaré du distributeur stéphanois. En signalant par un simple tweet, le 31 août, que la filiale Casino Finance était en retard dans le dépôt de ses comptes, il a provoqué un nouvel emballement qui a accéléré la chute du cours.

Évoquant des raisons techniques, Casino a déposé les comptes manquants dans le week-end qui a suivi. Mais le lundi 3 septembre, l'agence Standard and Poor's abaissait d'un cran la note du groupe français, assortie d'une perspective négative.

Le dernier tweet ravageur de Muddy Waters

Afin de comprendre l'allusion : Jean-Charles Brisard (@JcBrisard) a par le passé été accusé d'espionnage par Muddy Waters, pour le compte de Casino.

Muddy Waters n'a plus depuis deux ans de position vendeuse sur Casino mais d'autres fonds lui ont emboîté le pas. Durant tout l'été, les prises de "positions courtes" (les ventes à découvert déclarées à l'Autorité des marchés financiers) se sont succédé à un rythme fou…

Au 3 septembre, selon les consolidations d'IHS Markit, les engagements de ventes à découvert, cumulés, représentent 15% du capital de Casino ! Si l'on ne considère que les 46% du capital ouverts au public, c'est même plus de 30% du flottant qui fait ainsi l'objet d'une spéculation. Une vraie curée, qui a d'ailleurs poussé l'Autorité des marchés financiers, le 4 septembre, à rappeler les règles encadrant les ventes à découvert et interdisant la diffusion d'informations peu circonstanciées, potentiellement trompeuses, sur les sociétés.

Les actionnaires du groupe Casino

Groupe Rallye (Jean-Charles Naouri) 51,3% (1)
Auto-détention / auto-contrôle 1,5% (1)
FCP salariés 1,0% (1)
Public 46,2% (1)
- Morgan Stanley 7,4% (2)
- Goldman Sachs 6,4% (3)
- UBS Group 5,4% (4)
- BlackRock 4,8% (5)

(1) au 30/04/18
(2) au 24/08/18
(3) au 13/08/18
(4) au 10/08/18
(5) au 30/08/18

Sources : Casino, déclarations de franchissement de seuil (AMF)