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Edouard Leclerc à visage découvert [B. Merlaud]

9 Juillet 2014
Edouard Leclerc à visage découvert

A l'occasion d'un article sur la naissance du mouvement Leclerc , Enjeux Les Echos exhume une interview filmée d'Edouard Leclerc datant de 1959. 15 minutes qui permettent de découvrir l'homme à ses débuts, d'entendre son phrasé, d'écouter ses arguments. Un moment d'histoire à savourer.

L'entretien avait été accordé dans le cadre de l'émission "A visage découvert". Dix ans après ses débuts, le mouvement Leclerc, encore balbutiant, comptait une soixantaine de magasins dans le pays, qui vendaient environ 1500 références. A l'époque, l'enseigne projetait de se lancer dans le textile.

Face à deux journalistes fascinés par le concept discount lancé par l'ancien séminariste, Edouard Leclerc ne prétend pas avoir inventé quoi que ce soit en court-circuitant les grossistes.

  

Il y a une quantité de commerçants qui ont supprimé les grossistes, mais ils prennent pour eux la marge du grossiste et celle du détaillant ! Chez nous, nous avons donné la marge bénéficiaire du détaillant au consommateur.

  

Au cours de l'entretien, l'entrepreneur revient évidemment avec gourmandise sur ses débuts à Landerneau.

  

Au premier abord, absolument personne ne s'est inquiété de mon initiative, on m'a pris pour un illuminé. Il a fallu près d'une année pour prouver mon existence. D'autre part je ne tenais pas à faire beaucoup de publicité : à l'époque un fournisseur pouvait refuser de vendre à un commerçant.

  

En toute transparence, l'homme dévoile le bénéfice annuel qu'il tire de son entreprise, mais explique aussitôt en dépenser près de la moitié en procès et en voyages pour ses conférences, au cours desquels il rallie de nouveaux commerçants.

Ce mot de commerçant, d'ailleurs, Edouard Leclerc est déjà en train de s'en détacher en 1959. Il conservera cette posture toute sa vie.

  

Il ne faut plus parler de commerçant, assène-t-il, il faut parler de distribution. Le commerçant achète le moins cher possible, pour vendre le plus cher possible. La distribution doit acheter le moins cher possible, pour vendre le moins cher possible.

  

Déjà également, en 1959, Edouard Leclerc communique en comparant les prix. Avec des "bulletins de propagande", égrenant les prix des commerçants traditionnels et ceux de Leclerc.

Dans la deuxième partie de l'émission, un représentant du syndicat des détaillants lui reprochera de se comparer en réalité aux "prix licites maximum", que ne pratiquent pas, selon lui, 80 à 90% des commerçants. Et de citer lui aussi, dans la foulée, une liste de prix sur lesquels Leclerc n'était pas moins cher.

Ca se passait il y a 55 ans, et les arguments n'ont pas beaucoup changé aujourd'hui !

Vidéo : le document Ina de 1959