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Etats généraux de l’alimentation : le programme, les premières idées [B. Merlaud]

20 Juillet 2017
Le programme des états généraux de l’alimentation, et les premières réactions

Les états généraux de l’alimentation vont s’organiser en différents ateliers jusqu’à la fin de l’année. Avec la double ambition de mieux répartir la valeur au sein des filières et de promouvoir une alimentation plus saine et durable. Les distributeurs interrogés par Linéaires ont déjà quelques idées.

La grand-messe organisée à Bercy par le gouvernement, ce 20 juillet, devait marquer les esprits et signifier le lancement de ce chantier hors normes, promesse de campagne du candidat Macron.

Les défections cumulées, à la dernière minute, du président de la République ainsi que des ministres de l’Economie et de la Santé ont quelque peu plombé l’ambiance. Mais Stéphane Travert, ministre de l’Agriculture et Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique, auront porté l’animation de la journée sans démériter. Le premier ministre Édouard Philippe est lui aussi venu mouiller le maillot avec une consistante allocution d’ouverture.

Voilà pour la forme. Sur le fond, la journée du 20 juillet a surtout servi à cadrer les futurs débats, organisés en ateliers thématiques qui débuteront fin août, et complétés par une consultation publique en ligne.

Redescendre la valeur vers la production

Un premier chantier, calé sur le mois de septembre, sera consacré pour faire court aux relations commerciales et à la rémunération des agriculteurs. Pas un hasard si ses conclusions doivent être présentées en octobre (cette fois par Emmanuel Macron, c’est promis), avant le démarrage des négociations annuelles…

En octobre et novembre, ensuite, les ateliers se succéderont sur le thème de l’alimentation saine, durable et accessible à tous (transition écologique, santé, gaspillage, insécurité alimentaire, attractivité des métiers, etc.).

Les conclusions finales des états généraux, ainsi que les arbitrages des investissements publics, sont attendus pour la fin de l’année 2017.

"Un des objectifs prioritaires de ces états généraux concerne la répartition de la valeur, a insisté le premier ministre. Pourquoi une partie de la valeur ne redescend-elle pas de la distribution vers la production ? Pourquoi certains producteurs se font mieux entendre que d’autres dans le cadre de leurs négociations ? Pourquoi certaines productions se vendent mieux que d’autres ? Je souhaite que nous trouvions des réponses à ces questions connues, anciennes, dès les prochaines négociations commerciales."

"Le rééquilibrage des relations commerciales est une question centrale de ces travaux, a confirmé Benjamin Griveaux, le secrétaire d’État qui sert d’adjoint au ministre de l’Economie et des Finances (et qui le remplace au pied levé si besoin). Des bonnes pratiques entre acteurs existent déjà. L’évolution ne passera donc pas nécessairement par une refonte du cadre législatif. La loi n’interviendra qu’en dernier recours. Plus on pourra s’en passer, plus on aura réussi à partager des objectifs communs."

Chaque maillon de la filière alimentaire avait envoyé son représentant, venu délivrer un message sans surprise : la grande détresse des agriculteurs, les baisses de prix extorquées à une industrie qui ne peut plus investir ni recruter et les marges exsangues, à un niveau historiquement bas, de la distribution. A nuancer, évidemment.

Sans oublier les associations de consommateurs, qui se méfient déjà d’un prétexte tout trouvé à une hausse généralisée des prix. "Il y a aussi un vrai enjeu sur la qualité de l’offre alimentaire, précise à Linéaires Alain Bazot, président de l’UFC-Que choisir. Va-t-on par exemple adapter enfin la façon d’évaluer les perturbateurs endocriniens ? En matière de profils nutritionnels, il va aussi falloir inscrire dans le dur la réduction du sucre ou du gras, parce que l’autorégulation, on le voit bien, ne fonctionne pas."

Parmi les distributeurs qui avaient fait le déplacement, Patrick Espasa, président d’Auchan Retail France et Dominique Schelcher, vice-président de Système U, se montrent particulièrement enthousiastes.

Accords tripartites, SRP, promos

"Nous sommes heureux de participer à ce moment qui d’une certaine façon est historique, commente, réjoui, Patrick Espasa. S’il s’agit vraiment de faire du monde agricole français le centre d’excellence que les autres nous envient, nous sommes partants ! C’est parfaitement en ligne avec le projet "bon, sain et local" d’Auchan."

Les deux distributeurs verraient bien sortir des états généraux, entre autres mesures, un cadre légal pour les accords tripartites (enseigne, industriel, agriculteurs) qui se multiplient ces derniers mois. "Par exemple pour pouvoir en signer avec des organisations et pas seulement des producteurs", ajoute Patrick Espasa.

"Ces états généraux pourraient aussi faire avancer, plus largement, les discussions sur le seuil de revente à perte et la réduction des promos, enchaîne Dominique Schelcher. Nous étions déjà prudents sur les produits agricoles, dont les promotions sont désormais encadrées par la loi Sapin 2. On pourrait imaginer qu’une règle similaire s’applique aussi aux PGC. Système U est ouvert à la discussion. Quant au SRP, sans revenir à l’ère Galland, on pourrait trouver un nouveau chemin, en intégrant par exemple les coûts logistiques d’approche. Peut-être, si c’est possible, pour protéger au moins certaines filières."