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Encore un gros caillou dans la chaussure des pictogrammes nutritionnels [B. Merlaud]

17 Février 2017
Vives tensions sur l'étiquetage nutritionnel

L’agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) doute publiquement de l’efficacité des pictogrammes nutritionnels sur les emballages. Saisie pour avis par les pouvoirs publics, l’agence s’est exprimée sans tenir compte des tests menés fin 2016 en magasins, qui ont déjà fait l’objet de nombreuses critiques et dont les résultats ne sont pas encore connus.

Le calendrier a de quoi dérouter. L’Anses publie son avis au moment même où le fonds français pour l’alimentation et la santé, chargé des tests en magasins, est censé lui remettre les résultats de son étude. Et dans son avis, l’agence déplore justement le manque de données disponibles sur le comportement du consommateur !

La date de publication de l’avis de l’Anses était toutefois fixée à l’avance, répondant à une demande déconnectée (partiellement) du test. La saisine des pouvoirs publics à laquelle répond l’Anses portait sur la pertinence, dans l’absolu, des différents systèmes d’étiquetage nutritionnel envisagés. L’avis de l’Anses devant ensuite faire partie des pièces au dossier, tout comme les tests en conditions réelles, permettant au gouvernement de choisir quel système serait préconisé aux industriels en application de la loi santé.

La barre très haut

Mais l’Anses, dans une conclusion rendue publique cette semaine, ne fait pas dans la nuance : aucun des systèmes envisagés n’est selon elle "pertinent".

Il faut dire que les experts de l’agence ont placé la barre très haut. Pour être reconnu comme "pertinent", un étiquetage devrait informer de façon exhaustive sur l’ensemble des éléments nutritionnels. Or tous font évidemment des impasses, au nom de la lisibilité du message.

L’étiquetage devrait aussi avoir un impact direct sur le régime alimentaire des consommateurs et sur les pathologies qui y sont liées. Or les pictogrammes envisagés ne délivrent une information "qu’à l’échelle de l’aliment isolé, sans projection dans le régime", déplore l’Anses. Ce qui peut par exemple pousser les consommateurs à "des compensations infondées".

Bref, l’Anses doute de tous ces systèmes d’étiquetage. Les failles pointées sont certes réelles, mais n’aident pas, dans ce dossier, à sélectionner un système plutôt qu’un autre.

Cette position de principe a d’ailleurs fait bondir l’UFC-Que Choisir. "L’agence rappelle que l'information nutritionnelle ne saurait à elle seule résoudre les maladies liées à l’alimentation, ce que l’UFC-Que Choisir souligne également depuis plus de 10 ans, a réagi l’association. Compte tenu du périmètre de la saisine, l’Anses ne se prononce pas sur l’efficacité des modèles d’étiquetage en termes d’information des consommateurs. Pourtant, c’est bien l’objet premier du futur étiquetage officiel français d’aider les consommateurs au quotidien à identifier simplement et rapidement l’intérêt nutritionnel des produits."

En attendant, l’avis de l’Anses affaiblira de fait le choix du gouvernement lorsqu’il arbitrera en faveur d’un système d’étiquetage. Sachant que ce futur arbitrage fait depuis des mois l’objet d’un intense lobbying, entre partisans et opposants à de véritables "feux rouges nutritionnels".