Rayon fruits et légumes : l’été meurtrier [Jacques Bertin]
Impossible d’y échapper. La crise a déboulé sur les étals fin mai et forcé toute une filière à déballer ses fruits et légumes pourtant de qualité. Côté producteurs, ce fut l’été meurtrier. Comment couvrir ses coûts de revient en cédant le même fruit 28 ou 34 % moins cher (*) que l’année précédente ? Dans les points de vente, la chute a été, elle aussi, significative, avec des prix accusant - 13 % en juin et - 20 % en juillet pour les fruits frais, selon l’Insee. Malgré le relatif succès des ventes parking, le chiffre d’affaires du rayon s’est donc, mécaniquement, effondré. D’autant qu’il peinait à décoller depuis le début de l’année. Dans la plupart des enseignes, on évoque à mots couverts des ventes en baisse de 10 à 15 % ces derniers mois.
Mise en accusation, la grande distribution n’a pas grand-chose à voir avec cette situation. Des marchés qui se ferment (à l’Est notamment) et ce sont autant de volumes de pêches, abricots, melons, pommes ou tomates qui squattent les linéaires hexagonaux. Sans parler des produits belges, néerlandais ou espagnols, qui, privés de leurs habituels débouchés, viennent à leur tour complexifier un peu plus le marché.
Malgré leur bonne volonté, rares sont les chefs de rayon qui réussiront, cette année, à tenir leurs objectifs. D’autant que le prix n’est pas le seul indicateur mal orienté. La consommation de fruits et légumes n’incite guère à l’optimisme. Les quantités achetées par ménage en 2007 puis 2008 restent inférieures à la moyenne 2004-2006. Les jeunes demeurent largement sous-consommateurs. Et, si elles s’arrogent plus de 50 % de part de marché, les GMS perdent régulièrement du terrain sur d’autres circuits de distribution. A l’image des supermarchés, tombés de 27,8 % des volumes en 2004 à 23,3 % en 2008.
Aucune enseigne ne semble, cependant, vouloir abdiquer. Elles sont nombreuses, au contraire, à placer le rayon fruits et légumes au centre de leurs priorités. Pour preuve : la multiplication des nouveaux concepts marchands (tables basses, nébulisation, etc.) et le déploiement récent d’un nombre conséquent de MDD (Casino Bio, Cora Dégustation, U Bio, Top Budget, Bio Village, etc.). Objectif : rassurer les clients sur les prix et la qualité. Le succès des formats multifrais est, en effet, là pour le prouver : le rayon possède encore un potentiel inexploité. Malgré la crise, il est donc indispensable d’innover (sur la fraîche découpe, sur le cross-merchandising, sur les OP, etc.) sans négliger les fondamentaux du métier. Il en va de l’image du magasin et de sa crédibilité.
(*) Evolutions 2008-2009 des mois de juin et juillet de l’indice des prix des produits agricoles à la production. Source : Agreste.
