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Auchan assume ses pertes et présente son plan de redressement [J. Bertin]

8 Mars 2019

Qualifiés de “très insuffisants”, les résultats d’Auchan Retail ont fortement pénalisé ceux d’Auchan Holding en 2018. Le nouveau patron du groupe, Edgard Bonte, lance l’opération “Renaissance” pour redresser à court terme son activité commerce.

Photo Linéaires

De gauche à droite, Xavier de Mézerac (secrétaire général d’Auchan Holding et président d’Oney), Edgard Bonte (président du directoire d’Auchan Holding et président exécutif d’Auchan Retail), Benoît Lheureux (directeur général de Ceetrus) et Jean-Pierre Viboud (directeur général d’Oney).

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Edgard Bonte n’est pas un adepte de la langue de bois. Les analystes financiers et journalistes qui assistaient à la présentation des résultats 2018 d’Auchan Holding, vendredi 8 mars à Paris, ont pu le constater. Pour le président du directoire de l’entité chapeautant les activités d’Auchan Retail, de la banque Oney et de la foncière Ceetrus (ex-Immochan), “les résultats sont insuffisants” et sont “fortement pénalisés par la performance d’Auchan Retail”.

L’an passé, le résultat opérationnel courant (ROC) de la holding a régressé de -54,7%, passant de 876 millions d’euros en 2017 à 397 millions d’euros en 2018. Son résultat net, en très forte baisse, est même négatif, tombant à -946 millions d’euros quand il s’établissait à 509 millions d’euros un an plus tôt. Un recul qui s’explique en grande partie “par des dépréciations d’actifs, qui sont des éléments non cash”, précise le secrétaire général d’Auchan Holding, Xavier de Mézerac.

- 2,4 % en comparable pour Auchan Retail

Sur l’année 2018, le chiffre d’affaires hors taxes d’Auchan Retail s’établit à 50,3 milliards d’euros, en baisse de -3,3% à changes courants et de -2,4% en comparable. La France, qui représente 35,2% de ces revenus, a vu ses ventes se replier de -1,3%. Cette évolution s’inscrit dans la lignée de celle des hypers, révélée en exclusivité par Linéaires. “L’opération commerciale des 125 jours, qui affichait des résultats très prometteurs à son lancement en octobre, a été fortement perturbée par le mouvement social de la fin de l’année”, notent les représentants du groupe. Lesquels mesurent l’impact négatif sur le chiffre d’affaires du mouvement des gilets jaunes à hauteur de “140 millions d’euros”.

A l’échelle d’Auchan Retail, l’Ebitda s’élève à 1,52 milliard d’euros, en recul de -18,5% à changes constants. Cet indicateur, correspondant approximativement à l’excédent brut d’exploitation, est encore moins bien orienté dans l’Hexagone où il affiche -44,1%.

Renoncements et arbitrages financiers

Auchan n’est pas tenu de dévoiler l’intégralité de ses chiffres puisque la société n’est pas cotée en bourse. Mais ce sombre tableau dressé par l’équipe d’Edgard Bonte a permis à ce dernier d’enchaîner sur le “strict” cadre financier dans lequel évolueront en 2019 les trois métiers de la holding. A commencer par Auchan Retail qui “doit sans compromis se redresser”.

C’est le but de l’opération “Renaissance” présentée pour l’occasion par celui que l’Association Familiale Mulliez (AFM) a nommé en octobre dernier pour redresser le groupe. Il s’agit d’un “plan d’action volontaire qui conduira à des renoncements et des arbitrages financiers”. Avec pour objectif d’apporter une “amélioration significative des résultats en 2019”. Après avoir identifié les foyers de pertes, “toutes les solutions sans exception seront étudiées pour les zones où Auchan Retail est durablement en perte”, promet Edgard Bonte. Lequel affirme toutefois exclure la fermeture d’hypers et toute réduction d’effectif en France en 2019. En revanche, les investissements, hors Chine, seront réduits “de manière drastique”. Quand l’organisation sera optimisée “pour retrouver efficience et pragmatisme”. Un impact positif “de plusieurs centaines de millions d’euros est attendu dès cette année”.

Décathlon, Boulanger et Leroy Merlin à la rescousse

A moyen terme, le patron d’Auchan Holding, également président exécutif d’Auchan Retail, souhaite en parallèle “engager la bataille du sens en s’appuyant sur trois axes. Le premier consiste à “être l’enseigne alimentaire de confiance pour les habitants” via le développement du bio, des filières ou encore des cuisines dans les magasins. Le deuxième découle de la nouvelle organisation de l’enseigne par territoire et vise à “servir les habitants dans leur zone de vie”. L’accélération de l’ouverture des drives piétons et le concept d’hyper plateforme, permettant par exemple de livrer tous les métiers de bouche à d’autres magasins, en font partie.

Le troisième point est le plus novateur. En “construisant des écosystèmes innovants avec des partenaires clés”, Edgard Bonte acte une stratégie de partenariats avec les autres enseignes de l’AFM, telles que Décathlon, Boulanger, Leroy Merlin, Norauto ou Kiabi. Avec elles, Auchan souhaite “mutualiser ses moyens de livraison au départ des magasins vers le domicile des clients” afin “de gagner en rentabilité sur le dernier kilomètre”. Baptisée Melting Point, la démarche sera testée au cours du premier semestre 2019. L’échange de la data client avec ces enseignes permettra aussi au groupe “de toucher 100 % des Français”, dixit Edgard Bonte. Enfin, Auchan envisage d’ouvrir 100% du non-al de ses hypers “aux meilleurs spécialistes de chaque univers”. Et de citer les domaines du sport, de l’électroménager, de l’équipement automobile, du textile ainsi que la culture. Ces concessions, à la manière des corners Darty chez Carrefour ou Cdiscount chez Géant Casino, devraient être expérimentées dans cinq magasins du Nord et de la région parisienne au second semestre de cette année.

Les partenariats à l’achat (avec Casino et Metro par exemple) et technologiques (avec Alibaba) font évidemment aussi partie du plan dévoilé le 8 mars par Edgard Bonte. Un plan pour lequel le président du directoire d’Auchan Holding se prévaut “du soutien très clair des actionnaires”. Ceux-ci ont en effet renoncé à leur dividende au titre de l’exercice 2018.